Figures de style : distinguer les figures voisines et analyser leurs effets

2ndeFrancaisPoétiqueFigures de style poétiques~10 min de lecture

Figures de style : distinguer les figures voisines et analyser leurs effets

Pour bien analyser une figure de style, il faut savoir la distinguer de sa voisine (comparaison ou métaphore, métonymie ou métaphore, hyperbole ou litote, allitération ou assonance), puis expliquer ce qu'elle change dans le sens du poème.

Objectifs

  • Utiliser une méthode de questions pour identifier une figure sans se tromper.
  • Distinguer les figures voisines souvent confondues.
  • Découvrir les figures d'insistance et d'opposition qui accompagnent souvent les images : anaphore, gradation, antithèse, oxymore, litote.
  • Analyser plusieurs figures dans un même extrait et rédiger un paragraphe d'analyse.

1. Une méthode pour identifier une figure

Quand un passage te semble « étrange » ou frappant, pose-toi ces questions :

  1. Deux réalités différentes sont-elles rapprochées par une ressemblance ? Avec un outil (comme, tel, pareil à…) : comparaison. Sans outil : métaphore. Si une chose, un animal ou une idée reçoit un comportement humain : personnification.
  2. Un mot en remplace-t-il un autre avec lequel il a un lien réel (contenant et contenu, lieu et habitants, partie et tout) ? C'est une métonymie.
  3. Le texte dit-il plus, ou moins, que la réalité ? Plus : hyperbole. Moins, pour faire entendre davantage : litote.
  4. Un son revient-il plusieurs fois ? Un son de consonne : allitération. Un son de voyelle : assonance.
flowchart TD
A[Passage frappant] --> B[Ressemblance entre deux réalités]
B --> C[Comparaison avec outil]
B --> D[Métaphore sans outil]
B --> E[Personnification]
A --> F[Lien réel donc métonymie]
A --> G[Exagération donc hyperbole]
A --> H[Consonne répétée donc allitération]
A --> I[Voyelle répétée donc assonance]

Quelle question permet de distinguer une métonymie d'une métaphore ?

  1. Y a-t-il un outil de comparaison ?
  2. Le lien entre les deux réalités est-il un lien réel ou une ressemblance ?
  3. Un son de voyelle est-il répété ?
La métaphore repose sur une ressemblance ; la métonymie sur un lien réel (contenant et contenu, lieu et habitants, partie et tout). L'outil de comparaison sépare la comparaison de la métaphore, pas la métonymie.

2. Les paires à ne pas confondre

Comparaison ou métaphore : cherche l'outil

« Il pleure dans mon cœur / Comme il pleut sur la ville » — Paul Verlaine, Romances sans paroles. L'outil « comme » relie la tristesse intérieure (comparé) à la pluie sur la ville (comparant) : c'est une comparaison. Si le poète avait écrit « Mon cœur est une ville sous la pluie », ce serait une métaphore, plus directe.

Métaphore ou personnification : qui reçoit l'image ?

La personnification est un cas particulier : ce qui n'est pas humain reçoit des actions ou des sentiments humains. Dans « Le buisson en sanglots » (Birago Diop, « Souffles »), un buisson pleure : c'est une personnification. On dit « métaphore » quand l'image rapproche deux réalités sans donner de traits humains, comme « l'or du soir » chez Victor Hugo, où la lumière du couchant est vue comme de l'or.

Métonymie ou métaphore : lien réel ou ressemblance ?

« Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe, / Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur » — Victor Hugo, Les Contemplations.

  • « l'or du soir » : la lumière du soir ressemble à de l'or par sa couleur : métaphore.
  • « les voiles » désignent les bateaux : la voile est une partie réelle du bateau, il n'y a pas de ressemblance mais un lien de partie à tout : métonymie (on parle plus précisément de synecdoque).

Hyperbole ou litote : dire plus ou dire moins

L'hyperbole exagère : « J'ai attendu mille ans devant la boutique ». La litote fait l'inverse : elle dit moins pour faire entendre plus. Dans Le Cid de Corneille, Chimène dit à Rodrigue : « Va, je ne te hais point. » Elle ne peut pas avouer son amour ; en disant seulement qu'elle ne le déteste pas, elle laisse entendre qu'elle l'aime.

Allitération ou assonance : consonne ou voyelle ?

On écoute les sons, pas les lettres. Dans la phrase inventée « Le tam-tam tonne, têtu, toute la nuit », le son de consonne [t] revient : allitération, qui imite les coups secs du tambour. Dans « Les sanglots longs / Des violons » (Verlaine, « Chanson d'automne »), le son de voyelle [ɔ̃] (on) revient : assonance, qui prolonge une plainte sourde.

« Ses yeux sont deux étoiles. » Quelle figure ?

  1. Une comparaison
  2. Une métaphore
  3. Une métonymie
Les yeux sont rapprochés des étoiles par une ressemblance (l'éclat), sans outil de comparaison : c'est une métaphore.

« Il a bu toute la bouteille. » Quelle figure ?

  1. Une hyperbole
  2. Une comparaison
  3. Une métonymie
On ne boit pas le verre de la bouteille mais son contenu : le contenant désigne le contenu, par un lien réel. C'est une métonymie.

« Va, je ne te hais point » (Corneille) est :

  1. une hyperbole
  2. une litote
  3. une personnification
Chimène dit moins que ce qu'elle ressent (« je ne te hais point ») pour faire entendre davantage (« je t'aime ») : c'est une litote.

3. Les figures d'insistance et d'opposition

  • Anaphore : le même mot ou groupe de mots est répété en tête de plusieurs vers ou phrases. « Afrique mon Afrique / Afrique des fiers guerriers dans les savanes ancestrales / Afrique que chante ma grand-mère » — David Diop, « Afrique », Coups de pilon. Le nom répété devient un appel : le poète s'adresse à l'Afrique comme à une personne aimée.
  • Gradation : une suite de termes d'intensité croissante (ou décroissante). « Va, cours, vole, et nous venge » — Corneille, Le Cid. Les verbes de mouvement accélèrent : aller, courir, voler, pour exprimer l'urgence.
  • Antithèse : deux idées opposées sont mises face à face dans la phrase. « Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie » — Louise Labé, Sonnets. Vivre et mourir, brûler et se noyer : l'amour fait passer d'un extrême à l'autre.
  • Oxymore : deux termes contraires sont réunis dans un même groupe de mots. « Cette obscure clarté qui tombe des étoiles » — Corneille, Le Cid. La lumière de la nuit est à la fois sombre et claire.

Quelle figure réunit deux termes contraires à l'intérieur d'un même groupe de mots, comme « obscure clarté » ?

  1. L'oxymore
  2. La gradation
  3. L'anaphore
L'oxymore associe directement deux mots de sens opposé dans le même groupe : « obscure » et « clarté ».

« Je vis, je meurs » (Louise Labé) est :

  1. un oxymore
  2. une gradation
  3. une antithèse
Les deux verbes opposés sont dans deux propositions séparées : c'est une antithèse. Il n'y a pas de groupe nom et adjectif contraires, donc ce n'est pas un oxymore.

4. Exemple résolu : analyser un extrait de « Souffles »

Cherche d'abord toutes les figures de l'extrait, puis déroule les étapes.

Repérer les répétitions : les impératifs « Écoute » (vers 1 et 5) et « Entends » reviennent : le poète s'adresse directement au lecteur et insiste sur l'écoute.
Repérer les personnifications : « la voix du feu », « la voix de l'eau », « le buisson en sanglots ». Le feu, l'eau et le buisson parlent ou pleurent comme des humains.
Repérer la métaphore finale : « C'est le souffle des ancêtres ». Le bruit du vent est identifié, sans outil de comparaison, au souffle des ancêtres.
Écouter les sons : le son [s] revient (« souvent », « s'entend », « sanglots », « souffle », « ancêtres ») : cette allitération fait entendre un murmure, comme un souffle léger.
Interpréter l'ensemble : toutes ces figures convergent : la nature est vivante et habitée. Le poète invite à écouter le monde pour y entendre la présence de ceux qui sont morts.

Rédiger un paragraphe d'analyse

Un bon paragraphe suit le schéma : idée, citation, figure nommée, effet sur le sens.

Voir un paragraphe modèle

Birago Diop présente une nature vivante qui parle à l'homme. Par les personnifications « la voix du feu » et « le buisson en sanglots », il prête aux éléments une parole et des larmes humaines. La métaphore finale, « C'est le souffle des ancêtres », révèle le sens de ces voix : le vent porte la présence des morts. Enfin, l'allitération en [s] fait entendre ce souffle au lecteur lui-même. Les figures ne décorent donc pas le poème : elles transforment le paysage en un lieu où l'on écoute les disparus.

Dans « Le buisson en sanglots », quelle figure est employée ?

  1. Une comparaison
  2. Une personnification
  3. Une hyperbole
Le buisson, qui n'est pas humain, pleure (« en sanglots ») : il reçoit un comportement humain. Il n'y a pas d'outil de comparaison ni d'exagération.

5. Erreurs fréquentes

6. Récapitulatif

  • Méthode : chercher une ressemblance, un lien réel, une exagération ou un son répété.
  • Comparaison (avec outil) et métaphore (sans outil) reposent sur une ressemblance ; la métonymie sur un lien réel.
  • L'hyperbole dit plus, la litote dit moins pour faire entendre plus.
  • Allitération : consonne répétée ; assonance : voyelle répétée.
  • Anaphore et gradation insistent ; antithèse et oxymore opposent.
  • Une analyse complète donne l'idée, la citation, la figure et son effet.
Métonymie
Un mot en remplace un autre avec lequel il a un lien réel : « boire une bouteille », « les voiles » pour les bateaux.
Litote
Dire moins pour faire entendre plus : « Va, je ne te hais point ».
Anaphore
Répétition d'un mot en tête de plusieurs vers : « Afrique… / Afrique… ».
Gradation
Suite de termes d'intensité croissante : « Va, cours, vole ».
Antithèse
Deux idées opposées mises face à face : « Je vis, je meurs ».
Oxymore
Deux contraires dans un même groupe de mots : « obscure clarté ».

Teste tes connaissances sur ce cours

Crée ton compte gratuitement pour accéder aux quiz associés et suivre ta progression.