Étudier la poésie lyrique du romantisme à aujourd’hui

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Étudier la poésie lyrique du romantisme à aujourd'hui

La poésie lyrique, c'est un poète qui dit « je » pour chanter ce qu'il ressent (amour, chagrin, nostalgie, émerveillement) avec la musique des mots, si bien que chaque lecteur peut y reconnaître ses propres émotions.

Objectifs

  • Définir le lyrisme et connaître l'origine du mot.
  • Repérer les marques du lyrisme dans un poème : le « je », l'expression des sentiments, la musicalité, les images.
  • Situer quelques grands poètes lyriques du romantisme à aujourd'hui, dont des poètes africains.
  • Analyser un extrait de poème lyrique et rédiger un court paragraphe d'analyse.

1. Qu'est-ce que le lyrisme ?

Notions clés

Le mot lyrisme vient de la lyre, l'instrument à cordes avec lequel, dans la Grèce antique, on accompagnait les poèmes chantés. Selon la légende, le poète Orphée charmait jusqu'aux animaux et aux pierres avec sa lyre.

La poésie lyrique exprime les sentiments personnels du poète, souvent à la première personne, avec une forte recherche de musicalité. Ses grands thèmes : l'amour, la mort et le deuil, la fuite du temps, la nature, la nostalgie, la mélancolie, la joie, la célébration d'un être ou d'un pays.

D'où vient le mot « lyrisme » ?

  1. Du verbe « lire »
  2. Du mot latin qui signifie « larme »
  3. De la lyre, instrument qui accompagnait les poèmes chantés
Le lyrisme vient de la lyre : à l'origine, la poésie lyrique était chantée. C'est pourquoi la musicalité y reste si importante.

2. Les marques du lyrisme dans un poème

mindmap
  root((Lyrisme))
    Le je
      Première personne
      Tu ou vous apostrophé
    Les sentiments
      Champs lexicaux
      Ponctuation expressive
      Interjections
    La musique
      Rimes et rythme
      Répétitions et refrain
      Sonorités
    Les images
      Comparaison
      Métaphore
      Personnification
  • L'énonciation : pronoms et déterminants de la première personne (je, me, mon, nous) ; le poète s'adresse souvent à quelqu'un ou à quelque chose (apostrophe : « Ô temps ! »).
  • L'expression des sentiments : champs lexicaux des émotions (tristesse, amour, joie), interjections (« ô », « hélas »), ponctuation expressive (points d'exclamation, d'interrogation, de suspension).
  • La musicalité : vers, rimes, rythme, répétitions, anaphores (même mot en début de vers), refrains, jeux de sonorités (allitérations de consonnes, assonances de voyelles).
  • Les images : comparaison (avec un outil : comme, tel, pareil à), métaphore (sans outil), personnification (une chose agit comme une personne).

Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Le « je » : « Je partirai », « je sais », « J'irai », « Je ne puis » : la première personne domine, c'est le poète qui parle de lui.
Le « tu » : « Vois-tu », « tu m'attends », « loin de toi » : il s'adresse à une personne aimée, comme si elle était vivante. Le lecteur ne comprend qu'à la fin du poème qu'il s'agit de sa fille morte.
La musicalité : la répétition « J'irai par la forêt, j'irai par la montagne » crée un rythme de marche, régulier et obstiné.
Le sentiment : « Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps » exprime un manque profond et une détermination : rien n'arrêtera le poète. C'est un poème lyrique du deuil et de l'amour paternel.

Dans « Ô temps ! suspends ton vol » (Lamartine, « Le Lac »), quel procédé le poète utilise-t-il ?

  1. Une comparaison
  2. Une apostrophe avec personnification du temps
  3. Une rime pauvre
Le poète interpelle directement le temps (« Ô temps ! ») comme une personne et lui donne un ordre : c'est une apostrophe, et le temps est personnifié (il a un « vol » qu'on peut suspendre).

« Les sanglots longs / Des violons / De l'automne / Blessent mon cœur » (Verlaine). Quel sentiment domine ?

  1. La mélancolie
  2. La colère
  3. L'enthousiasme
Les « sanglots », l'automne et le cœur « blessé » appartiennent au champ lexical de la tristesse ; les vers très courts et les sons en « on » imitent une plainte lente : c'est la mélancolie.

3. Du romantisme à aujourd'hui : une histoire du lyrisme

Au début du XIXe siècle, le romantisme place le « moi » et ses émotions au centre de la poésie : le poète confie ses souffrances, sa mélancolie, son lien avec la nature. Ensuite, chaque génération renouvelle la forme du lyrisme.

  1. 1820Lamartine publie les Méditations poétiques, avec « Le Lac » : la fuite du temps et l'amour perdu. C'est l'un des premiers grands succès du romantisme.
  2. 1856Victor Hugo publie Les Contemplations, où il dit son deuil après la mort de sa fille (« Demain, dès l'aube »).
  3. 1857Baudelaire publie Les Fleurs du mal : le lyrisme s'ouvre au mal-être (le « spleen ») et à la ville moderne.
  4. 1866Verlaine publie les Poèmes saturniens (« Chanson d'automne ») : la musique des mots passe avant tout.
  5. 1913Apollinaire publie Alcools (« Le Pont Mirabeau ») : il supprime la ponctuation, le vers se libère.
  6. 1945Léopold Sédar Senghor publie Chants d'ombre (« Femme noire ») : la poésie de la Négritude chante la beauté et les valeurs africaines.
  7. Aujourd'huiLe lyrisme continue en vers libres, en prose poétique, dans la chanson et le slam, partout dans le monde francophone.

Deux voix lyriques africaines

Léopold Sédar Senghor, poète sénégalais, ouvre ainsi « Femme noire » :

Femme nue, femme noire
Vêtue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté !

Le poète s'adresse directement à la femme (« ta couleur », « ta forme ») et célèbre sa beauté avec admiration ; l'exclamation et le rythme ample, presque chanté, sont typiques de son lyrisme.

Birago Diop, poète et conteur sénégalais, commence ainsi « Souffles » :

Écoute plus souvent
Les choses que les êtres
La voix du feu s'entend,
Entends la voix de l'eau.

L'impératif (« Écoute », « Entends ») crée un dialogue avec le lecteur ; le feu et l'eau ont une « voix » : la nature est personnifiée et invite à l'écoute.

Quel mouvement littéraire du début du XIXe siècle place les émotions du « moi » au cœur de la poésie ?

  1. Le classicisme
  2. Le romantisme
  3. Le surréalisme
Le romantisme (Lamartine, Hugo, Musset…) fait du « moi » souffrant ou émerveillé le sujet principal du poème.

4. À toi : analyser et écrire

Exercice 1. Lis le refrain du « Pont Mirabeau » d'Apollinaire (1913) : « Vienne la nuit sonne l'heure / Les jours s'en vont je demeure ». Quel thème lyrique reconnais-tu ? Quel effet produit ce refrain ?

Voir la solution

Le thème est la fuite du temps : « les jours s'en vont » alors que le poète, lui, « demeure » avec son chagrin d'amour. Le refrain, répété plusieurs fois dans le poème, imite le retour régulier des heures et le mouvement de l'eau de la Seine : le temps passe, inlassablement. L'absence de ponctuation laisse les vers s'écouler comme le fleuve.

Exercice 2. Écris quatre vers lyriques sur un lieu que tu aimes (ta ville, ton village, le fleuve Niger, la plage de Grand-Bassam…). Utilise au moins : le « je », une apostrophe et une image.

Voir un exemple

Ô fleuve Niger, mon vieux compagnon,
Je reviens m'asseoir sur ta rive brune,
Ton eau lente chante comme une chanson
Et berce mon cœur sous la même lune.

On y trouve le « je » (« Je reviens », « mon cœur »), une apostrophe (« Ô fleuve Niger »), une comparaison (« comme une chanson ») et une personnification (l'eau « chante » et « berce »).

Erreurs fréquentes

Récapitulatif

  • Le lyrisme (de la « lyre ») est l'expression musicale des sentiments personnels du poète.
  • Ses marques : le « je » et souvent un « tu » apostrophé, le lexique des sentiments et la ponctuation expressive, la musicalité, les images.
  • Thèmes : amour, mort, fuite du temps, nature, nostalgie, célébration.
  • Du romantisme (Lamartine, Hugo) à Verlaine, Apollinaire, Senghor et au slam d'aujourd'hui, la forme change mais le cœur reste : partager une émotion.
  • Pour analyser : procédé + citation + effet.
Lyrisme
Expression musicale des sentiments personnels ; le mot vient de la lyre.
Le « je » lyrique
Voix du poète dans laquelle chaque lecteur peut reconnaître ses propres émotions.
Apostrophe
Le poète s'adresse directement à quelqu'un ou à quelque chose : « Ô temps ! ».
Romantisme
Mouvement du début du XIXe siècle qui met le « moi » et ses émotions au centre (Lamartine, Hugo).
Personnification
Une chose ou une idée agit comme une personne : « La voix du feu s'entend ».
Méthode d'analyse
Nommer le procédé, citer l'exemple, expliquer l'effet produit.

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