Étude du langage poétique : sémantique, sonore, prosodique, visuelle
Étude du langage poétique : sens, sons, rythme et forme visuelle
Un poème travaille la langue sur quatre plans à la fois : le sens des mots et des images, les sons, le rythme des vers et la forme sur la page ; l'analyser, c'est montrer comment ces quatre plans s'unissent pour produire un effet.
Objectifs
- Repérer et nommer les images poétiques (dimension sémantique).
- Analyser les sons : rimes, allitérations, assonances (dimension sonore).
- Compter les syllabes et étudier le rythme du vers (dimension prosodique).
- Tenir compte de la mise en page du poème (dimension visuelle).
- Relier chaque procédé à un effet, de Hugo et Baudelaire à Senghor et Birago Diop.
Vue d'ensemble
mindmap
root((Langage poetique))
Semantique
Images
Champs lexicaux
Sonore
Rimes
Alliterations et assonances
Prosodique
Metre et syllabes
Cesure et enjambement
Visuelle
Strophes
Calligramme et vers libre
1. La dimension sémantique : le sens et les images
- Comparaison : rapprochement avec un outil (comme, tel, pareil à, semblable à). « Le soleil est comme un four. »
- Métaphore : rapprochement sans outil. Baudelaire : « La Nature est un temple où de vivants piliers / Laissent parfois sortir de confuses paroles » (les arbres deviennent des piliers de temple).
- Personnification : on donne des traits humains à une chose ou un animal. Birago Diop, « Souffles » : « La voix du feu s'entend, / Entends la voix de l'eau. »
- Allégorie : une idée abstraite représentée par une figure concrète (la Mort avec sa faux).
- Champ lexical : ensemble de mots liés à un même thème ; il installe une atmosphère.
- Connotation : ce qu'un mot suggère en plus de son sens premier (« nuit » peut suggérer la mort, le mystère, le repos).
« Le fleuve Niger est un serpent d'argent couché dans la savane. » Quelle figure ?
2. La dimension sonore : la musique des mots
- Allitération : répétition d'un son consonne. Racine (XVIIe siècle), exemple classique : « Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? » (le son [s] imite le sifflement).
- Assonance : répétition d'un son voyelle. Verlaine : « Les sanglots longs / Des violons / De l'automne » (les sons [ɔ̃] et [o] prolongent la plainte).
- La rime : retour du même son en fin de vers.
- Qualité : pauvre (un son commun : ami / joli), suffisante (deux sons communs : bonté / santé), riche (trois sons communs ou plus : pierre / lierre).
- Disposition : plates AABB, croisées ABAB, embrassées ABBA.
Une strophe dont les rimes suivent le schéma ABBA a des rimes…
3. La dimension prosodique : le rythme du vers
Les règles du compte
- Le e muet se prononce et compte devant une consonne ; il ne compte pas devant une voyelle (élision) ni en fin de vers.
- Diérèse : on prononce en deux syllabes deux voyelles d'ordinaire réunies (« li-on », « pas-si-on ») ; elle met souvent le mot en valeur. Synérèse : l'inverse.
- Dans l'alexandrin classique, la césure coupe le vers en deux hémistiches de 6 syllabes.
- Enjambement : la phrase déborde sur le vers suivant. Rejet : un mot court rejeté au début du vers suivant, mis en relief. Rimbaud, « Le Dormeur du val » : « Accrochant follement aux herbes des haillons / D'argent ».
- Vers libre (fin du XIXe et XXe siècle) : ni mètre fixe ni rime obligatoire ; le rythme vient de la respiration et des répétitions, comme chez Senghor.
Comptons le premier vers d'un poème célèbre de Victor Hugo : « Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne ».
Premier hémistiche : 6 syllabes. Le e de « aube » ne compte pas car il est suivi de la voyelle « à » (élision).
Second hémistiche : 6 syllabes. Le e de « heure » s'élide devant « où », et le e final de « campagne » ne compte pas.
Total : 6 + 6 = 12 syllabes, coupées par la césure : c'est un alexandrin. Les virgules du premier hémistiche hachent le rythme, comme des pas pressés.
Dans « Une femme passait » (début de vers), combien de syllabes compte « Une femme » ?
4. La dimension visuelle : le poème sur la page
- Strophes : quatrain (4 vers), tercet (3), distique (2). Le sonnet compte deux quatrains et deux tercets.
- Poème en prose : sans vers, en paragraphes, mais avec images et rythme (Baudelaire, Petits poèmes en prose).
- Calligramme : les vers dessinent ce dont ils parlent (Apollinaire, Calligrammes, 1918 : la pluie qui tombe en lignes verticales).
- Typographie et blancs : majuscules, absence de ponctuation (Apollinaire), longueur des lignes, silences du blanc ; Senghor alterne longs versets et vers courts, comme un chant.
Un poème dont les lignes forment le dessin d'un baobab est…
Exemple résolu : analyser deux vers
Cherche d'abord, puis déroule les étapes.
Voir la solution
Le mot est séparé de « haillons » et placé seul au début du vers suivant : la pause de fin de vers crée une attente, puis le mot court tombe en relief. Il souligne la lumière de la rivière, qui transforme des « haillons » en éclats d'argent.
Erreurs fréquentes
- Faire une liste de procédés sans effet : « il y a une allitération en [s] » ne suffit pas, il faut dire ce qu'elle produit.
- Compter les lettres au lieu des sons pour les rimes et les assonances.
- Oublier les règles du e muet en comptant les syllabes.
- Confondre comparaison (avec outil) et métaphore (sans outil).
Récapitulatif
Analyser un poème, c'est l'étudier sur quatre plans : sémantique (images, champs lexicaux), sonore (rimes, allitérations, assonances), prosodique (mètre, césure, enjambement, vers libre) et visuel (strophes, calligramme, blancs), en reliant toujours chaque procédé à son effet.
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