Les figures de style
Les figures de style du symbolisme
Les poètes symbolistes ne disent pas les choses directement : ils les suggèrent par des images (métaphore, comparaison, symbole), en mêlant les sens (synesthésie), les couleurs et la musique des mots.
Objectifs
- Situer le symbolisme et comprendre son idée centrale : suggérer plutôt que nommer.
- Reconnaître et distinguer la comparaison, la métaphore, la personnification, l'allégorie et le symbole.
- Identifier une synesthésie et expliquer la théorie des correspondances de Baudelaire.
- Interpréter le symbolisme des couleurs et la musicalité (allitération, assonance) dans un poème.
- Rédiger une phrase d'analyse complète : figure, citation, effet produit.
1. Le symbolisme : suggérer au lieu de nommer
Le symbolisme est un mouvement littéraire et artistique de la fin du XIXe siècle, en France et en Belgique. Il réagit contre le réalisme, qui décrit le monde de façon précise et objective. Pour les symbolistes, le monde visible cache un monde invisible (le rêve, l'idéal, l'âme, le mystère). Le poète a pour rôle de déchiffrer ce monde caché et de le faire sentir au lecteur.
Mallarmé résume ce projet : nommer un objet, c'est supprimer une grande partie du plaisir du poème, qui consiste à deviner peu à peu ; « le suggérer, voilà le rêve ». Les figures de style sont donc les outils principaux du poète symboliste.
- 1857Baudelaire publie Les Fleurs du mal, avec le sonnet « Correspondances », considéré comme le texte fondateur du mouvement.
- 1866Verlaine publie Poèmes saturniens, qui contient « Chanson d'automne ».
- 1886Jean Moréas publie dans le journal Le Figaro un manifeste qui donne son nom au symbolisme.
- 1897Mallarmé publie Un coup de dés jamais n'abolira le hasard, poème qui joue avec la disposition des mots sur la page.
flowchart LR A[Objet concret] --> B[Figure de style] B --> C[Suggestion] C --> D[Idée invisible] D --> E[Le lecteur devine]
Quelle est l'idée centrale du symbolisme ?
2. Les images : comparaison, métaphore, personnification
La comparaison
La comparaison rapproche deux éléments grâce à un outil de comparaison (comme, tel, pareil à, semblable à, ressembler à…). On y trouve le comparé (ce dont on parle), le comparant (l'image) et l'outil.
La métaphore
La métaphore rapproche deux éléments sans outil de comparaison. L'image est plus forte, car elle affirme une identité : le comparé « devient » le comparant. Quand le comparé lui-même disparaît, on parle de métaphore in absentia.
On repère d'abord le comparé (ce dont parle le poète) et le comparant (l'image choisie).
Si un mot les relie, comme « est semblable à », c'est une comparaison.
Si l'outil disparaît et que le poète affirme directement l'identité, c'est une métaphore.
La personnification
La personnification attribue des caractéristiques humaines (parler, souffrir, regarder) à un objet, un animal ou une idée. Dans « Correspondances », les piliers sont « vivants » et laissent sortir « de confuses paroles » : la nature semble parler au poète, mais d'une voix qu'il faut déchiffrer.
Exemple résolu
Identifie la figure dans ce vers de Baudelaire (« Correspondances ») : « Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants ».
« Mon cœur est un palais flétri par la cohue » (Baudelaire). Quelle figure ?
3. Le symbole et l'allégorie
Le symbole est un objet, un être ou une couleur qui renvoie à une idée abstraite. Le lien n'est pas expliqué : le lecteur doit le deviner. Exemples courants : la colombe pour la paix, la balance pour la justice.
L'allégorie représente une idée abstraite par une image concrète développée, souvent sur tout un poème ou une strophe. Dans « L'Albatros », Baudelaire décrit un grand oiseau des mers, majestueux en vol mais maladroit et moqué sur le pont du navire. Le dernier quatrain révèle le sens : le poète est comme cet oiseau, à l'aise dans le monde de l'idéal, mais incompris parmi les hommes : « Ses ailes de géant l'empêchent de marcher ».
Exemple résolu
Dans un poème de Mallarmé, un cygne est prisonnier de la glace d'un lac et ne peut plus s'envoler. Que peut symboliser ce cygne ? Cherche d'abord.
Voir la solution
Le cygne est blanc, élégant, fait pour voler : il évoque la beauté et l'idéal. Pris dans la glace, il ne peut plus partir. Il peut symboliser le poète bloqué, incapable d'écrire ou d'atteindre l'idéal. On reconnaît la démarche symboliste : une image concrète (un oiseau dans la glace) suggère une situation intérieure (l'impuissance créatrice).
Quelle est la différence principale entre un symbole et une allégorie ?
4. La synesthésie et les correspondances
La synesthésie est une figure qui associe des sensations relevant de sens différents (vue, ouïe, odorat, goût, toucher). Elle est au cœur de la théorie des correspondances de Baudelaire : tout dans l'univers se répond, les sensations entre elles (correspondances horizontales) et le monde visible avec le monde spirituel (correspondances verticales).
Rimbaud pousse cette idée plus loin dans le sonnet « Voyelles » : « A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles ». Il attribue une couleur à chaque son, comme si l'on pouvait voir les lettres.
Exemple résolu
Analyse : « Doux comme les hautbois, verts comme les prairies ».
Laquelle de ces expressions est une synesthésie ?
5. Le symbolisme des couleurs
Les symbolistes utilisent les couleurs pour suggérer un état d'âme ou une idée. Quelques associations fréquentes dans la poésie française de cette époque :
- Le blanc : la pureté, mais aussi le vide, l'absence, la page blanche qui angoisse le poète (souvent chez Mallarmé).
- L'azur, le bleu : l'idéal, l'infini, le ciel inaccessible (Mallarmé écrit un poème intitulé « L'Azur »).
- Le noir : le mystère, la mort, la mélancolie.
- Le rouge : la passion, la violence, le sang, la vie.
- L'or : la richesse, la lumière, le sacré, le soleil couchant.
Exemple résolu
Dans un poème, le ciel est décrit comme un « azur » qui « nargue » le poète, qui cherche à le fuir. Que suggère ce bleu ? Cherche d'abord.
Voir la solution
L'azur symbolise l'idéal, l'infini. Le verbe « nargue » est une personnification : le ciel se moque du poète. Ensemble, couleur et personnification suggèrent un idéal inaccessible qui torture le poète, conscient de ne jamais pouvoir l'atteindre.
Dans un poème symboliste, comment interpréter correctement une couleur ?
6. La musicalité : allitération et assonance
Verlaine ouvre son « Art poétique » par ce vers : « De la musique avant toute chose ». Pour les symbolistes, le son des mots suggère autant que leur sens. Deux figures permettent d'analyser cette musique :
- L'allitération : répétition d'un même son consonne (par exemple [s], [r], [l]).
- L'assonance : répétition d'un même son voyelle (par exemple [on], [an], [ou]).
Exemple résolu
Verlaine, « Chanson d'automne » : « Les sanglots longs / Des violons / De l'automne / Blessent mon cœur / D'une langueur / Monotone. » Quel son domine et quel effet produit-il ?
« Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? » (Racine). Quelle figure ?
Erreurs fréquentes
- Confondre comparaison et métaphore : sans outil (comme, tel, semblable à…), c'est une métaphore.
- Confondre allitération (consonnes) et assonance (voyelles).
- Repérer une figure sans expliquer son effet : nommer ne suffit pas, il faut interpréter.
- Appliquer un sens fixe à une couleur sans regarder le contexte du poème.
- Appeler « synesthésie » une simple image visuelle : il faut au moins deux sens différents.
Récapitulatif
Le symbolisme (fin du XIXe siècle, Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, Mallarmé) cherche à suggérer une réalité cachée. Ses outils : les images (comparaison, métaphore, personnification), le symbole et l'allégorie, la synesthésie qui illustre les correspondances, le symbolisme des couleurs et la musicalité des vers. Dans un commentaire, on nomme la figure, on cite, on explique l'effet.
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