Le théâtre du XVIIe au XXIe siècle : mise en scène, réception et jeu théâtral

2ndeFrancaisLe théâtre du XVIIe au XXIe siècleApproche de la mise en scène, de la réception, du jeu théâtral~12 min de lecture

Le théâtre : mise en scène, réception et jeu théâtral

Une pièce de théâtre n'est complète que lorsqu'elle est jouée : le texte de l'auteur devient spectacle grâce au metteur en scène, aux comédiens et au regard du public.

Objectifs

  • Comprendre qu'un texte de théâtre est écrit pour être joué devant un public.
  • Repérer et utiliser les didascalies, la double énonciation et le vocabulaire de la scène (cour, jardin, avant-scène, lointain).
  • Identifier le rôle du metteur en scène et les outils de la mise en scène : décor, lumière, costumes, son, déplacements.
  • Analyser le jeu du comédien : voix, gestes, regards, silences.
  • Comprendre la réception : ce que ressent et comprend le spectateur, et comment cela a évolué du XVIIe au XXIe siècle.

1. Un texte écrit pour être joué

Le théâtre a une double nature :

  • le texte écrit par le dramaturge (l'auteur), qu'on peut lire dans un livre ;
  • la représentation : le spectacle joué par des comédiens, sur une scène, devant un public, à un moment donné. Chaque représentation est unique.

Le texte théâtral contient deux sortes d'écriture :

  • les répliques : les paroles des personnages, précédées de leur nom ; une longue réplique s'appelle une tirade, une réplique dite seul en scène un monologue, une réplique que le personnage dit sans que les autres l'entendent un aparté ;
  • les didascalies : les indications de l'auteur (souvent en italique) sur le lieu, les gestes, le ton, les entrées et sorties. Elles ne sont pas dites sur scène, mais elles guident le jeu.

Dans « HARPAGON, bas, à part : Il se moque de moi. », que sont les mots en italique ?

  1. Une tirade
  2. Un monologue
  3. Une didascalie
  4. Une réplique
« bas, à part » est une indication de jeu donnée par l'auteur : c'est une didascalie. Elle signale ici un aparté, que les autres personnages ne sont pas censés entendre.

2. L'espace de la scène

  • Côté jardin : la gauche de la scène vue depuis la salle.
  • Côté cour : la droite de la scène vue depuis la salle.
  • Avant-scène : la partie la plus proche du public.
  • Lointain (ou fond de scène) : la partie la plus éloignée du public.
  • Coulisses : les espaces cachés sur les côtés, d'où entrent et sortent les comédiens.

Place toi-même les noms sur le plan de la scène, vu d'en haut, le public étant en bas :

Plan d'une scène de théâtre vue d'en haut, avec le public en bas

Le metteur en scène dit à Aïcha : « Sors par la droite, vue depuis la salle. » Par quel côté sort-elle ?

  1. Côté cour
  2. Côté jardin
  3. Par le lointain
Vue depuis la salle, la droite est le côté cour, la gauche le côté jardin.

3. La mise en scène : du texte au spectacle

Le metteur en scène lit le texte, en propose une interprétation (une lecture personnelle) et fait des choix concrets pour la faire voir et entendre. Il travaille avec toute une équipe :

  • le décor et la scénographie : l'organisation de l'espace (un salon bourgeois, une cour de concession, un plateau vide…) ;
  • les costumes et le maquillage : ils situent l'époque, le rang social, le caractère ;
  • les lumières : elles guident le regard, créent une ambiance (aube, nuit, rêve, menace) ;
  • le son et la musique : bruits, chants, silences ;
  • la direction d'acteurs : les déplacements, le rythme, la façon de dire le texte.
flowchart LR
A[Texte de l auteur] --> B[Lecture du metteur en scene]
B --> C[Choix de scene]
C --> D[Repetitions avec les comediens]
D --> E[Representation]
E --> F[Reception du public]

On distingue souvent deux grandes attitudes :

  • une mise en scène fidèle ou « historique », qui respecte l'époque et les didascalies ;
  • une mise en scène actualisée ou « transposée », qui déplace l'action dans un autre lieu ou une autre époque pour faire résonner le texte autrement.

Exemple résolu : imaginer une mise en scène

Extrait (comédie inventée pour l'exercice) :

Une boutique au marché de Treichville. Le soir. FATOU compte ses billets derrière le comptoir. MOUSSA entre sans bruit, côté jardin.

MOUSSA. — Bonsoir, tantie Fatou ! Je viens juste… regarder.

FATOU, cachant vite l'argent. — Regarder ? À cette heure-ci, on ne regarde plus, on ferme !

Consigne : propose des choix de décor, de lumière et de jeu pour rendre la scène comique. Cherche d'abord, puis dévoile les étapes.

Étape 1, relever les didascalies : lieu (boutique, marché de Treichville), moment (le soir), actions (Fatou compte, Moussa entre sans bruit côté jardin, Fatou cache l'argent).
Étape 2, le décor : un comptoir au centre, des étagères de pagnes et de cubes d'assaisonnement derrière ; le public doit voir l'argent sur le comptoir.
Étape 3, la lumière : une lampe tempête ou une ampoule jaune sur le comptoir, le reste dans la pénombre ; l'entrée de Moussa se fait dans l'ombre, ce qui renforce la surprise.
Étape 4, le jeu : Moussa avance sur la pointe des pieds, exagérément ; Fatou sursaute et cache les billets avec un geste trop rapide, par exemple sous son foulard. Le décalage entre « je viens juste regarder » et l'attitude de Moussa fait rire.
Étape 5, justifier : ces choix rendent visible la méfiance de Fatou et le côté louche de Moussa ; le public comprend la situation avant que les personnages ne la disent.

Un metteur en scène joue Le Malade imaginaire de Molière dans une clinique moderne, avec téléphones portables. Quel type de mise en scène est-ce ?

  1. Une mise en scène historique
  2. Une mise en scène actualisée ou transposée
  3. Une lecture à voix haute
L'action est déplacée à notre époque sans changer le texte : c'est une transposition, une mise en scène actualisée.

4. Le jeu du comédien

Le comédien donne corps au personnage avec :

  • la voix : volume, débit (lent, rapide), intonation, accent, pauses et silences ;
  • le corps : posture, gestes, démarche, mimiques du visage ;
  • le regard : vers un partenaire, vers le sol, ou directement vers le public ;
  • les déplacements : s'approcher, fuir, tourner autour d'un autre personnage montre un rapport de force.

Deux grandes manières de jouer s'opposent souvent :

  • le jeu naturaliste : le comédien cherche à faire oublier qu'il joue, comme si un « quatrième mur » invisible séparait la scène de la salle ;
  • le jeu distancié : le comédien montre qu'il joue, s'adresse au public, pour l'amener à réfléchir plutôt qu'à s'identifier. Le dramaturge allemand Bertolt Brecht a théorisé cet « effet de distanciation » au XXe siècle.

Exemple résolu : une même réplique, deux jeux

Réplique : « Je ne partirai pas. » Comment la dire pour exprimer la colère, puis la peur ?

Voir la solution

Colère : voix forte, débit rapide, un pas vers l'autre personnage, regard fixe, poing serré ; on insiste sur « pas ».

Peur : voix basse, tremblante, un silence avant de parler, recul vers le lointain, regard qui fuit vers le sol.

Le texte est identique ; c'est le jeu qui change le sens perçu par le spectateur.

Un comédien se tourne vers la salle et dit aux spectateurs : « Vous avez vu ce qu'il vient de faire ? » Quel jeu est-ce ?

  1. Un jeu qui brise le quatrième mur
  2. Un jeu strictement naturaliste
  3. Une didascalie
En s'adressant directement au public, le comédien rompt l'illusion du quatrième mur, procédé fréquent dans la comédie et dans le théâtre distancié.

5. La réception : le rôle du spectateur

La réception, c'est la façon dont le public reçoit, comprend et ressent la pièce. Elle dépend :

  • de l'époque et de la culture du spectateur : une plaisanterie du XVIIe siècle ne fait pas rire de la même façon aujourd'hui ;
  • de ses attentes : on n'attend pas la même chose d'une comédie et d'une tragédie ;
  • de la mise en scène choisie.

Quelques effets recherchés selon les genres :

  • la comédie veut faire rire tout en corrigeant les défauts : « corriger les mœurs en divertissant », disait-on au XVIIe siècle ;
  • la tragédie classique cherche la catharsis : en ressentant terreur et pitié devant le malheur du héros, le spectateur se « purifie » de ses passions (idée venue du philosophe grec Aristote) ;
  • le théâtre du XXe siècle peut chercher à déranger, à faire réfléchir, voire à faire participer le public.

Repères : la scène et le public à travers les siècles

  1. XVIIe siècleThéâtre classique (Corneille, Molière, Racine) : règles des trois unités, bienséances, éclairage aux chandelles.
  2. 1830Bataille d'Hernani de Victor Hugo : le drame romantique bouscule les règles classiques et divise le public.
  3. 1887André Antoine fonde le Théâtre-Libre à Paris : naissance de la mise en scène moderne et du jeu naturaliste.
  4. Années 1950Théâtre de l'absurde : Ionesco (La Cantatrice chauve, 1950), Beckett (En attendant Godot, 1953).
  5. Années 1960Essor d'un théâtre africain francophone écrit, par exemple Trois prétendants… un mari du Camerounais Guillaume Oyônô Mbia, comédie sur la dot et le mariage.
  6. XXIe siècleMises en scène actualisées, vidéo et micro sur scène, spectacles en plein air et participation du public.

Exemple résolu : analyser la réception

Situation : Trois prétendants… un mari est joué dans un lycée de Yamoussoukro. À la scène où le père compare les dots proposées, la salle éclate de rire. Pourquoi ?

Voir la solution

1. Le public reconnaît une situation familière (les discussions de dot), ce qui crée la complicité.

2. L'exagération : le père traite sa fille comme une marchandise mise aux enchères ; ce décalage avec les sentiments de la jeune fille rend la scène comique.

3. La double énonciation : le spectateur comprend la critique de l'auteur que le personnage, lui, ne voit pas.

Conclusion : le rire est à la fois un plaisir et une invitation à réfléchir, comme dans la comédie de Molière.

Que désigne la catharsis ?

  1. Le décor d'une tragédie
  2. La purification des passions du spectateur par la terreur et la pitié
  3. Le moment où le comédien parle au public
Selon Aristote, la tragédie, en faisant éprouver terreur et pitié, libère le spectateur de ses passions : c'est la catharsis.

Erreurs fréquentes

Récapitulatif

  • Le théâtre est un texte (répliques et didascalies) destiné à une représentation unique devant un public.
  • La double énonciation fait que le public entend tout, ce qui crée comique et tension.
  • Le metteur en scène interprète le texte : décor, lumières, costumes, son, direction d'acteurs.
  • Le comédien joue avec sa voix, son corps, son regard et ses déplacements, de façon naturaliste ou distanciée.
  • La réception dépend de l'époque, de la culture et des attentes du public : rire, catharsis, réflexion.
Didascalie
Indication de l'auteur (lieu, gestes, ton), non prononcée sur scène.
Double énonciation
Le personnage parle à un autre personnage, et l'auteur parle en même temps au public.
Cour et jardin
Vu de la salle : jardin à gauche, cour à droite.
Metteur en scène
Celui qui interprète le texte et organise le spectacle : espace, lumière, jeu.
Quatrième mur
Mur imaginaire entre scène et salle ; le briser, c'est s'adresser au public.
Catharsis
Purification des passions du spectateur par la terreur et la pitié (tragédie).

Teste tes connaissances sur ce cours

Crée ton compte gratuitement pour accéder aux quiz associés et suivre ta progression.