Figures de style poétiques

2ndeFrancaisPoétiqueFigures de style poétiques~10 min de lecture

Les figures de style en poésie : repérer, nommer, interpréter

Une figure de style est une façon inhabituelle d'utiliser les mots pour créer une image ou une musique ; l'analyser, c'est la repérer, la nommer, puis dire quel effet elle produit sur le sens.

Objectifs

  • Reconnaître sept figures majeures : comparaison, métaphore, personnification, métonymie, hyperbole, allitération, assonance.
  • Distinguer les figures proches (comparaison et métaphore, allitération et assonance).
  • Expliquer ce qu'une figure apporte à l'image et au sens d'un poème.
  • Rédiger une phrase d'analyse complète, utilisable dans un commentaire.

1. Qu'est-ce qu'une figure de style ?

Une figure de style est un procédé d'écriture qui s'écarte de la manière ordinaire de dire les choses pour produire un effet : rendre une idée plus visible, plus forte, plus émouvante ou plus musicale. La poésie en est riche, car elle cherche à faire voir et entendre en peu de mots.

On peut les ranger en trois familles :

  • les figures d'analogie (on rapproche deux réalités) : comparaison, métaphore, personnification ;
  • les figures de substitution et d'insistance : métonymie (un mot remplace un autre qui lui est lié), hyperbole (exagération) ;
  • les figures sonores (la musique des mots) : allitération, assonance.
flowchart LR
A[Repérer le passage étrange] --> B[Nommer la figure]
B --> C[Décrire ce qui est rapproché ou répété]
C --> D[Interpréter son effet sur le sens]

2. Les figures d'analogie : comparer pour faire voir

La comparaison

La comparaison rapproche deux éléments (le comparé et le comparant) grâce à un outil de comparaison : comme, tel, ainsi que, pareil à, semblable à, ressembler à…

« Le Poète est semblable au prince des nuées »
— Charles Baudelaire, « L'Albatros », Les Fleurs du mal

Comparé : le Poète ; comparant : le prince des nuées (l'albatros) ; outil : « semblable à ». Effet : le poète est présenté comme un être fait pour les hauteurs, majestueux dans son domaine.

La métaphore

La métaphore rapproche deux éléments sans outil de comparaison : l'image est affirmée directement. Quand elle se prolonge sur plusieurs vers, on parle de métaphore filée.

« Ma jeunesse ne fut qu'un ténébreux orage, / Traversé çà et là par de brillants soleils »
— Charles Baudelaire, « L'Ennemi », Les Fleurs du mal

La jeunesse devient un orage : la vie du poète est vue comme sombre et violente, avec de rares moments de bonheur (« brillants soleils »). La métaphore se poursuit d'un vers à l'autre : elle est filée.

« Femme nue, femme obscure / Fruit mûr à la chair ferme »
— Léopold Sédar Senghor, « Femme noire », Chants d'ombre

La femme est directement désignée comme un « fruit mûr » : la métaphore célèbre sa beauté pleine et sensuelle, liée à la terre et à la nature africaine.

La personnification

La personnification attribue à un animal, un objet ou une idée des caractéristiques humaines (sentiments, paroles, gestes).

« La Nature est un temple où de vivants piliers / Laissent parfois sortir de confuses paroles »
— Charles Baudelaire, « Correspondances », Les Fleurs du mal

La Nature « parle » : le poète la présente comme un être vivant qui envoie des messages qu'il faut savoir déchiffrer. (Remarque : « est un temple » est aussi une métaphore. Plusieurs figures peuvent se combiner.)

« Mon cœur est un tam-tam qui bat dans la nuit. » Quelle figure reconnais-tu ?

  1. Une comparaison
  2. Une métaphore
  3. Une métonymie
Le cœur est rapproché d'un tam-tam sans aucun outil de comparaison : c'est une métaphore. Elle fait entendre un battement fort et rythmé, plein d'émotion.

« Le vent de la savane hurlait sa colère. » Quelle figure domine ?

  1. Une personnification
  2. Une hyperbole
  3. Une assonance
Le vent « hurle » et éprouve de la « colère », comme un être humain : c'est une personnification, qui rend la nature menaçante.

3. Remplacer et exagérer : métonymie et hyperbole

La métonymie

La métonymie désigne une réalité par un autre mot qui lui est logiquement lié : le contenant pour le contenu, le lieu pour ses habitants, l'auteur pour son œuvre, la matière pour l'objet, le symbole pour l'idée…

  • « Boire un verre de bissap » : le contenant (le verre) pour le contenu (la boisson).
  • « Tout Dakar a fêté la victoire » : la ville pour ses habitants.
  • « Lire un Camara Laye » : l'auteur pour son livre.

Effet : la métonymie rend l'expression plus rapide et plus concrète ; elle met en valeur un aspect de la réalité (la foule entière, l'objet que l'on tient…).

L'hyperbole

L'hyperbole est une exagération volontaire, pour frapper l'esprit ou traduire une émotion très forte.

  • « J'ai attendu le car à la gare routière pendant mille ans. »
  • « Elle a versé un torrent de larmes. »

Effet : en poésie, l'hyperbole sert souvent à exprimer un sentiment démesuré (amour, douleur, admiration) ou à agrandir un héros.

« Kossi a bu deux verres de bissap. » Quelle figure trouve-t-on dans « deux verres » ?

  1. Une comparaison
  2. Une hyperbole
  3. Une métonymie
On ne boit pas le verre mais la boisson qu'il contient : le contenant remplace le contenu, c'est une métonymie.

« Je te l'ai répété un million de fois ! » Quelle figure est employée ?

  1. Une hyperbole
  2. Une métaphore
  3. Une allitération
« Un million de fois » est une exagération volontaire qui traduit l'agacement : c'est une hyperbole.

4. Les figures sonores : faire entendre le sens

L'allitération

L'allitération est la répétition d'un même son consonne dans un vers ou une phrase.

« Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? »
— Jean Racine, Andromaque

Le son [s] revient sans cesse (sont, ces, serpents, sifflent, sur) : on entend le sifflement des serpents. Le son imite ce que dit le vers, et traduit l'angoisse du personnage.

L'assonance

L'assonance est la répétition d'un même son voyelle.

« Tout m'afflige et me nuit et conspire à me nuire. »
— Jean Racine, Phèdre

Le son [i] revient (afflige, nuit, conspire, nuire) : ce son aigu et répété fait entendre la plainte et la souffrance du personnage.

Dans « Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? », la répétition du son [s] est :

  1. une assonance
  2. une allitération
  3. une comparaison
[s] est un son consonne : sa répétition est une allitération. L'assonance concerne les sons voyelles.

5. Exemple résolu : analyser une strophe

Voici une strophe écrite pour l'exercice :

Le soleil de Ségou, roi aux bras de flamme,
Comme un griot fidèle, réveille le marché ;
Mille pagnes chantent, et tout Ségou s'enflamme
Sous le souffle sifflant de l'harmattan fâché.

Consigne : relève et nomme au moins cinq figures de style, puis explique l'effet d'ensemble. Cherche d'abord seul.

Voir la solution
  • « roi aux bras de flamme » : métaphore (le soleil est un roi, ses rayons des bras de feu) ; elle donne au soleil puissance et majesté.
  • « Comme un griot fidèle, réveille le marché » : comparaison (outil « comme ») ; le soleil, tel un griot, ouvre la journée et anime la vie collective.
  • « Mille pagnes » : hyperbole ; elle traduit l'abondance et les couleurs du marché.
  • « pagnes chantent », « harmattan fâché » : personnifications ; le marché et le vent semblent vivants.
  • « tout Ségou » : métonymie (la ville pour ses habitants) ; elle montre que toute la population participe.
  • « Sous le souffle sifflant » : allitération en [s] et en [f], qui fait entendre le vent chaud et sec.

Effet d'ensemble : les figures transforment une scène ordinaire (un matin de marché) en tableau vivant et sonore, où la nature et les hommes semblent participer à une même fête.

Rédiger une phrase d'analyse

Une bonne phrase d'analyse contient trois éléments : la citation, le nom de la figure, son effet.

Citer : « Sous le souffle sifflant de l'harmattan fâché ».
Nommer : on relève une allitération en [s] et en [f].
Interpréter : ces sons imitent le souffle du vent ; le lecteur entend l'harmattan, chaud et menaçant.
Phrase complète : « Au dernier vers, l'allitération en [s] et en [f] dans "souffle sifflant" fait entendre le vent chaud de l'harmattan, qui semble menacer la ville. »

6. Erreurs fréquentes

Qu'est-ce qui distingue une comparaison d'une métaphore ?

  1. La métaphore est toujours plus longue
  2. La comparaison exagère la réalité
  3. La comparaison utilise un outil de comparaison, la métaphore non
Les deux rapprochent deux réalités ; seule la comparaison emploie un outil comme « comme », « tel » ou « semblable à ».

7. Récapitulatif

  • Comparaison : rapprochement avec un outil (comme, tel…).
  • Métaphore : rapprochement sans outil ; filée si elle se prolonge.
  • Personnification : une chose ou un animal reçoit des traits humains.
  • Métonymie : un mot remplace un autre qui lui est logiquement lié.
  • Hyperbole : exagération volontaire.
  • Allitération / assonance : répétition d'un son consonne / voyelle.
  • Méthode : repérer, nommer, interpréter ; une phrase d'analyse = citation + figure + effet.
Comparaison
Rapprochement de deux réalités avec un outil : comme, tel, semblable à…
Métaphore
Rapprochement sans outil de comparaison : « Ma jeunesse ne fut qu'un ténébreux orage ».
Personnification
Donner des traits humains à une chose, un animal ou une idée.
Métonymie
Remplacer un mot par un autre qui lui est lié : boire un verre, tout Dakar.
Hyperbole
Exagération volontaire pour frapper ou émouvoir.
Allitération et assonance
Répétition d'un son consonne (allitération) ou voyelle (assonance).

Teste tes connaissances sur ce cours

Crée ton compte gratuitement pour accéder aux quiz associés et suivre ta progression.