Les climats de la Terre : effet de serre et rôle du CO₂

TleSVTLes climats de la Terre : comprendre le passé pour agir aujourd’hui et demainEffet de serre et rôle du CO₂~8 min de lecture

Les climats de la Terre : effet de serre et rôle du CO₂

Certains gaz de l'atmosphère, comme le dioxyde de carbone \(\ce{CO2}\), retiennent une partie de la chaleur émise par la Terre : c'est l'effet de serre, indispensable à la vie, mais renforcé depuis environ deux siècles par l'augmentation du \(\ce{CO2}\) due aux activités humaines.

Objectifs

  • Expliquer le mécanisme de l'effet de serre à partir du bilan des rayonnements.
  • Connaître les principaux gaz à effet de serre et le rôle particulier du \(\ce{CO2}\).
  • Exploiter des données (carottes de glace, mesures actuelles) reliant \(\ce{CO2}\) et température.
  • Distinguer sources et puits de carbone, et comprendre les rétroactions.

1. Le bilan radiatif de la Terre

Le Soleil envoie surtout un rayonnement visible. Une partie (environ 30 %) est directement renvoyée vers l'espace par les nuages, les glaces et les surfaces claires : c'est l'albédo. Le reste est absorbé et réchauffe le sol et les océans. La surface chauffée émet à son tour un rayonnement infrarouge (IR), invisible.

Mécanisme de l'effet de serre : rayonnement solaire, infrarouge émis par le sol et renvoyé par l'atmosphère sol et océans lumière 30 % réfléchis IR émis gaz à effet de serre IR renvoyé

Le rayonnement solaire visible traverse l'atmosphère ; environ 30 % sont réfléchis vers l'espace (albédo), le reste chauffe la surface.

La surface chauffée émet un rayonnement infrarouge vers le haut.

Les gaz à effet de serre absorbent une grande partie de cet infrarouge et en réémettent une partie vers le sol, qui reçoit ainsi plus d'énergie et se réchauffe davantage.

Quel rayonnement les gaz à effet de serre absorbent-ils surtout ?

  1. Le rayonnement visible venant du Soleil
  2. Le rayonnement infrarouge émis par la surface terrestre
  3. Le rayonnement ultraviolet uniquement
Ils sont presque transparents à la lumière visible du Soleil mais absorbent l'infrarouge émis par la surface chaude : c'est ce qui piège l'énergie.

2. Les gaz à effet de serre et le CO₂

Les principaux gaz à effet de serre sont : la vapeur d'eau \(\ce{H2O}\), le dioxyde de carbone \(\ce{CO2}\), le méthane \(\ce{CH4}\), le protoxyde d'azote \(\ce{N2O}\) et l'ozone \(\ce{O3}\). Le diazote \(\ce{N2}\) et le dioxygène \(\ce{O2}\), pourtant majoritaires, n'en sont pas.

Pourquoi le CO₂ joue-t-il un rôle central ?

  • La quantité de vapeur d'eau dépend surtout de la température : elle suit le climat plus qu'elle ne le commande.
  • Le \(\ce{CO2}\) reste longtemps dans l'atmosphère (une partie pendant des siècles) et sa concentration est directement modifiée par les activités humaines : c'est le principal « bouton de réglage » du réchauffement actuel.

Sources et puits de carbone

flowchart LR
A[Combustion de petrole gaz charbon] --> C[CO2 atmospherique]
B[Deforestation et feux de brousse] --> C
D[Respiration et volcans] --> C
C --> E[Photosynthese des forets]
C --> F[Dissolution dans les oceans]

Une source envoie du carbone dans l'atmosphère ; un puits en retire (forêts, océans, formation de roches carbonatées sur des temps très longs). Quand les sources dépassent les puits, la concentration en \(\ce{CO2}\) augmente.

Exemple de réaction de combustion (gaz butane d'une bouteille de cuisine) :

\[ \ce{2C4H10 + 13O2 -> 8CO2 + 10H2O} \]

Lequel de ces gaz n'est PAS un gaz à effet de serre ?

  1. Le méthane
  2. La vapeur d'eau
  3. Le diazote
Le diazote \(\ce{N2}\) (environ 78 % de l'air) n'absorbe pas l'infrarouge terrestre. Le méthane et la vapeur d'eau sont des gaz à effet de serre.

3. CO₂ et température : ce que disent les données

Le passé : les carottes de glace

Les forages en Antarctique (projet européen EPICA, Dôme C) couvrent environ 800 000 ans. On y mesure :

  • la teneur en \(\ce{CO2}\) des bulles d'air ;
  • un indicateur de la température : la composition isotopique de la glace (rapport des isotopes de l'hydrogène ou de l'oxygène).

Résultat : le \(\ce{CO2}\) a oscillé entre environ \(180\ \text{ppm}\) pendant les périodes glaciaires et environ \(280\ \text{à}\ 300\ \text{ppm}\) pendant les périodes chaudes (interglaciaires), et ses variations suivent de très près celles de la température (Lüthi et coll., Nature, 2008). Le \(\ce{CO2}\) agit en amplificateur des changements climatiques déclenchés par les variations de l'orbite terrestre.

(ppm = parties par million : \(280\ \text{ppm}\) signifie 280 molécules de \(\ce{CO2}\) pour un million de molécules d'air.)

Le présent

Avant l'ère industrielle (vers 1750), la concentration était d'environ \(280\ \text{ppm}\). Elle atteignait environ \(420\ \text{ppm}\) en moyenne en 2023 (mesures de la NOAA à l'observatoire de Mauna Loa), une valeur jamais atteinte depuis au moins 800 000 ans. Selon le GIEC (rapport AR6, 2021), la température de surface moyenne de la décennie 2011-2020 dépassait d'environ \(1{,}1\ ^\circ\text{C}\) celle de 1850-1900, et ce réchauffement est sans équivoque dû à l'influence humaine.

Exemple résolu : exploiter les chiffres

De combien de pourcents la concentration en \(\ce{CO2}\) a-t-elle augmenté entre l'ère préindustrielle et 2023 ? Cherche d'abord.

Augmentation : \(420 - 280 = 140\ \text{ppm}\).
Taux d'évolution : \(\dfrac{140}{280} = 0{,}5\).
La concentration a augmenté d'environ \(50\ \%\) : elle a été multipliée par environ \(1{,}5\).

Modéliser : la sensibilité climatique

Les climatologues résument l'effet du \(\ce{CO2}\) par la sensibilité climatique \(S\) : le réchauffement final si la concentration double. Le GIEC (AR6) l'estime à environ \(3\ ^\circ\text{C}\), probablement entre \(2{,}5\) et \(4\ ^\circ\text{C}\). Dans un modèle simple, le réchauffement d'équilibre vaut :

\[ \Delta T = S \times \frac{\ln\left(\dfrac{C}{280}\right)}{\ln 2} \]

Manipule : \(x\) est la concentration \(C\) en ppm, la courbe donne \(\Delta T\) en °C. Fais varier \(S\) et lis le réchauffement pour \(C = 560\ \text{ppm}\) (doublement).

Avec ce modèle et \(S = 3\ ^\circ\text{C}\), quel serait le réchauffement d'équilibre si \(C\) passait à \(1120\ \text{ppm}\) (4 fois 280) ?

  1. \(6\ ^\circ\text{C}\)
  2. \(12\ ^\circ\text{C}\)
  3. \(4\ ^\circ\text{C}\)
Quadrupler, c'est doubler deux fois : \(\frac{\ln 4}{\ln 2} = 2\), donc \(\Delta T = 3\times 2 = 6\ ^\circ\text{C}\). L'effet est logarithmique, pas proportionnel.

4. Les rétroactions

  • Vapeur d'eau (rétroaction positive) : un air plus chaud contient plus de vapeur d'eau, qui renforce l'effet de serre.
  • Albédo des glaces (positive) : la fonte des glaces découvre des surfaces sombres (océan, roche) qui absorbent plus de lumière.
  • Océan : un océan plus chaud dissout moins de \(\ce{CO2}\), ce qui en laisse davantage dans l'atmosphère (positive). Le \(\ce{CO2}\) dissous acidifie aussi les océans.
  • Végétation : la photosynthèse peut absorber une partie du \(\ce{CO2}\) supplémentaire (rétroaction négative, limitée).

La fonte de la banquise arctique accélère le réchauffement. Pourquoi ?

  1. Parce que la glace fondue libère du méthane dans l'air
  2. Parce que l'océan sombre absorbe plus de lumière que la glace claire
  3. Parce que l'eau liquide bloque les rayons du Soleil
La glace a un fort albédo ; l'océan, plus sombre, réfléchit peu et absorbe davantage d'énergie solaire : c'est une rétroaction positive.

Récapitulatif

  • La Terre reçoit du visible et émet de l'infrarouge ; les gaz à effet de serre absorbent cet infrarouge et en renvoient une partie vers le sol.
  • L'effet de serre naturel fait passer la température moyenne d'environ \(-18\ ^\circ\text{C}\) à environ \(+15\ ^\circ\text{C}\).
  • Le \(\ce{CO2}\) est passé d'environ \(280\ \text{ppm}\) à environ \(420\ \text{ppm}\) ; les carottes de glace montrent son lien étroit avec la température depuis 800 000 ans.
  • Les rétroactions (vapeur d'eau, albédo, océans) amplifient le réchauffement.
Effet de serre
Gaz qui laissent passer le visible du Soleil mais absorbent et réémettent l'infrarouge de la surface.
Principaux gaz à effet de serre
\(\ce{H2O}\), \(\ce{CO2}\), \(\ce{CH4}\), \(\ce{N2O}\), \(\ce{O3}\).
Albédo
Part du rayonnement solaire réfléchie vers l'espace, environ 30 % pour la Terre.
Carottes de glace
Bulles d'air du passé : le \(\ce{CO2}\) varie avec la température sur 800 000 ans.
Rétroaction positive
Conséquence du réchauffement qui l'amplifie (vapeur d'eau, fonte des glaces).
Sensibilité climatique
Réchauffement final pour un doublement du \(\ce{CO2}\) : environ 3 °C selon le GIEC.

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