Les figures d'opposition
Les figures d'opposition
Les figures d'opposition rapprochent des idées contraires (ou disent le contraire de ce qu'on pense) pour frapper le lecteur et rendre le message plus fort.
Objectifs
- Définir et reconnaître l'antithèse, l'oxymore, l'antiphrase, le chiasme et le paradoxe.
- Distinguer des figures qui se ressemblent (antithèse et oxymore notamment).
- Expliquer l'effet produit par une figure d'opposition dans un texte.
- Employer ces figures dans ses propres phrases.
Introduction : pourquoi opposer ?
Une figure de style est une façon particulière d'utiliser les mots pour produire un effet sur le lecteur. Les figures d'opposition reposent toutes sur un contraste : deux idées contraires sont rapprochées, ou bien les mots disent l'inverse de la pensée de celui qui parle.
1. L'antithèse
L'antithèse oppose fortement deux mots, deux idées ou deux réalités dans une même phrase ou un même passage, souvent avec une construction symétrique.
- « Selon que vous serez puissant ou misérable, / Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. » (La Fontaine, « Les Animaux malades de la peste »)
- « Ver de terre amoureux d'une étoile » (Victor Hugo, Ruy Blas) : le personnage se compare à ce qui est tout en bas, et la femme qu'il aime à ce qui est tout en haut.
« Ici on rit, là-bas on pleure. » Quel effet produit cette antithèse ?
2. L'oxymore
L'oxymore (on dit aussi oxymoron) associe directement, dans un même groupe de mots, deux termes de sens contraires, en général un nom et un adjectif collés l'un à l'autre.
- « Cette obscure clarté qui tombe des étoiles » (Corneille, Le Cid) : la clarté est à la fois lumière et ombre.
- « Le soleil noir de la Mélancolie » (Gérard de Nerval, « El Desdichado »).
- Expressions courantes : « un silence assourdissant », « une douce violence », « un mort-vivant ».
« Un petit géant » : de quelle figure s'agit-il ?
3. L'antiphrase
L'antiphrase consiste à dire le contraire de ce que l'on pense, en comptant sur le contexte ou le ton pour que l'interlocuteur comprenne le vrai sens. C'est le procédé principal de l'ironie.
- « Rien n'était si beau, si leste, si brillant, si bien ordonné que les deux armées. » (Voltaire, Candide) : le narrateur fait l'éloge d'une bataille qui, dans la suite du texte, se révèle être une horrible boucherie. Voltaire dénonce ainsi la guerre.
Ton professeur voit ta copie pleine de ratures et dit : « Quelle présentation soignée ! » Il utilise :
4. Le chiasme
Le chiasme reprend deux éléments dans l'ordre inverse : on a une structure A B / B A. Il sert souvent à opposer deux idées en les croisant.
Exemple : « Il faut manger pour vivre et non pas vivre pour manger. » (Molière, L'Avare)
Première partie : « manger » (A) puis « vivre » (B).
Seconde partie : les mêmes mots reviennent dans l'ordre inverse, « vivre » (B) puis « manger » (A).
En reliant les mots identiques, on obtient une croix, comme la lettre grecque khi (X), qui a donné son nom au chiasme.
Quelle phrase contient un chiasme ?
5. Le paradoxe
Le paradoxe est une affirmation qui semble contraire au bon sens ou à l'opinion commune, mais qui cache une vérité quand on y réfléchit.
- « Hâtez-vous lentement » (Boileau, L'Art poétique) : pour bien écrire, il faut prendre le temps de travailler son texte.
- « Plus j'apprends, plus je découvre tout ce que j'ignore. »
« Il faut parfois perdre pour apprendre à gagner. » Quelle figure reconnais-tu ?
6. Méthode : identifier la figure
flowchart TD
A[Je repère deux idées contraires] --> B{Les mots disent le contraire de la pensée}
B -- oui --> C[Antiphrase]
B -- non --> D{Mots contraires collés pour une seule chose}
D -- oui --> E[Oxymore]
D -- non --> F{Mots repris en ordre inverse ABBA}
F -- oui --> G[Chiasme]
F -- non --> H{Idée qui choque le bon sens}
H -- oui --> I[Paradoxe]
H -- non --> J[Antithèse]
Exemple résolu
Analyse la phrase : « Ce matin-là, Bamako s'éveillait dans un joyeux chaos de klaxons et de cris. » Cherche d'abord, puis déroule les étapes.
À toi de jouer
Nomme la figure de chacune de ces phrases et explique son effet en une phrase.
- « Quel temps magnifique ! » dit Awa, trempée par l'orage, en arrivant à Cotonou.
- « Les riches mangent quand ils veulent, les pauvres quand ils peuvent. »
- « Il faut travailler pour réussir et non réussir pour arrêter de travailler. »
Voir la solution
- Antiphrase (ironie) : Awa dit le contraire de ce qu'elle pense pour exprimer, avec humour, son agacement face à la pluie.
- Antithèse : deux groupes (riches / pauvres, veulent / peuvent) sont opposés pour faire ressortir l'inégalité.
- Chiasme : « travailler » (A) « réussir » (B) / « réussir » (B) « travailler » (A) ; le croisement oppose deux attitudes et forme une maxime facile à retenir.
« Le jour, la ville bourdonne ; la nuit, elle se tait. » Quelle figure domine ?
Erreurs fréquentes
- Appeler « oxymore » toute opposition : l'oxymore exige deux termes contraires collés pour désigner une seule chose.
- Oublier le contexte pour l'antiphrase : sans le contexte, on ne voit pas que le sens est inversé.
- Se contenter de nommer la figure : il faut toujours expliquer l'effet produit sur le lecteur.
- Voir un chiasme dès qu'un mot est répété : il faut deux éléments repris dans l'ordre inverse (A B / B A).
Récapitulatif
Les figures d'opposition jouent sur le contraste. L'antithèse oppose deux idées dans une phrase ; l'oxymore colle deux mots contraires pour désigner une seule réalité ; l'antiphrase dit le contraire de ce qu'on pense (ironie) ; le chiasme croise deux éléments selon la structure A B / B A ; le paradoxe énonce une idée qui heurte le bon sens mais cache une vérité. Pour les analyser : repérer le contraste, observer la construction, nommer la figure, puis expliquer son effet.
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