Étude du langage poétique : sémantique, sonore, prosodique, visuelle

1èreFrancaisLa poésie du XIXe au XXIe siècleÉtude du langage poétique : sémantique, sonore, prosodique, visuelle~8 min de lecture

Étude du langage poétique : sens, sons, rythme et forme visuelle

Un poème travaille la langue sur quatre plans à la fois : le sens des mots et des images, les sons, le rythme des vers et la forme sur la page ; l'analyser, c'est montrer comment ces quatre plans s'unissent pour produire un effet.

Objectifs

  • Repérer et nommer les images poétiques (dimension sémantique).
  • Analyser les sons : rimes, allitérations, assonances (dimension sonore).
  • Compter les syllabes et étudier le rythme du vers (dimension prosodique).
  • Tenir compte de la mise en page du poème (dimension visuelle).
  • Relier chaque procédé à un effet, de Hugo et Baudelaire à Senghor et Birago Diop.

Vue d'ensemble

mindmap
  root((Langage poetique))
    Semantique
      Images
      Champs lexicaux
    Sonore
      Rimes
      Alliterations et assonances
    Prosodique
      Metre et syllabes
      Cesure et enjambement
    Visuelle
      Strophes
      Calligramme et vers libre

1. La dimension sémantique : le sens et les images

  • Comparaison : rapprochement avec un outil (comme, tel, pareil à, semblable à). « Le soleil est comme un four. »
  • Métaphore : rapprochement sans outil. Baudelaire : « La Nature est un temple où de vivants piliers / Laissent parfois sortir de confuses paroles » (les arbres deviennent des piliers de temple).
  • Personnification : on donne des traits humains à une chose ou un animal. Birago Diop, « Souffles » : « La voix du feu s'entend, / Entends la voix de l'eau. »
  • Allégorie : une idée abstraite représentée par une figure concrète (la Mort avec sa faux).
  • Champ lexical : ensemble de mots liés à un même thème ; il installe une atmosphère.
  • Connotation : ce qu'un mot suggère en plus de son sens premier (« nuit » peut suggérer la mort, le mystère, le repos).

« Le fleuve Niger est un serpent d'argent couché dans la savane. » Quelle figure ?

  1. Une comparaison
  2. Une métaphore
  3. Une allitération
Le fleuve est rapproché d'un serpent sans outil de comparaison (pas de « comme ») : c'est une métaphore.

2. La dimension sonore : la musique des mots

  • Allitération : répétition d'un son consonne. Racine (XVIIe siècle), exemple classique : « Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? » (le son [s] imite le sifflement).
  • Assonance : répétition d'un son voyelle. Verlaine : « Les sanglots longs / Des violons / De l'automne » (les sons [ɔ̃] et [o] prolongent la plainte).
  • La rime : retour du même son en fin de vers.
    • Qualité : pauvre (un son commun : ami / joli), suffisante (deux sons communs : bonté / santé), riche (trois sons communs ou plus : pierre / lierre).
    • Disposition : plates AABB, croisées ABAB, embrassées ABBA.

Une strophe dont les rimes suivent le schéma ABBA a des rimes…

  1. plates
  2. croisées
  3. embrassées
Les rimes B sont « serrées » entre les deux rimes A, comme dans des bras : ce sont des rimes embrassées.

3. La dimension prosodique : le rythme du vers

Les règles du compte

  • Le e muet se prononce et compte devant une consonne ; il ne compte pas devant une voyelle (élision) ni en fin de vers.
  • Diérèse : on prononce en deux syllabes deux voyelles d'ordinaire réunies (« li-on », « pas-si-on ») ; elle met souvent le mot en valeur. Synérèse : l'inverse.
  • Dans l'alexandrin classique, la césure coupe le vers en deux hémistiches de 6 syllabes.
  • Enjambement : la phrase déborde sur le vers suivant. Rejet : un mot court rejeté au début du vers suivant, mis en relief. Rimbaud, « Le Dormeur du val » : « Accrochant follement aux herbes des haillons / D'argent ».
  • Vers libre (fin du XIXe et XXe siècle) : ni mètre fixe ni rime obligatoire ; le rythme vient de la respiration et des répétitions, comme chez Senghor.

Comptons le premier vers d'un poème célèbre de Victor Hugo : « Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne ».

Découpage en douze syllabes du vers de Victor Hugo, avec la césure entre les deux hémistiches de six syllabes De main dès l'au b'à l'heu r'où blan chit la cam pagne césure : 6 + 6 12 syllabes : un alexandrin

Premier hémistiche : 6 syllabes. Le e de « aube » ne compte pas car il est suivi de la voyelle « à » (élision).

Second hémistiche : 6 syllabes. Le e de « heure » s'élide devant « où », et le e final de « campagne » ne compte pas.

Total : 6 + 6 = 12 syllabes, coupées par la césure : c'est un alexandrin. Les virgules du premier hémistiche hachent le rythme, comme des pas pressés.

Dans « Une femme passait » (début de vers), combien de syllabes compte « Une femme » ?

  1. 4 : U-ne-fem-me
  2. 3 : U-ne-femme
  3. 2 : Une-femme
Le e de « une » est suivi de la consonne f : il compte. Le e de « femme » est suivi de la consonne p de « passait » : il compte aussi. U-ne-fem-me = 4.

4. La dimension visuelle : le poème sur la page

  • Strophes : quatrain (4 vers), tercet (3), distique (2). Le sonnet compte deux quatrains et deux tercets.
  • Poème en prose : sans vers, en paragraphes, mais avec images et rythme (Baudelaire, Petits poèmes en prose).
  • Calligramme : les vers dessinent ce dont ils parlent (Apollinaire, Calligrammes, 1918 : la pluie qui tombe en lignes verticales).
  • Typographie et blancs : majuscules, absence de ponctuation (Apollinaire), longueur des lignes, silences du blanc ; Senghor alterne longs versets et vers courts, comme un chant.

Un poème dont les lignes forment le dessin d'un baobab est…

  1. un sonnet
  2. un calligramme
  3. un poème en prose
Quand le texte dessine son sujet, c'est un calligramme, forme rendue célèbre par Apollinaire.

Exemple résolu : analyser deux vers

Cherche d'abord, puis déroule les étapes.

Sémantique : personnification (« la voix du feu », « la voix de l'eau ») ; les éléments de la nature parlent, ils sont habités.
Sonore : reprise « s'entend / Entends » (même son, sens qui passe du constat à l'ordre) et répétition de « la voix » : le poème insiste sur l'écoute.
Prosodique : des vers courts de 6 syllabes, réguliers, au rythme d'une parole qu'on répète, presque une formule.
Visuel : vers brefs et alignés, beaucoup de blanc autour : ils laissent la place au silence et à l'écoute.
Effet d'ensemble : le poème invite le lecteur à écouter le monde naturel où, selon le poème, les morts restent présents ; tout, du sens au rythme, sert cette leçon d'écoute.
Voir la solution

Le mot est séparé de « haillons » et placé seul au début du vers suivant : la pause de fin de vers crée une attente, puis le mot court tombe en relief. Il souligne la lumière de la rivière, qui transforme des « haillons » en éclats d'argent.

Erreurs fréquentes

  • Faire une liste de procédés sans effet : « il y a une allitération en [s] » ne suffit pas, il faut dire ce qu'elle produit.
  • Compter les lettres au lieu des sons pour les rimes et les assonances.
  • Oublier les règles du e muet en comptant les syllabes.
  • Confondre comparaison (avec outil) et métaphore (sans outil).

Récapitulatif

Analyser un poème, c'est l'étudier sur quatre plans : sémantique (images, champs lexicaux), sonore (rimes, allitérations, assonances), prosodique (mètre, césure, enjambement, vers libre) et visuel (strophes, calligramme, blancs), en reliant toujours chaque procédé à son effet.

Métaphore
Rapprochement de deux réalités sans outil de comparaison
Allitération / assonance
Répétition d'un son consonne / d'un son voyelle
Alexandrin
Vers de 12 syllabes, deux hémistiches de 6 séparés par la césure
Rejet
Mot court renvoyé au début du vers suivant, mis en relief
Calligramme
Poème dont les vers dessinent ce dont ils parlent
E muet
Compte devant consonne, s'élide devant voyelle et en fin de vers

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