Classicisme et théâtre du XVIIe

2ndeFrancaisHistoire littéraireClassicisme et théâtre du XVIIe~8 min de lecture

Le classicisme et le théâtre du XVIIe siècle

Au XVIIe siècle, en France, le classicisme impose au théâtre des règles d'ordre et de mesure (trois unités, vraisemblance, bienséance) pour « plaire et instruire », et Corneille, Racine et Molière en sont les grands auteurs.

Objectifs

  • Situer le classicisme dans son contexte historique.
  • Connaître les principes et les règles du théâtre classique.
  • Distinguer tragédie et comédie classiques.
  • Reconnaître les grandes figures : Corneille, Racine, Molière, et les problématiques morales de leurs pièces.

1. Le contexte : un siècle d'ordre

Au XVIIe siècle, la monarchie française se renforce. Le pouvoir royal veut aussi organiser la langue et les arts : le cardinal de Richelieu fonde l'Académie française, chargée de fixer la langue. Sous Louis XIV, les artistes sont protégés par le roi (mécénat) et écrivent pour un public cultivé : la cour et la ville.

Le classicisme est le mouvement littéraire et artistique qui domine alors, surtout entre 1660 et 1680. Il recherche l'ordre, la clarté, la mesure et l'imitation des auteurs de l'Antiquité grecque et latine. Son idéal humain est l'honnête homme : cultivé, poli, raisonnable, sans excès.

  1. 1635Richelieu fonde l'Académie française.
  2. 1637Le Cid de Corneille, immense succès et vive querelle sur le respect des règles.
  3. 1661Début du règne personnel de Louis XIV.
  4. 1668L'Avare de Molière.
  5. 1674Boileau publie L'Art poétique, qui résume les règles classiques.
  6. 1677Phèdre de Racine.

Quel est l'idéal humain du classicisme ?

  1. Le héros qui laisse éclater toutes ses passions
  2. L'honnête homme, cultivé, poli et mesuré
  3. Le savant enfermé dans son laboratoire
Le classicisme valorise la raison et la mesure : son modèle est l'honnête homme, à l'aise en société et sans excès.

2. Les règles du théâtre classique

Boileau résume la règle des trois unités dans L'Art poétique :

« Qu'en un lieu, qu'en un jour, un seul fait accompli
Tienne jusqu'à la fin le théâtre rempli. »
  • Unité de lieu : un seul lieu (un palais, une salle, une place).
  • Unité de temps : l'action dure au plus une journée (vingt-quatre heures).
  • Unité d'action : une seule intrigue principale, sans histoires secondaires qui dispersent l'attention.

Deux autres règles complètent les unités :

  • la vraisemblance : l'histoire doit paraître croyable au spectateur ;
  • la bienséance : on ne montre pas sur scène ce qui pourrait choquer (combats, morts sanglantes) ; ces événements sont racontés par un personnage, dans un récit.

Le but est double : plaire et instruire. Molière écrit, dans la préface de Tartuffe, que le devoir de la comédie est de « corriger les hommes en les divertissant ».

mindmap
  root((Theatre classique))
    Trois unites
      Lieu
      Temps
      Action
    Vraisemblance
    Bienseance
    Plaire et instruire

Exemple résolu

Un élève propose une pièce « classique » : le premier acte se passe au marché de Kumasi, le deuxième trois ans plus tard à Abidjan, et un duel sanglant est joué sur scène. Quelles règles ne sont pas respectées ?

Étape 1 : deux villes différentes → l'unité de lieu n'est pas respectée.
Étape 2 : trois ans entre deux actes → l'unité de temps (une journée) n'est pas respectée.
Étape 3 : un duel sanglant montré sur scène → la bienséance n'est pas respectée ; il faudrait le faire raconter par un personnage.

Quelle règle impose de raconter une mort au lieu de la montrer sur scène ?

  1. L'unité d'action
  2. La vraisemblance
  3. La bienséance
La bienséance interdit de montrer ce qui pourrait choquer le public : la mort est donc racontée dans un récit.

3. Tragédie et comédie

TragédieComédie
PersonnagesRois, princes, héros (souvent de l'Antiquité)Bourgeois, valets, gens ordinaires
SujetPassions violentes, conflit entre devoir et sentimentsDéfauts et vices de la société (avarice, hypocrisie, vanité)
FinMalheureuse (mort, exil, renoncement)Heureuse (souvent un mariage)
Effet recherchéTerreur et pitié, pour purifier les passions du spectateur (la catharsis)Le rire, pour corriger les mœurs
FormeCinq actes, en alexandrinsEn vers ou en prose, en un, trois ou cinq actes

L'alexandrin est un vers de douze syllabes, souvent coupé en deux moitiés de six syllabes (les hémistiches) par une pause, la césure.

Exemple résolu

Vérifie que ce vers de Don Diègue dans Le Cid est un alexandrin : « Ô rage ! ô désespoir ! ô vieillesse ennemie ! »

Étape 1 : premier hémistiche : Ô (1) ra (2) ge‿ô (3, le « e » de rage s'efface devant « ô ») dé (4) ses (5) poir (6).
Étape 2 : second hémistiche : ô (7) vieil (8) les (9) se‿en (10, le « e » s'efface devant « en ») ne (11) mie (12, le « e » final ne compte pas).
Conclusion : 6 + 6 = 12 syllabes, avec la césure après « désespoir » : c'est bien un alexandrin.

Une pièce met en scène un bourgeois ridicule et se termine par un mariage. C'est :

  1. une comédie
  2. une tragédie
  3. un récit épique
Personnages ordinaires, défaut ridiculisé et fin heureuse : ce sont les marques de la comédie classique.

4. Les grandes figures et leurs questions morales

Pierre Corneille (1606-1684) : l'honneur et le devoir

Dans Le Cid (1637), Rodrigue doit venger l'honneur de son père en affrontant le père de Chimène, la femme qu'il aime. On appelle ce choix impossible entre l'amour et l'honneur un dilemme cornélien. Les héros de Corneille font passer le devoir et la volonté avant leurs sentiments : ils sont admirables.

Jean Racine (1639-1699) : la passion fatale

Dans Andromaque (1667) ou Phèdre (1677), les personnages sont dominés par une passion amoureuse qu'ils ne peuvent pas contrôler et qui les conduit au malheur. Le héros racinien est faible face à ses sentiments : il inspire la pitié.

Molière (1622-1673) : corriger en faisant rire

Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, est auteur, comédien et chef de troupe. Il se moque des défauts humains : l'avarice d'Harpagon dans L'Avare (1668), la peur d'être malade d'Argan dans Le Malade imaginaire (1673), la sincérité excessive d'Alceste dans Le Misanthrope (1666).

Corneille
Le Cid : héros qui choisissent le devoir et l'honneur (dilemme cornélien).
Racine
Phèdre, Andromaque : personnages détruits par une passion fatale.
Molière
L'Avare, Le Malade imaginaire : comédies qui corrigent les défauts par le rire.

Exemple résolu

Dans L'Avare, Harpagon veut marier sa fille à un homme riche et âgé parce qu'il l'accepte « sans dot ». Quel défaut Molière critique-t-il, et comment ?

Voir la solution

Molière critique l'avarice : Harpagon préfère son argent au bonheur de sa fille. Il la rend ridicule en faisant répéter à Harpagon l'expression « sans dot ! » comme seul argument, ce qui fait rire le public. Le spectateur rit du personnage et réfléchit à ce défaut : c'est « corriger les hommes en les divertissant ».

Un héros doit choisir entre venger l'honneur de son père et garder l'amour de celle qu'il aime. De quel auteur est-ce typique ?

  1. Molière
  2. Corneille
  3. Racine
C'est le dilemme cornélien, au cœur du Cid de Corneille : le héros choisit son devoir malgré son amour.

Erreurs fréquentes

  • Croire que toute pièce du XVIIe siècle est une tragédie : Molière écrit des comédies.
  • Confondre bienséance (ne pas choquer) et vraisemblance (paraître vrai).
  • Oublier l'élision du « e » muet en comptant les syllabes d'un alexandrin.
  • Confondre le héros cornélien (maître de lui) et le héros racinien (victime de sa passion).

Récapitulatif

Le classicisme, mouvement d'ordre et de mesure sous Louis XIV, imite les Anciens et vise à plaire et instruire. Le théâtre classique respecte les trois unités (lieu, temps, action), la vraisemblance et la bienséance. La tragédie (Corneille, Racine) met en scène des héros nobles et une fin malheureuse, en alexandrins ; la comédie (Molière) ridiculise les vices pour corriger les mœurs.

Classicisme
Mouvement du XVIIe siècle : ordre, clarté, mesure, imitation des Anciens.
Règle des trois unités
Un lieu, une journée, une seule action.
Bienséance
Ne rien montrer sur scène qui choque le public : la violence est racontée.
Vraisemblance
L'histoire doit paraître croyable.
Alexandrin
Vers de 12 syllabes, coupé en deux hémistiches de 6 par la césure.
Catharsis
Purification des passions du spectateur par la terreur et la pitié (tragédie).

Teste tes connaissances sur ce cours

Crée ton compte gratuitement pour accéder aux quiz associés et suivre ta progression.