La Négritude
La Négritude
La Négritude est un mouvement littéraire né à Paris dans les années 1930, par lequel des écrivains noirs ont refusé l'assimilation coloniale et affirmé avec fierté les valeurs culturelles du monde noir.
Objectifs
- Situer la Négritude dans le temps et connaître son contexte de naissance.
- Connaître ses trois fondateurs et quelques œuvres majeures.
- Identifier les grands thèmes du mouvement.
- Reconnaître les procédés d'écriture d'un poème de la Négritude et analyser un court extrait.
- Connaître les principales critiques adressées au mouvement.
1. Le contexte : pourquoi la Négritude est-elle née ?
Au début du XXe siècle, une grande partie de l'Afrique et des Antilles est sous domination coloniale. L'école coloniale pratique une politique d'assimilation : elle enseigne aux colonisés la langue, l'histoire et les valeurs du colonisateur, en présentant souvent les cultures africaines comme inférieures ou sans histoire.
Dans les années 1930, de jeunes étudiants noirs venus d'Afrique et des Antilles se rencontrent à Paris. Ils prennent conscience qu'ils partagent une même situation et une même blessure, et décident de revendiquer leur identité.
Ils s'inspirent de plusieurs précurseurs :
- la Renaissance de Harlem aux États-Unis, mouvement d'artistes et d'écrivains noirs américains comme Langston Hughes et Claude McKay ;
- le romancier René Maran, dont le roman Batouala reçoit le prix Goncourt en 1921 et critique, dans sa préface, les abus de la colonisation ;
- les travaux d'ethnologues comme Leo Frobenius, qui ont montré la richesse des civilisations africaines.
- 1921René Maran reçoit le prix Goncourt pour Batouala.
- 1935Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor et Léon-Gontran Damas animent à Paris la revue L'Étudiant noir, où apparaît le mot « négritude ».
- 1937Damas publie Pigments, premier recueil de poèmes du mouvement.
- 1939Césaire publie le Cahier d'un retour au pays natal.
- 1947Alioune Diop fonde la revue Présence africaine.
- 1948Senghor publie l'Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache de langue française, préfacée par Jean-Paul Sartre (« Orphée noir »).
- 1956Premier Congrès des écrivains et artistes noirs, à Paris.
- 1966Premier Festival mondial des arts nègres, à Dakar.
Dans quelle ville la Négritude est-elle née ?
2. Les trois pères fondateurs
- Léopold Sédar Senghor (1906-2001), né à Joal, au Sénégal. Poète de l'enracinement et du métissage culturel. Œuvres : Chants d'ombre (1945), Hosties noires (1948), Éthiopiques (1956). Il a été élu à l'Académie française en 1983.
- Aimé Césaire (1913-2008), né en Martinique. Poète de la révolte, au style puissant et imagé. Œuvres : Cahier d'un retour au pays natal (1939), Discours sur le colonialisme (1950), la pièce La Tragédie du roi Christophe (1963).
- Léon-Gontran Damas (1912-1978), né en Guyane. Poète de la colère et du malaise de l'assimilé. Œuvre : Pigments (1937).
D'autres auteurs africains ont prolongé le mouvement, comme Birago Diop (Leurres et lueurs, avec le poème « Souffles ») et David Diop (Coups de pilon, 1956, avec le poème « Afrique »).
Qui est l'auteur du Cahier d'un retour au pays natal ?
3. Les grands thèmes de la Négritude
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root((Négritude))
Refuser
Assimilation
Colonisation et esclavage
Racisme
Revendiquer
Fierté noire
Identité culturelle
Célébrer
Afrique mère
Femme noire
Enfance et ancêtres
Rêver
Fraternité humaine
Civilisation universelle
- Le refus de l'assimilation : rejeter l'idée qu'il faut renoncer à sa culture pour imiter celle du colonisateur.
- La dénonciation de l'esclavage, de la colonisation et du racisme.
- La revendication de l'identité noire et la fierté de ses origines.
- La célébration de l'Afrique : ses paysages, ses traditions, ses ancêtres, la femme noire comme symbole de l'Afrique mère, le « royaume d'enfance ».
- L'ouverture et l'universel : surtout chez Senghor, le rêve d'une « civilisation de l'universel » où chaque culture apporte sa part, grâce au dialogue et au métissage.
Les procédés d'écriture
- le vers libre et le verset (longue phrase poétique), qui libèrent le poème des règles classiques ;
- le rythme et les répétitions (anaphores, refrains), inspirés de l'oralité africaine et de la musique : Senghor indique parfois que ses poèmes se disent avec des instruments comme la kora ou le balafon ;
- les images et les symboles forts (le sang, la terre, la nuit, le tam-tam) ;
- l'apostrophe (on s'adresse directement à l'Afrique, à la femme, aux ancêtres) et un ton lyrique ou révolté.
Lequel de ces thèmes n'est PAS un thème de la Négritude ?
4. Exemples résolus : lire des extraits
Extrait 1 : Senghor, « Femme noire » (Chants d'ombre, 1945)
Femme nue, femme noire
Vêtue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté !
Quel thème et quels procédés reconnais-tu ? Cherche d'abord.
Extrait 2 : Damas, « Solde » (Pigments, 1937)
J'ai l'impression d'être ridicule
dans leurs souliers
dans leur smoking
dans leur plastron
dans leur faux-col
dans leur monocle
dans leur melon
Quel procédé domine et quel sentiment exprime le poète ?
Voir la solution
Le procédé dominant est l'anaphore « dans leur(s) », répétée au début de chaque vers, avec une énumération de vêtements européens. Le possessif « leur » montre que ces habits appartiennent aux autres. Le poète exprime le malaise de l'assimilé : il se sent ridicule, déguisé dans une culture qui n'est pas la sienne. C'est le thème du refus de l'assimilation.
Extrait 3 : Birago Diop, « Souffles »
Écoute plus souvent
Les choses que les êtres
La voix du feu s'entend,
Entends la voix de l'eau.
Voir la solution
Le poète utilise l'impératif (« Écoute », « Entends ») comme un sage qui donne un conseil, et la personnification du feu et de l'eau qui ont une « voix ». Il exprime une croyance de la tradition africaine : les ancêtres morts ne sont pas partis, ils sont présents dans la nature. C'est le thème de la célébration des valeurs et des croyances traditionnelles.
Comment s'appelle la répétition d'un même mot ou groupe de mots au début de plusieurs vers, comme « dans leur » chez Damas ?
5. Les critiques de la Négritude
Le mouvement a aussi été discuté, notamment par des écrivains africains de la génération suivante :
- L'écrivain nigérian Wole Soyinka lui a reproché de trop proclamer une identité au lieu d'agir, avec une formule célèbre : « Le tigre ne proclame pas sa tigritude, il bondit sur sa proie. »
- D'autres ont jugé que la Négritude donnait parfois une image trop idéalisée et figée de l'Afrique traditionnelle, ou qu'elle était surtout l'œuvre d'une élite écrivant en français.
Ces débats montrent que la Négritude a été un moment important, dont les écrivains suivants se sont inspirés tout en cherchant leur propre voie.
Que reproche la formule de Wole Soyinka sur la « tigritude » à la Négritude ?
Erreurs fréquentes
- Croire que la Négritude est née en Afrique : elle est née à Paris, parmi des étudiants africains et antillais.
- Oublier que deux des trois fondateurs ne sont pas Africains : Césaire est martiniquais, Damas est guyanais.
- Réduire la Négritude à un rejet de l'Europe : chez Senghor surtout, elle vise aussi le dialogue des cultures.
- Confondre anaphore (répétition en début de vers) et rime (son répété en fin de vers).
Récapitulatif
La Négritude naît à Paris dans les années 1930, autour de Césaire, Senghor et Damas et de la revue L'Étudiant noir (1935). En réaction à l'assimilation coloniale, elle revendique la fierté d'être noir, dénonce l'esclavage et la colonisation, et célèbre l'Afrique, ses valeurs et ses ancêtres. Ses poèmes utilisent le vers libre, le rythme, les répétitions, les images fortes et l'apostrophe. Le mouvement a été critiqué, notamment par Wole Soyinka, mais il a ouvert la voie à la littérature africaine moderne.
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