Arbres, tableaux croisés, algorithmes (Monte Carlo)

1èreMathematiquesProbabilités conditionnelles et indépendanceArbres, tableaux croisés, algorithmes (Monte Carlo)~11 min de lecture

Arbres, tableaux croisés, algorithmes (Monte Carlo)

Pour calculer des probabilités conditionnelles, on range les données dans un tableau croisé ou un arbre pondéré, et quand le calcul est difficile, on fait simuler l'expérience des milliers de fois par un algorithme (méthode de Monte Carlo).

Objectifs

  • Calculer une probabilité conditionnelle \(P_A(B)\) à partir d'un tableau croisé d'effectifs.
  • Construire et utiliser un arbre pondéré : règle du produit, formule des probabilités totales.
  • Reconnaître deux événements indépendants.
  • Écrire un algorithme de simulation et interpréter une estimation par la méthode de Monte Carlo.

1. Rappel : la probabilité conditionnelle

Définition. Soit \(A\) un événement de probabilité non nulle. La probabilité de \(B\) sachant \(A\) est :

\[P_A(B) = \frac{P(A \cap B)}{P(A)}\]

On en déduit la règle du produit : \(P(A \cap B) = P(A) \times P_A(B)\).

On sait que \(P(A) = 0{,}4\) et \(P(A \cap B) = 0{,}1\). Que vaut \(P_A(B)\) ?

  1. \(0{,}04\)
  2. \(0{,}25\)
  3. \(0{,}5\)
\(P_A(B) = \dfrac{0{,}1}{0{,}4} = 0{,}25\). La première réponse multiplie au lieu de diviser.

2. Le tableau croisé d'effectifs

On interroge les 400 élèves d'un lycée (données de l'exercice). On note \(F\) : « l'élève est une fille » et \(S\) : « l'élève fait partie d'un club de sport ».

Filles \(F\)Garçons \(\overline{F}\)Total
Sport \(S\)6690156
Pas de sport \(\overline{S}\)15490244
Total220180400

Exemple résolu 1

On choisit un élève au hasard. Calcule \(P(F)\), \(P(F \cap S)\), \(P_F(S)\) et \(P_S(F)\). Cherche d'abord.

Étape 1 : \(P(F) = \dfrac{220}{400} = 0{,}55\).
Étape 2 : \(P(F \cap S) = \dfrac{66}{400} = 0{,}165\) (la case à l'intersection).
Étape 3 : \(P_F(S) = \dfrac{66}{220} = 0{,}3\) : parmi les filles, 30 % font du sport. On retrouve \(\dfrac{0{,}165}{0{,}55} = 0{,}3\).
Étape 4 : \(P_S(F) = \dfrac{66}{156} = \dfrac{11}{26} \approx 0{,}423\) : parmi les sportifs, environ 42 % sont des filles. Ce n'est pas la même chose que \(P_F(S)\).

Avec le même tableau, que vaut \(P_{\overline{F}}(S)\), la probabilité qu'un garçon fasse du sport ?

  1. \(\dfrac{90}{400} = 0{,}225\)
  2. \(\dfrac{90}{180} = 0{,}5\)
  3. \(\dfrac{90}{156} \approx 0{,}577\)
« Sachant que c'est un garçon » : on se limite à la colonne des garçons (180 élèves), dont 90 font du sport. La première réponse est \(P(\overline{F} \cap S)\), la troisième est \(P_S(\overline{F})\).

3. L'arbre pondéré

Situation (données de l'exercice). Une coopérative de Korhogo reçoit ses mangues de deux vergers : 70 % viennent du verger \(A\), 30 % du verger \(B\). Parmi les mangues du verger \(A\), 5 % sont abîmées (\(D\)) ; parmi celles du verger \(B\), 10 % sont abîmées. On note \(S\) l'événement « la mangue est saine ».

Arbre pondéré : verger A avec probabilité 0,7 et verger B avec 0,3, puis mangue abîmée D ou saine S sur chaque branche A B 0,7 0,3 D S D S 0,05 0,95 0,1 0,9 0,035 0,03

Premier niveau : l'origine de la mangue. Les probabilités 0,7 et 0,3 partent du même nœud et ont pour somme 1.

Second niveau : les probabilités conditionnelles. Par exemple 0,05 sur la branche de A vers D est P sachant A de D. Chaque paire de branches a pour somme 1.

On multiplie le long d'un chemin : 0,7 × 0,05 = 0,035 pour A et D, puis 0,3 × 0,1 = 0,03 pour B et D.

Exemple résolu 2

Calcule la probabilité qu'une mangue prise au hasard soit abîmée, puis la probabilité qu'une mangue abîmée vienne du verger \(A\).

Étape 1 : deux chemins mènent à \(D\) : \(P(A \cap D) = 0{,}7 \times 0{,}05 = 0{,}035\) et \(P(B \cap D) = 0{,}3 \times 0{,}1 = 0{,}03\).
Étape 2 : probabilités totales : \[P(D) = 0{,}035 + 0{,}03 = 0{,}065\] soit 6,5 % de mangues abîmées.
Étape 3 : on « remonte » l'arbre avec la définition : \[P_D(A) = \frac{P(A \cap D)}{P(D)} = \frac{0{,}035}{0{,}065} = \frac{7}{13} \approx 0{,}538\]
Étape 4 : interprétation : un peu plus de la moitié des mangues abîmées viennent du verger \(A\), alors qu'il en abîme moins en proportion, parce qu'il fournit beaucoup plus de mangues.

Dans le même arbre, que vaut \(P(S)\), la probabilité qu'une mangue soit saine ?

  1. \(0{,}95 + 0{,}9 = 1{,}85\)
  2. \(0{,}7 \times 0{,}95 = 0{,}665\)
  3. \(0{,}665 + 0{,}27 = 0{,}935\)
Deux chemins mènent à \(S\) : \(0{,}7 \times 0{,}95 = 0{,}665\) et \(0{,}3 \times 0{,}9 = 0{,}27\). Leur somme vaut \(0{,}935\), ce qui est bien \(1 - 0{,}065\). Une probabilité ne dépasse jamais 1.

4. Événements indépendants

Définition. Deux événements \(A\) et \(B\) sont indépendants si \[P(A \cap B) = P(A) \times P(B)\]

Si \(P(A) \neq 0\), cela revient à dire que \(P_A(B) = P(B)\) : savoir que \(A\) est réalisé ne change pas la probabilité de \(B\).

Succession d'épreuves indépendantes. Quand on répète une expérience dans les mêmes conditions (lancer un dé deux fois, tirer avec remise), les probabilités ne changent pas d'une épreuve à l'autre : sur l'arbre, on retrouve les mêmes nombres à chaque niveau, et la probabilité d'une suite de résultats est le produit de leurs probabilités.

On lance deux fois un dé équilibré à 6 faces. Quelle est la probabilité d'obtenir deux fois un 6 ?

  1. \(\dfrac{1}{36}\)
  2. \(\dfrac{2}{6}\)
  3. \(\dfrac{1}{12}\)
Les deux lancers sont indépendants : \(\dfrac{1}{6} \times \dfrac{1}{6} = \dfrac{1}{36}\).

5. Simulation et méthode de Monte Carlo

Principe. On fait simuler l'expérience aléatoire \(n\) fois par un ordinateur, on compte combien de fois l'événement se produit, puis on calcule la fréquence. Quand \(n\) devient grand, cette fréquence se rapproche de la probabilité : elle en est une estimation.

flowchart TD
  A[Choisir n et compteur à 0] --> B[Simuler une expérience]
  B --> C{Événement réalisé}
  C -->|oui| D[Ajouter 1 au compteur]
  C -->|non| E[Ne rien faire]
  D --> F{n essais faits}
  E --> F
  F -->|non| B
  F -->|oui| G[Fréquence égale compteur sur n]

Exemple résolu 3 : simuler les mangues

En Python, random() renvoie un nombre au hasard entre 0 et 1. La condition random() < 0.7 est donc vraie avec une probabilité de 0,7 : elle simule « la mangue vient du verger A ».

from random import random

def simulation(n):
    compteur = 0
    for i in range(n):
        if random() < 0.7:          # verger A
            abimee = random() < 0.05
        else:                       # verger B
            abimee = random() < 0.10
        if abimee:
            compteur = compteur + 1
    return compteur / n

Avant de regarder : vers quelle valeur doit tendre simulation(100000) ?

Voir la solution

La fréquence de mangues abîmées doit être proche de \(P(D) = 0{,}065\), calculée avec l'arbre. Avec 100 essais, on peut obtenir par exemple 0,05 ou 0,08 ; avec 100 000 essais, le résultat est en général très proche de 0,065. La simulation confirme le calcul.

Exemple résolu 4 : estimer \(\pi\)

On tire au hasard un point \(M(x ; y)\) avec \(x\) et \(y\) entre 0 et 1, donc dans un carré de côté 1. Le point est dans le quart de disque de centre \(O\) et de rayon 1 lorsque \(x^2 + y^2 \leq 1\).

Étape 1 : l'aire du carré vaut 1, celle du quart de disque vaut \(\dfrac{\pi \times 1^2}{4} = \dfrac{\pi}{4}\).
Étape 2 : la probabilité qu'un point tombe dans le quart de disque est le rapport des aires : \(p = \dfrac{\pi}{4} \approx 0{,}785\).
Étape 3 : on simule \(n\) points et on calcule la fréquence \(f\) des points vérifiant \(x^2 + y^2 \leq 1\). Alors \(f \approx \dfrac{\pi}{4}\), donc \(\pi \approx 4f\).
Étape 4 : par exemple, si 7 850 points sur 10 000 sont dans le quart de disque, \(f = 0{,}785\) et \(\pi \approx 4 \times 0{,}785 = 3{,}14\).

Quelle précision ?

Pour un échantillon de taille \(n\), la fréquence observée tombe, dans environ 95 % des cas, dans l'intervalle \(\left[p - \dfrac{1}{\sqrt{n}} ; p + \dfrac{1}{\sqrt{n}}\right]\) (résultat vu en Seconde, valable pour \(n\) assez grand). Fais varier \(p\) et regarde la largeur de cet intervalle en fonction de \(n\) :

Une simulation de 400 expériences donne une fréquence de 0,42. Que peut-on dire ?

  1. La probabilité vaut exactement 0,42.
  2. 0,42 est une estimation de la probabilité, avec une marge d'environ \(\dfrac{1}{\sqrt{400}} = 0{,}05\).
  3. La simulation est fausse, car il faudrait obtenir 0,5.
Une simulation ne donne qu'une estimation : la fréquence fluctue autour de la probabilité. Avec \(n = 400\), la marge est de l'ordre de \(0{,}05\).

Erreurs fréquentes

  • Diviser par le total général au lieu du total de la ligne ou de la colonne pour une probabilité conditionnelle.
  • Additionner les probabilités le long d'un chemin au lieu de les multiplier.
  • Oublier un chemin dans la formule des probabilités totales.
  • Confondre \(P_A(B)\) et \(P(A \cap B)\) : la première est la valeur portée par la branche, la seconde est le produit le long du chemin.
  • Croire qu'une fréquence obtenue par simulation est la probabilité exacte.

Récapitulatif

  • \(P_A(B) = \dfrac{P(A \cap B)}{P(A)}\) et \(P(A \cap B) = P(A) \times P_A(B)\).
  • Tableau croisé : conditionnel = case divisée par le total de la ligne ou de la colonne qui sert de condition.
  • Arbre : somme 1 à chaque nœud, produit le long d'un chemin, somme des chemins (probabilités totales).
  • Indépendance : \(P(A \cap B) = P(A) \times P(B)\).
  • Monte Carlo : la fréquence obtenue sur un grand nombre de simulations estime la probabilité, avec une marge de l'ordre de \(\dfrac{1}{\sqrt{n}}\).
Probabilité conditionnelle
P sachant A de B = P(A et B) divisé par P(A).
Tableau croisé
Pour sachant A, on divise par le total de la ligne ou colonne de A.
Règle du produit
On multiplie les probabilités le long d'un chemin de l'arbre.
Probabilités totales
On additionne les probabilités de tous les chemins qui mènent à l'événement.
Indépendance
P(A et B) = P(A) × P(B) : savoir A ne change pas la probabilité de B.
Méthode de Monte Carlo
Simuler un grand nombre de fois et utiliser la fréquence comme estimation.

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