Homéostasie et régulation

TleSVTRelation de l'organismeHoméostasie et régulation~11 min de lecture

Homéostasie et régulation : comment l'organisme garde son milieu intérieur stable

Comme un climatiseur qui mesure la température de la pièce et corrige tout écart, l'organisme mesure en permanence ses constantes (glycémie, température, pression artérielle) et déclenche des réponses qui les ramènent vers une valeur de consigne : c'est l'homéostasie.

Objectifs

  • Définir le milieu intérieur, une constante biologique et l'homéostasie.
  • Décrire les éléments d'un système de régulation : système réglé, capteurs, centre intégrateur, effecteurs, messages.
  • Distinguer rétrocontrôle négatif et rétrocontrôle positif.
  • Expliquer la régulation de la glycémie par l'insuline et le glucagon.
  • Appliquer le même schéma à la température du corps et à la pression artérielle.
  • Exploiter des résultats d'expériences et d'analyses médicales.

1. Milieu intérieur et constantes biologiques

Les cellules du corps baignent dans un liquide : le milieu intérieur, formé du plasma sanguin, de la lymphe et du liquide interstitiel (entre les cellules). Les cellules y puisent nutriments et dioxygène et y rejettent leurs déchets.

Certaines caractéristiques du milieu intérieur ne varient que dans des limites étroites : ce sont des constantes biologiques. Par exemple :

  • la glycémie (concentration du glucose dans le plasma), voisine de 1 g/L à jeun ;
  • la température centrale, proche de 37 °C ;
  • le pH du sang, voisin de 7,4 ;
  • la pression artérielle, la teneur en eau et en ions (\(\ce{Na+}\), \(\ce{K+}\), \(\ce{Ca^2+}\)).

Lequel de ces liquides ne fait PAS partie du milieu intérieur ?

  1. Le plasma sanguin
  2. Le suc gastrique dans l'estomac
  3. La lymphe
La cavité de l'estomac communique avec l'extérieur par la bouche : son contenu fait partie du milieu extérieur. Plasma, lymphe et liquide interstitiel forment le milieu intérieur.

2. Les éléments d'un système de régulation

Toute régulation biologique fait intervenir les mêmes éléments :

  • le système réglé : la grandeur à maintenir (par exemple la glycémie) ;
  • des capteurs (récepteurs) qui détectent la valeur et ses écarts ;
  • un centre intégrateur qui compare cette valeur à la consigne et élabore une réponse ;
  • des effecteurs (organes, tissus) qui agissent sur la grandeur pour la corriger ;
  • des messages qui relient ces éléments : nerveux (influx dans des nerfs) ou hormonaux (hormones dans le sang).
flowchart LR
A[Ecart a la consigne] --> B[Capteurs]
B --> C[Centre integrateur]
C --> D[Effecteurs]
D --> E[Correction de l ecart]
E -->|retroaction| B

Rétrocontrôle négatif et rétrocontrôle positif

  • Rétrocontrôle négatif : la réponse s'oppose à l'écart et le réduit. C'est le mécanisme de presque toutes les régulations homéostatiques.
  • Rétrocontrôle positif : la réponse amplifie l'écart, jusqu'à un événement qui arrête la boucle. Exemple : pendant l'accouchement, l'étirement du col de l'utérus stimule la libération d'ocytocine, qui renforce les contractions, qui étirent davantage le col… jusqu'à la naissance.

Dans un système de régulation, quel élément compare la valeur mesurée à la valeur de consigne ?

  1. Le capteur
  2. L'effecteur
  3. Le centre intégrateur
Le capteur mesure, le centre intégrateur compare et décide, l'effecteur exécute la correction.

3. Exemple 1 : la régulation de la glycémie

Le pancréas est à la fois une glande exocrine (suc pancréatique) et une glande endocrine grâce aux îlots de Langerhans. Ces îlots contiennent :

  • les cellules β (bêta), qui sécrètent l'insuline, seule hormone hypoglycémiante ;
  • les cellules α (alpha), qui sécrètent le glucagon, hormone hyperglycémiante.

Les cellules des îlots sont à la fois capteurs (elles détectent la glycémie du sang qui les irrigue) et centre intégrateur.

Les deux situations

  • Hyperglycémie (après un repas) : les cellules β libèrent de l'insuline. Celle-ci favorise l'entrée du glucose dans les cellules (muscles, tissu adipeux), son stockage sous forme de glycogène dans le foie et les muscles (glycogenèse) et sa transformation en lipides. La glycémie baisse.
  • Hypoglycémie (jeûne, effort) : les cellules α libèrent du glucagon. Il agit surtout sur le foie, qui hydrolyse son glycogène et libère du glucose dans le sang (glycogénolyse). La glycémie remonte.

Le schéma de la boucle, étape par étape

Boucle de régulation de la glycémie : en haut la réponse à une glycémie haute par l'insuline, en bas la réponse à une glycémie basse par le glucagon, les deux ramenant vers la consigne de 1 g/L Consigne ≈ 1 g/L Glycémie haute Pancréas cellules bêta insuline Foie, muscles stockent Glycémie basse Pancréas cellules alpha glucagon Foie libère glucose

Glycémie trop haute : les cellules bêta des îlots de Langerhans sécrètent l'insuline ; le foie et les muscles stockent le glucose en glycogène et la glycémie redescend vers la consigne.

Glycémie trop basse : les cellules alpha sécrètent le glucagon ; le foie dégrade son glycogène et libère du glucose, la glycémie remonte vers la consigne.

Quand la régulation est défaillante : le diabète

On parle de diabète lorsque la glycémie à jeun est égale ou supérieure à 1,26 g/L à deux reprises (critère de l'Organisation mondiale de la santé).

  • Diabète de type 1 : les cellules β sont détruites par le système immunitaire ; l'organisme ne produit plus d'insuline. Le traitement repose sur des injections d'insuline.
  • Diabète de type 2 : l'insuline est produite, mais les cellules cibles y répondent mal (insulinorésistance). Il est favorisé par la sédentarité et le surpoids ; activité physique et alimentation équilibrée en font partie du traitement.

Exemple résolu 1 : exploiter une expérience historique

Chez un chien, on enlève le pancréas : la glycémie s'élève fortement et du glucose apparaît dans l'urine. Si l'on greffe un fragment de pancréas sous la peau de cet animal, sans aucun lien nerveux avec le reste de l'organisme, la glycémie redevient normale. Que montrent ces résultats ? Cherche d'abord.

Voir la solution
L'ablation provoque une hyperglycémie : le pancréas est indispensable au maintien de la glycémie (il est hypoglycémiant).
La greffe, sans connexion nerveuse, rétablit une glycémie normale : le pancréas agit par une substance transportée par le sang.
Conclusion : le pancréas contrôle la glycémie par voie hormonale. On sait aujourd'hui que cette hormone est l'insuline produite par les cellules β.

Exemple résolu 2 : interpréter un test de tolérance au glucose

Un médecin de Cotonou fait boire une solution de glucose à deux patients à jeun, puis mesure leur glycémie (valeurs d'un exercice) :

TempsÀ jeun1 h2 h
Patient A0,90 g/L1,40 g/L0,95 g/L
Patient B1,35 g/L2,40 g/L2,10 g/L

Comparer les deux courbes et conclure.

Voir la solution
Chez A, la glycémie à jeun est normale ; elle monte après l'ingestion puis revient presque à sa valeur de départ en 2 h : l'insuline a joué son rôle.
Chez B, la glycémie à jeun dépasse déjà 1,26 g/L ; elle monte beaucoup plus et reste très élevée à 2 h : le glucose n'est pas correctement stocké.
Conclusion : la régulation de B est défaillante ; ces résultats évoquent un diabète. Un dosage de l'insuline permettrait de savoir s'il manque (type 1) ou s'il agit mal (type 2).

Après plusieurs heures de jeûne, quelle hormone voit sa sécrétion augmenter ?

  1. Le glucagon, produit par les cellules α
  2. L'insuline, produite par les cellules β
  3. Le glycogène, produit par le foie
Le jeûne fait baisser la glycémie : les cellules α libèrent du glucagon, qui fait libérer le glucose stocké par le foie. Le glycogène n'est pas une hormone mais une réserve.

4. Exemple 2 : la régulation de la température du corps

  • Capteurs : des thermorécepteurs dans la peau et dans le cerveau.
  • Centre intégrateur : l'hypothalamus, à la base du cerveau.
  • Effecteurs et réponses :
    • s'il fait chaud ou pendant l'effort : vasodilatation des vaisseaux de la peau (plus de chaleur évacuée) et sudation (l'évaporation de la sueur refroidit la peau) ;
    • s'il fait froid : vasoconstriction cutanée (moins de pertes), frissons (contractions musculaires qui produisent de la chaleur), chair de poule.

Dans la thermorégulation, les frissons sont :

  1. un capteur de froid
  2. une réponse d'effecteurs qui produit de la chaleur
  3. le centre intégrateur
Les frissons sont des contractions des muscles (effecteurs), commandées par l'hypothalamus : elles libèrent de la chaleur et corrigent la baisse de température.

5. Exemple 3 : la régulation de la pression artérielle

  • Capteurs : les barorécepteurs des sinus carotidiens et de la crosse aortique, sensibles à l'étirement de la paroi des artères.
  • Messages afférents : des nerfs sensitifs transmettent l'information aux centres bulbaires (dans le bulbe rachidien), qui jouent le rôle de centre intégrateur.
  • Messages efférents et effecteurs : le système parasympathique (nerf vague, ou nerf X) ralentit le cœur ; le système orthosympathique l'accélère et resserre les artérioles.

Si la pression augmente, les barorécepteurs envoient des messages plus fréquents ; l'activité parasympathique augmente : le cœur ralentit, les vaisseaux se dilatent, la pression baisse. Si elle diminue, c'est l'inverse.

Une chute de la pression artérielle entraîne normalement :

  1. un ralentissement du cœur par le nerf vague
  2. un arrêt des barorécepteurs
  3. une accélération du cœur et une vasoconstriction par le système orthosympathique
Moins étirés, les barorécepteurs envoient moins de messages ; les centres bulbaires réduisent l'action freinatrice du nerf vague et activent le système orthosympathique : le cœur accélère et les artérioles se resserrent, la pression remonte.

Erreurs fréquentes

  • Confondre glucose, glycogène et glucagon.
  • Dire que l'insuline « détruit » le glucose : elle le fait entrer dans les cellules et stocker.
  • Croire qu'une constante est fixe : elle oscille autour d'une valeur de consigne.
  • Oublier de nommer le type de message (nerveux ou hormonal) dans un schéma de régulation.
  • Confondre rétrocontrôle négatif (stabilise) et rétrocontrôle positif (amplifie).

Cartes mémo

Homéostasie
Maintien des constantes du milieu intérieur autour d'une valeur de consigne.
Système de régulation
Capteurs, centre intégrateur, effecteurs, reliés par des messages nerveux ou hormonaux.
Rétrocontrôle négatif
La réponse s'oppose à l'écart et le corrige : effet stabilisateur.
Insuline
Hormone hypoglycémiante des cellules β : stockage du glucose (glycogène, lipides).
Glucagon
Hormone hyperglycémiante des cellules α : le foie libère du glucose.
Thermorégulation
Centre : hypothalamus ; chaud : sudation, vasodilatation ; froid : frissons, vasoconstriction.

Récapitulatif

  • Le milieu intérieur (plasma, lymphe, liquide interstitiel) possède des constantes : glycémie, température, pH, pression artérielle…
  • Chaque régulation associe capteurs, centre intégrateur, effecteurs et messages, et fonctionne surtout par rétrocontrôle négatif.
  • La glycémie est régulée par le pancréas : l'insuline la fait baisser, le glucagon la fait monter ; le diabète traduit une défaillance de ce système.
  • La température est régulée par l'hypothalamus ; la pression artérielle par les barorécepteurs, les centres bulbaires et le système nerveux autonome.

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