Immunothérapie (anticorps monoclonaux)

1èreSVTFonctionnement du système immunitaire humainImmunothérapie (anticorps monoclonaux)~10 min de lecture

Immunothérapie : soigner avec des anticorps monoclonaux

Les anticorps monoclonaux sont des « clés » toutes identiques, fabriquées en laboratoire pour reconnaître une seule cible (cellule cancéreuse, virus, molécule) et aider le système immunitaire à la neutraliser.

Objectifs

  • Rappeler la structure d'un anticorps et la spécificité de la liaison antigène-anticorps.
  • Distinguer anticorps polyclonaux et anticorps monoclonaux.
  • Décrire les étapes de production des anticorps monoclonaux par la technique des hybridomes.
  • Expliquer les principaux modes d'action des anticorps monoclonaux en thérapie.
  • Citer des applications (cancers, maladies infectieuses, diagnostic) et des limites.

1. Rappel : l'anticorps, une clé pour une serrure

Un anticorps (ou immunoglobuline) est une protéine produite par les plasmocytes, cellules issues des lymphocytes B. Il a la forme d'un Y formé de quatre chaînes : deux chaînes lourdes et deux chaînes légères, reliées par des ponts disulfure.

  • Les extrémités des deux bras portent la région variable : c'est le site de fixation de l'antigène, différent d'un anticorps à l'autre. Chaque anticorps possède deux sites identiques.
  • Le reste de la molécule forme la région constante, identique pour tous les anticorps d'une même classe. Le pied du Y peut être reconnu par des cellules immunitaires (macrophages, cellules tueuses).

L'anticorps se lie à un déterminant antigénique (épitope) précis par complémentarité de forme : il se forme un complexe immun antigène-anticorps qui neutralise l'antigène et facilite son élimination.

À toi de légender l'anticorps

Place chaque nom sur la bonne partie de la molécule.

Molécule d'anticorps en forme de Y avec deux chaînes lourdes, deux chaînes légères et des ponts disulfure

En bleu : les chaînes lourdes ; en orange : les chaînes légères ; en noir : les ponts disulfure et les sites de fixation (cercles), aux extrémités des bras.

Quelle partie de l'anticorps détermine l'antigène qu'il reconnaît ?

  1. La région constante du pied du Y
  2. La région variable située à l'extrémité des bras
  3. Les ponts disulfure
La région variable, différente d'un anticorps à l'autre, forme le site de fixation dont la forme est complémentaire de celle de l'antigène.

2. Polyclonal ou monoclonal ?

Un antigène (une bactérie, par exemple) porte de nombreux épitopes différents. Lors d'une réponse immunitaire naturelle, plusieurs clones de lymphocytes B sont sélectionnés : on obtient un mélange d'anticorps différents, dits polyclonaux.

Des anticorps monoclonaux sont produits par un seul clone de cellules, toutes issues d'une même cellule : ils sont tous identiques et reconnaissent le même épitope.

Anticorps polyclonauxAnticorps monoclonaux
OriginePlusieurs clones de lymphocytes BUn seul clone de cellules
CiblePlusieurs épitopes d'un même antigèneUn seul épitope
CompositionMélange variableMolécules identiques, production reproductible

Des anticorps monoclonaux sont :

  1. des anticorps produits par plusieurs clones de lymphocytes B
  2. des anticorps qui reconnaissent plusieurs antigènes à la fois
  3. des anticorps identiques issus d'un seul clone, dirigés contre un même épitope
« Mono » signifie un seul : un seul clone, donc des anticorps identiques, qui reconnaissent un seul et même épitope.

3. Fabriquer des anticorps monoclonaux : la technique des hybridomes

Problème : un plasmocyte produit un seul type d'anticorps, mais il ne se divise pas et meurt vite en culture. À l'inverse, une cellule cancéreuse de myélome se divise sans fin. En 1975, Georges Köhler et César Milstein ont eu l'idée de les fusionner : c'est la technique des hybridomes, récompensée par le prix Nobel de physiologie ou médecine en 1984.

Étapes de la production d'anticorps monoclonaux : immunisation d'une souris, fusion d'un lymphocyte B avec une cellule de myélome, hybridome puis clones identiques Souris reçoit l'antigène LB de la rate Myélome Hybridome fusion clone : un seul anticorps

Étape 1 : on injecte l'antigène choisi à une souris ; ses lymphocytes B spécifiques de cet antigène se multiplient.

Étape 2 : on prélève les lymphocytes B de sa rate et on prépare des cellules de myélome, des cellules cancéreuses qui se divisent indéfiniment en culture.

Étape 3 : on fusionne les deux cellules ; l'hybridome obtenu produit l'anticorps du lymphocyte B et se divise sans fin comme le myélome. Un milieu de culture sélectif élimine les cellules non fusionnées.

Étape 4 : on isole chaque hybridome pour qu'il forme un clone, on sélectionne (criblage) celui qui produit l'anticorps voulu, puis on le cultive en grande quantité.

Exemple résolu 1 : pourquoi deux cellules ?

Un élève propose de cultiver directement des lymphocytes B de souris pour produire l'anticorps. Explique pourquoi cela ne marche pas et ce qu'apporte chaque cellule de l'hybridome. Cherche d'abord !

Voir la solution

Les plasmocytes issus des lymphocytes B produisent bien un anticorps spécifique, mais ils ne se divisent pas en culture et meurent en quelques jours : la production s'arrête vite. La cellule de myélome, elle, se divise indéfiniment mais ne produit pas l'anticorps voulu. L'hybridome réunit les deux propriétés : spécificité (apportée par le lymphocyte B) et immortalité (apportée par le myélome).

Pourquoi isole-t-on chaque hybridome avant de le cultiver en grande quantité ?

  1. Pour obtenir un clone qui produit un seul et même anticorps
  2. Pour tuer les cellules de myélome
  3. Pour que la souris ne soit plus nécessaire
Chaque hybridome provient d'un lymphocyte B différent : en partant d'une seule cellule, on obtient un clone, donc des anticorps identiques (monoclonaux).

4. Comment ces anticorps soignent-ils ?

L'immunothérapie consiste à soigner une maladie en utilisant ou en stimulant le système immunitaire. Les anticorps monoclonaux agissent de plusieurs façons :

flowchart TD
A[Anticorps monoclonal] --> B[Bloquer une cible]
A --> C[Marquer une cellule]
A --> D[Lever un frein immunitaire]
A --> E[Transporter un medicament]
B --> F[Signal de croissance coupe]
C --> G[Destruction par les cellules tueuses]
D --> H[Lymphocytes T reactives]
E --> I[Toxine livree a la cellule cible]
  • Bloquer : l'anticorps se fixe sur un récepteur ou une molécule et l'empêche d'agir. Exemple : le trastuzumab se fixe sur le récepteur HER2, présent en excès sur certaines cellules de cancer du sein, et bloque un signal qui les pousse à se diviser.
  • Marquer : l'anticorps se fixe sur la cellule cible ; sa région constante est reconnue par des cellules tueuses ou par le complément, qui détruisent la cellule. Exemple : le rituximab reconnaît la molécule CD20 des lymphocytes B et sert contre certains lymphomes.
  • Lever les freins : les cellules cancéreuses savent « appuyer sur le frein » des lymphocytes T. Des anticorps dirigés contre ces freins (par exemple contre PD-1) relâchent le frein, et les lymphocytes T attaquent à nouveau la tumeur.
  • Transporter : un anticorps couplé à un médicament toxique le livre directement à la cellule cible, comme un livreur qui ne se trompe jamais d'adresse.
  • Neutraliser un microbe ou une toxine : en se fixant sur un virus, l'anticorps l'empêche d'entrer dans les cellules.

Exemple résolu 2 : analyser un mode d'action

Certaines cellules cancéreuses portent à leur surface beaucoup de récepteurs HER2. Lorsqu'un facteur de croissance active ces récepteurs, la cellule se divise. On traite une patiente avec un anticorps monoclonal anti-HER2. Explique, étape par étape, comment ce traitement freine la tumeur.

Étape 1 : l'anticorps anti-HER2 reconnaît spécifiquement le récepteur HER2 grâce à son site de fixation complémentaire.
Étape 2 : fixé sur le récepteur, il empêche son activation : le signal « divise-toi » n'est plus transmis, la prolifération ralentit.
Étape 3 : la région constante des anticorps fixés est reconnue par des cellules immunitaires tueuses, qui détruisent la cellule cancéreuse marquée.
Conclusion : l'anticorps agit à la fois en bloquant la cible et en marquant la cellule ; les cellules saines, pauvres en HER2, sont beaucoup moins touchées.

Limites

  • Ce sont des protéines : elles seraient digérées par voie orale, il faut donc les injecter (perfusion ou piqûre).
  • Leur production en cultures de cellules est complexe et coûteuse, ce qui limite l'accès dans de nombreux pays.
  • Elles peuvent provoquer des effets indésirables (réactions à la perfusion, réactions immunitaires excessives).
  • Une cellule cancéreuse peut perdre la cible reconnue et devenir résistante.

Un anticorps anti-PD-1 soigne certains cancers car il :

  1. tue directement les cellules cancéreuses en les perçant
  2. lève un frein qui empêchait les lymphocytes T d'attaquer la tumeur
  3. remplace les lymphocytes T absents
PD-1 est un « frein » des lymphocytes T. En le bloquant, l'anticorps permet aux lymphocytes T de reprendre leur attaque contre les cellules cancéreuses.

Pourquoi les anticorps monoclonaux thérapeutiques ne se prennent-ils pas en comprimés ?

  1. Parce qu'ils sont trop sucrés
  2. Parce qu'ils agissent seulement dans l'estomac
  3. Parce que ce sont des protéines qui seraient digérées
Les enzymes digestives découpent les protéines : l'anticorps serait détruit avant d'atteindre le sang. On l'injecte donc.

Erreurs fréquentes

  • Croire qu'un anticorps détruit seul la cellule : le plus souvent, il la neutralise ou la marque, et ce sont d'autres acteurs (cellules tueuses, macrophages, complément) qui l'éliminent.
  • Confondre anticorps et antigène : l'antigène est la cible, l'anticorps est la protéine qui la reconnaît.
  • Penser que « monoclonal » signifie qu'il n'y a qu'une seule molécule : il y en a des milliards, mais toutes identiques.
  • Oublier le rôle de la cellule de myélome dans l'hybridome : elle apporte la capacité de se diviser indéfiniment.

Récapitulatif

  • L'anticorps est une protéine en Y à quatre chaînes ; sa région variable reconnaît spécifiquement un épitope.
  • Les anticorps monoclonaux, tous identiques, proviennent d'un seul clone et visent un seul épitope.
  • On les produit par la technique des hybridomes : lymphocyte B (spécificité) fusionné avec une cellule de myélome (immortalité), puis clonage et criblage.
  • En immunothérapie, ils bloquent une cible, marquent une cellule, lèvent un frein immunitaire ou transportent un médicament.
  • Ils servent aussi au diagnostic, mais restent injectables, coûteux et non dénués d'effets indésirables.
Anticorps monoclonal
Anticorps identiques produits par un seul clone de cellules, dirigés contre un même épitope.
Hybridome
Cellule issue de la fusion d'un lymphocyte B (spécificité) et d'une cellule de myélome (division illimitée).
Région variable
Extrémité des bras du Y : site de fixation complémentaire de l'antigène.
Immunothérapie
Traitement qui utilise ou stimule le système immunitaire pour combattre une maladie.
Anticorps humanisé
Anticorps surtout humain, avec seulement le site de fixation d'origine animale, pour éviter un rejet.
Inhibiteur de point de contrôle
Anticorps qui lève un frein des lymphocytes T (ex. anti-PD-1) pour relancer l'attaque d'une tumeur.

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