Enquêter sur la qualité de l'eau et de l'air en cinq étapes : de la question au plan d'action
Enquêter sur la qualité de l'eau et de l'air en cinq étapes : de la question au plan d'action
Pour savoir si l'eau ou l'air de son quartier sont pollués, on mène une enquête en cinq étapes : poser une question, choisir des indicateurs, mesurer en comparant avec un témoin, interpréter les résultats, puis remonter à la source et proposer une action.
Objectifs
- Formuler une question d'enquête précise sur la qualité de l'eau ou de l'air.
- Choisir des indicateurs simples : observations (couleur, odeur, déchets, êtres vivants) et tests (test de la croix, carte collante).
- Réaliser une mesure juste : mêmes conditions, plusieurs mesures, un témoin.
- Calculer une moyenne et comparer deux lieux.
- Distinguer une source naturelle d'une source humaine de pollution et proposer des actions adaptées.
Notions clés
- Pollution
- Présence dans l'eau, l'air ou le sol de substances ou de déchets qui peuvent nuire aux êtres vivants.
- Indicateur
- Observation ou mesure qui renseigne sur la qualité d'un milieu (eau trouble, mauvaise odeur, poussières sur une carte collante…).
- Témoin
- Échantillon de comparaison, placé dans les mêmes conditions mais sans la cause supposée de pollution.
- Source de pollution
- Origine de la pollution : naturelle (vent de sable) ou liée aux activités humaines (déchets, fumées, eaux usées).
flowchart LR A[1 Poser une question] --> B[2 Choisir les indicateurs] B --> C[3 Mesurer avec un temoin] C --> D[4 Interpreter les resultats] D --> E[5 Source et action]
1. Poser la question et choisir les indicateurs
Étape 1 : une question précise
Une bonne question compare deux lieux ou deux situations. Exemples :
- « L'eau du marigot est-elle plus trouble que l'eau du puits et que l'eau du forage ? »
- « L'air de la gare routière contient-il plus de poussières que l'air du jardin de l'école ? »
Étape 2 : choisir les indicateurs
| Observations | Tests simples | |
|---|---|---|
| Eau | couleur, odeur, déchets flottants, mousse, huile en surface, présence de larves de moustiques | test de la croix (eau trouble ou non), papier pH |
| Air | fumées visibles et leur couleur, odeur, poussière sur les feuilles et les meubles, toux ou yeux qui piquent | carte collante qui piège les poussières pendant quelques jours |
Le test de la croix se fait avec une bouteille transparente et un papier blanc marqué d'une croix noire :
On pose la bouteille vide sur un papier blanc où l'on a dessiné une croix noire.
On verse l'eau à tester peu à peu en regardant la croix par le dessus de la bouteille.
Dès que la croix n'est plus visible, on mesure la hauteur d'eau. Plus cette hauteur est petite, plus l'eau est trouble.
Au test de la croix, la croix disparaît à 5 cm pour l'eau A et à 20 cm pour l'eau B. Que peut-on dire ?
2. Mesurer correctement (étape 3)
Pour que la comparaison soit juste, on respecte trois règles :
- Mêmes conditions : même matériel, même durée d'exposition, même hauteur, mêmes jours. Ainsi, seul le lieu change.
- Plusieurs mesures : on compte les poussières dans plusieurs carrés et on calcule une moyenne, car un seul carré peut être une exception.
- Un témoin : la carte gardée dans la boîte fermée. Si elle reste presque propre, cela montre que les poussières des autres cartes viennent bien de l'air.
À quoi sert la carte gardée dans la boîte fermée ?
3. Interpréter les résultats (étape 4)
| Carré | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 |
|---|---|---|---|---|---|
| Gare routière | 12 | 15 | 9 | 14 | 10 |
| Jardin de l'école | 3 | 5 | 2 | 4 | 6 |
| Témoin (boîte fermée) | 0 | 1 | 0 | 0 | 0 |
Cherche d'abord la moyenne de chaque lieu, puis dévoile le calcul.
Sur une autre carte, on compte 8, 6, 7, 9 et 10 poussières dans cinq carrés. Quelle est la moyenne ?
4. Remonter à la source et agir (étape 5)
Une fois le problème mesuré, on cherche d'où il vient. On distingue :
- les sources naturelles : poussières apportées par l'harmattan, eau rendue boueuse par les pluies ;
- les sources humaines : fumées des moteurs et des groupes électrogènes, déchets brûlés (surtout les plastiques), poussière soulevée par les véhicules, eaux usées, latrines trop proches d'un puits, déchets jetés dans les caniveaux, lessive ou lavage de motos au bord du marigot.
On ne peut pas arrêter l'harmattan, mais on peut agir sur les sources humaines :
| Problème | Actions possibles |
|---|---|
| Eau du puits salie | Construire une margelle et couvrir le puits, utiliser un seau réservé au puits, éloigner les latrines et les ordures du point d'eau. |
| Eau du marigot trouble et sale | Ne pas y jeter de déchets, ne pas y faire la lessive ni laver les engins, ne pas la boire sans traitement (la faire bouillir). |
| Fumées et poussières | Ne pas brûler les déchets plastiques, faire entretenir les moteurs, planter des arbres et des haies, arroser la cour avant de balayer. |
| Fumée dans la cuisine | Bien aérer la cuisine, utiliser un foyer amélioré qui fait moins de fumée. |
Laquelle de ces sources de poussière est naturelle ?
Exemples résolus
Exemple 1 : trois eaux à comparer
Le club fait le test de la croix sur trois eaux recueillies le même jour. Résultats : eau du marigot, la croix disparaît à 6 cm ; eau d'un puits sans couvercle, à 18 cm ; eau du forage, la croix reste visible même quand la bouteille est pleine (30 cm). Classe ces eaux et dis ce que l'on peut conclure.
Voir la solution
Classement de la plus trouble à la moins trouble : marigot (6 cm), puits (18 cm), forage (plus de 30 cm).
Conclusion : l'eau du marigot contient le plus de particules en suspension ; l'eau du forage est la plus claire. Le puits sans couvercle reçoit probablement des poussières, des feuilles et de la terre.
Limite : ce test mesure seulement la turbidité. On ne peut pas dire que l'eau du forage est potable : il faudrait une analyse des microbes en laboratoire.
Action proposée : couvrir le puits et construire une margelle ; ne pas boire l'eau du marigot sans la traiter.
Exemple 2 : une enquête mal construite
Koffi pose une carte collante au bord de la route pendant 5 jours, et une autre dans sa chambre pendant 1 jour. Il trouve plus de poussières sur la carte de la route et conclut que l'air de la route est plus pollué. Sa conclusion est-elle valable ?
Voir la solution
Non, sa conclusion n'est pas fiable : deux choses changent en même temps, le lieu et la durée (5 jours contre 1 jour). La carte de la route a eu cinq fois plus de temps pour piéger des poussières.
Pour corriger, il doit exposer les deux cartes pendant la même durée et les mêmes jours, compter plusieurs carrés sur chaque carte et garder une carte témoin dans une boîte fermée.
Erreurs fréquentes
Récapitulatif
- Une enquête suit cinq étapes : question, indicateurs, mesure avec témoin, interprétation, source et action.
- Indicateurs de l'eau : couleur, odeur, déchets, larves, test de la croix ; de l'air : fumées, odeurs, poussières sur une carte collante.
- Une mesure juste : mêmes conditions, plusieurs mesures, une moyenne, un témoin.
- On distingue les sources naturelles (harmattan) des sources humaines (fumées, déchets, eaux usées), sur lesquelles on peut agir.
- Une eau claire n'est pas forcément potable.
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