Des figures de style au commentaire : faire parler les images d'un poème

2ndeFrancaisPoétiqueFigures de style poétiques~11 min de lecture

Des figures de style au commentaire : faire parler les images d'un poème

Repérer une figure ne suffit pas : il faut la nommer, expliquer comment elle fonctionne, puis dire ce qu'elle apporte au sens du poème.

Objectifs

  • Distinguer le sens propre et le sens figuré pour repérer une figure de style.
  • Nommer et décrire le mécanisme des figures étudiées en Seconde : comparaison, métaphore, personnification, métonymie, hyperbole, allitération, assonance.
  • Interpréter l'effet d'une figure : quelle image, quelle émotion, quel sens elle crée.
  • Rédiger un paragraphe d'analyse qui relie la figure au sens du poème.
  • Écrire soi-même des vers qui utilisent des figures.

Le cours suit une progression en cinq marches : repérer, nommer, décrire, interpréter, rédiger.

flowchart LR
  A[Repérer] --> B[Nommer]
  B --> C[Décrire le mécanisme]
  C --> D[Interpréter]
  D --> E[Rédiger]

Marche 1 : repérer un écart avec le langage ordinaire

Notion clé

Une figure de style est une manière de dire qui s'écarte de l'expression ordinaire pour produire un effet : faire voir, faire entendre, faire ressentir. On la repère souvent parce que le sens propre (littéral) des mots est impossible ou étrange, ce qui oblige à chercher un sens figuré. Les figures sonores, elles, se repèrent à l'oreille : en lisant à voix haute, on entend un son qui revient.

Laquelle de ces phrases contient une expression au sens figuré ?

  1. Le car pour Kumasi part à sept heures.
  2. Ce matin, la ville se réveille sous une pluie d'or.
  3. Ma sœur achète trois mangues au marché.
Une ville ne se « réveille » pas et il ne pleut pas d'or : ces mots désignent autre chose (l'animation qui commence, la lumière du soleil). Les deux autres phrases sont au sens propre.

Marche 2 : nommer la figure grâce à son mécanisme

Les figures d'analogie : rapprocher deux réalités

  • Comparaison : un comparé, un comparant et un outil de comparaison (comme, tel, pareil à, semblable à, ressembler…). Exemple : « Le Poète est semblable au prince des nuées » (Baudelaire, « L'Albatros »).
  • Métaphore : le même rapprochement, mais sans outil. Exemple : « La Nature est un temple » (Baudelaire, « Correspondances »).
  • Personnification : un objet, un animal ou une idée reçoit des actions ou des sentiments humains. Exemple : dans « Correspondances », les « vivants piliers » du temple « laissent parfois sortir de confuses paroles ».

Les figures de substitution et d'insistance

  • Métonymie : on désigne une réalité par une autre qui lui est liée dans la réalité (le contenant pour le contenu, la partie pour le tout, le lieu pour ses habitants…). Exemple : « Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur » (Hugo, « Demain, dès l'aube… ») : les voiles désignent les bateaux.
  • Hyperbole : une exagération volontaire. Exemple : dans la tirade du nez de Cyrano de Bergerac (Rostand), le nez devient « un roc », « un pic », « un cap », puis « une péninsule ».

Les figures sonores

  • Allitération : répétition d'un même son consonne. Exemple : « Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? » (Racine, Andromaque) : le son [s] imite le sifflement.
  • Assonance : répétition d'un même son voyelle. Exemple : « Les sanglots longs / Des violons / De l'automne » (Verlaine, « Chanson d'automne ») : les voyelles nasales [ɑ̃] et [ɔ̃] prolongent la plainte.

« Mon cœur est un tambour qui bat la fête. » Quelle figure trouve-t-on dans « Mon cœur est un tambour » ?

  1. Une comparaison
  2. Une métaphore
  3. Une allitération
Le cœur est rapproché d'un tambour sans outil de comparaison (pas de « comme ») : c'est une métaphore.

« Le Poète est semblable au prince des nuées. » Quelle figure Baudelaire utilise-t-il ?

  1. Une métaphore
  2. Une personnification
  3. Une comparaison
L'outil « semblable à » relie le comparé (le Poète) au comparant (le prince des nuées, c'est-à-dire l'albatros) : c'est une comparaison.

« Après le match, Seydou a bu deux verres d'un trait. » Quelle figure reconnais-tu dans « boire deux verres » ?

  1. Une hyperbole
  2. Une métonymie
  3. Une personnification
On ne boit pas le verre mais ce qu'il contient : le contenant désigne le contenu, réalité qui lui est liée. C'est une métonymie.

Marche 3 : décrire le mécanisme avec précision

Notion clé : les questions à se poser

  • Analogie : quel est le comparé ? Quel est le comparant ? Y a-t-il un outil ? Quel point commun les relie ?
  • Métonymie : quel mot remplace quelle réalité ? Quel lien réel les unit (partie et tout, contenant et contenu, lieu et habitants…) ?
  • Hyperbole : quelle réalité est exagérée, et dans quel sens (grandir, multiplier, intensifier) ?
  • Figure sonore : quel son revient ? Dans quels mots ? Combien de fois ?

Exemple résolu 1 : décrire une métaphore de Senghor

Dans « Femme noire » (Chants d'ombre), Senghor écrit : « Femme nue, femme obscure / Fruit mûr à la chair ferme ». Décris la figure du second vers.

Ce qui est rapproché : le comparé est la femme, le comparant est un « fruit mûr ».
Il n'y a pas d'outil de comparaison : c'est une métaphore.
Le point commun : la plénitude, la saveur, la maturité ; « à la chair ferme » prolonge l'image du fruit.
Formulation : « La métaphore du « fruit mûr » assimile la femme à un fruit arrivé à maturité, plein et savoureux. »

Dans « Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? », quel est le son répété de l'allitération ?

  1. Le son consonne [s]
  2. Le son voyelle [o]
  3. Le son consonne [p]
Le son [s] revient dans « sont », « ces », « serpents », « sifflent », « sur » : c'est une allitération en [s], qui imite le sifflement des serpents.

Marche 4 : interpréter l'effet

Notion clé

Une figure produit toujours un effet. Pour l'interpréter, demande-toi :

  • Que fait-elle voir ? Quelle image nouvelle naît du rapprochement ?
  • Que fait-elle ressentir ? Admiration, tristesse, inquiétude, tendresse, ironie…
  • Que dit-elle du thème du poème ? Comment soutient-elle l'idée principale ?

Exemple résolu 2 : deux figures chez Victor Hugo

Dans « Demain, dès l'aube… » (Les Contemplations), le poète marche vers la tombe de sa fille et écrit : « Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe, / Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur ». Repère deux figures et interprète-les.

Cherche d'abord, puis vois la solution

« L'or du soir » est une métaphore : la lumière du couchant est assimilée à de l'or, ce qui rend le paysage précieux et éclatant.

« Les voiles » est une métonymie : la partie (la voile) désigne le tout (le bateau).

Interprétation : ces deux images peignent un paysage magnifique… que le poète refuse de regarder (« Je ne regarderai ni… ni… »). Plus le paysage est beau, plus on mesure la force de son deuil : rien ne compte que sa marche vers sa fille.

« J'ai attendu mille ans ta réponse. » Quel est l'effet principal de cette hyperbole ?

  1. Donner la durée exacte de l'attente
  2. Exprimer avec force l'impatience en exagérant la durée
  3. Comparer la réponse à un objet ancien
Personne n'attend mille ans : l'exagération traduit l'intensité de l'impatience ressentie.

Marche 5 : rédiger un paragraphe d'analyse

Notion clé : quatre éléments dans chaque paragraphe

  1. L'idée que tu défends sur le texte.
  2. La citation exacte, entre guillemets.
  3. La figure nommée et son mécanisme décrit.
  4. L'effet et son lien avec l'idée.

Exemple résolu 3 : un paragraphe sur Verlaine

Rédige un paragraphe sur la musique de la tristesse dans les premiers vers de « Chanson d'automne » : « Les sanglots longs / Des violons / De l'automne / Blessent mon cœur / D'une langueur / Monotone. »

Voir un paragraphe modèle

Dès les premiers vers, Verlaine fait entendre sa mélancolie autant qu'il la dit. Les violons « sanglotent » : par cette personnification, la musique de l'automne pleure comme un être humain, et la nature semble partager la peine du poète. Les sons renforcent cette plainte : l'assonance des voyelles nasales [ɑ̃] et [ɔ̃] dans « sanglots », « longs », « violons », « mon » et « langueur » allonge la prononciation, comme une note de violon qui traîne. Ainsi, image et sonorités se rejoignent pour faire ressentir au lecteur une tristesse lente et sans fin, que l'adjectif « monotone » vient confirmer.

Laquelle de ces phrases est la meilleure analyse de « l'or du soir » chez Hugo ?

  1. Il y a une métaphore dans le vers.
  2. La métaphore de « l'or du soir » rend le couchant précieux et éclatant, beauté que le poète endeuillé refuse pourtant de regarder.
  3. Le poète aime beaucoup le soir et l'or.
Seule la deuxième phrase cite, nomme la figure, explique son effet et le relie au sens du poème (le deuil).

Atelier d'écriture : à toi de créer

Choisis un lieu que tu connais (ta cour, le fleuve, le marché, la gare routière) et écris quatre vers libres qui contiennent : une comparaison, une métaphore, une personnification et une allitération. Puis souligne chaque figure et écris, à côté, l'effet que tu as voulu produire.

Voir un exemple de production

« Le fleuve dort comme un vieux pêcheur, (comparaison et personnification : le calme, la lenteur)
Sa peau est un miroir de cuivre, (métaphore : les reflets du soleil couchant)
Les pirogues glissent, glissent sans bruit, (répétition qui imite le mouvement)
Sous le souffle sourd du soir qui s'assoupit. » (allitération en [s] : un murmure apaisant)

Erreurs fréquentes

  • Voir une comparaison dans tout « comme » : « Comme il pleuvait, je suis resté » exprime une cause, pas une comparaison.
  • Confondre métaphore et personnification : la personnification donne précisément des traits humains à ce qui n'est pas humain ; une métaphore peut rapprocher n'importe quelles réalités.
  • Compter des lettres au lieu de sons : une allitération ou une assonance porte sur ce qu'on entend.
  • Inventer une citation : cite toujours le texte exact, entre guillemets.
  • Faire un catalogue : mieux vaut deux figures bien interprétées que dix figures simplement nommées.

Récapitulatif

  1. Repérer : sens propre impossible ou son qui revient.
  2. Nommer : analogie (comparaison, métaphore, personnification), substitution (métonymie), exagération (hyperbole), sons (allitération, assonance).
  3. Décrire : comparé, comparant, outil ; mot remplaçant et lien ; son répété.
  4. Interpréter : ce que la figure fait voir, ressentir et comprendre.
  5. Rédiger : idée, citation, figure, effet.
Comparaison
Comparé + comparant + outil (comme, tel, semblable à…).
Métaphore
Rapprochement de deux réalités sans outil de comparaison.
Personnification
Attribuer des traits humains à un objet, un animal ou une idée.
Métonymie
Désigner une réalité par une autre qui lui est liée (les voiles pour les bateaux).
Allitération / assonance
Répétition d'un son consonne / d'un son voyelle.
Paragraphe d'analyse
Idée, citation, figure nommée, effet relié au sens.

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