Les grands auteurs
Le symbolisme : les grands auteurs
Le symbolisme, c'est une poésie qui ne dit pas les choses directement : comme les motifs d'un pagne, elle les suggère par des images, des sons et des symboles, avec Baudelaire comme précurseur, puis Verlaine, Rimbaud et Mallarmé.
Objectifs
- Situer le symbolisme dans l'histoire littéraire (seconde moitié du XIXe siècle).
- Connaître les grands auteurs : Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, Mallarmé, et leurs œuvres principales.
- Reconnaître dans un poème les procédés symbolistes : correspondances, musicalité, suggestion.
- Éviter les confusions fréquentes (symbole et allégorie, précurseur et chef d'école).
1. Qu'est-ce que le symbolisme ?
Notions clés
Le symbolisme est un mouvement littéraire et artistique né en France dans le dernier quart du XIXe siècle. Le mot vient de symbole : une chose concrète (un objet, une couleur, un son) qui renvoie à une idée ou à un sentiment invisible.
- Une réaction : les symbolistes refusent le réalisme et le naturalisme, qui décrivent le monde avec exactitude, et la poésie froide et « parfaite » du Parnasse.
- Un monde caché : derrière le monde visible existerait un monde d'idées et de mystère. Le poète est celui qui le devine et le fait sentir.
- Suggérer plutôt que nommer : le lecteur doit deviner peu à peu, comme on devine le sens d'un proverbe.
- La musique des mots : rythme, sonorités, répétitions comptent autant que le sens.
En 1886, le poète Jean Moréas publie dans le journal Le Figaro un « Manifeste du symbolisme » qui donne son nom au mouvement. Mais les grands poètes que l'on rattache au symbolisme avaient écrit leurs œuvres majeures avant cette date.
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Suggerer
Symboles
Mystere
Correspondances
Sons
Couleurs
Parfums
Musique des mots
Rythme
Sonorites
Refus
Realisme
Parnasse
Quelle phrase résume le mieux l'idée du symbolisme ?
2. Les grands auteurs et leurs œuvres
- 1857Baudelaire publie Les Fleurs du mal ; le recueil est condamné en justice la même année et six poèmes doivent être retirés.
- 1866Verlaine publie Poèmes saturniens, avec « Chanson d'automne ».
- 1871Rimbaud écrit la « Lettre du voyant » : « Je est un autre ».
- 1873Rimbaud publie Une saison en enfer.
- 1876Mallarmé publie L'Après-midi d'un faune.
- 1884Verlaine publie Les Poètes maudits, qui fait connaître Rimbaud et Mallarmé ; il publie aussi Jadis et naguère, qui contient « Art poétique ».
- 1886Manifeste du symbolisme de Jean Moréas ; publication des Illuminations de Rimbaud.
- 1897Mallarmé publie Un coup de dés jamais n'abolira le hasard.
Charles Baudelaire (1821-1867) : le précurseur
Dans Les Fleurs du mal, Baudelaire montre le poète déchiré entre le « Spleen » (l'ennui, l'angoisse) et l'« Idéal » (la beauté, l'élévation). Son sonnet « Correspondances » est considéré comme le texte fondateur du symbolisme :
La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers.
Il y développe deux idées : les correspondances verticales (le monde visible renvoie à un monde spirituel) et les correspondances horizontales ou synesthésies (les sens se répondent : « Les parfums, les couleurs et les sons se répondent »).
Paul Verlaine (1844-1896) : la musique
Pour Verlaine, la poésie doit être d'abord une musique. Son poème « Art poétique » commence ainsi :
De la musique avant toute chose,
Et pour cela préfère l'Impair
Plus vague et plus soluble dans l'air,
Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.
Il aime les vers impairs (de 5, 7, 9 syllabes…), les nuances, les impressions floues. Œuvres : Poèmes saturniens (1866), Fêtes galantes (1869), Romances sans paroles (1874).
Arthur Rimbaud (1854-1891) : le voyant
Rimbaud écrit toute son œuvre très jeune, puis abandonne la poésie vers l'âge de vingt ans. Dans sa « Lettre du voyant » (1871), il affirme que le poète doit se faire voyant par un « dérèglement de tous les sens » pour atteindre l'inconnu. Son sonnet « Voyelles » associe des couleurs aux lettres : « A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu ». Œuvres : Une saison en enfer (1873), Illuminations (publiées en 1886), avec des poèmes en prose.
Stéphane Mallarmé (1842-1898) : le mystère
Mallarmé est le maître reconnu des symbolistes : de jeunes poètes se réunissent chez lui le mardi, à Paris. Il cherche une poésie pure et difficile, où chaque mot compte. Il a résumé l'idée centrale du mouvement en 1891, dans une enquête du journaliste Jules Huret :
« Nommer un objet, c'est supprimer les trois quarts de la jouissance du poème qui est faite du bonheur de deviner peu à peu ; le suggérer, voilà le rêve. »
Œuvres : « Brise marine » (« La chair est triste, hélas ! et j'ai lu tous les livres. »), L'Après-midi d'un faune (1876), Un coup de dés jamais n'abolira le hasard (1897), où les mots sont dispersés sur la page.
Qui a écrit : « De la musique avant toute chose » ?
Quel recueil, publié en 1857, contient le sonnet « Correspondances » ?
3. Exemples résolus : repérer les procédés symbolistes
Exemple 1 : la synesthésie chez Baudelaire
Dans « Correspondances », on lit : « Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants, / Doux comme les hautbois, verts comme les prairies ». Quel procédé Baudelaire utilise-t-il ? Cherche d'abord.
Exemple 2 : la musique chez Verlaine
Lis la première strophe de « Chanson d'automne » : « Les sanglots longs / Des violons / De l'automne / Blessent mon cœur / D'une langueur / Monotone. » Comment le poète crée-t-il une impression de tristesse ?
Voir la solution
- Des vers très courts de 4 et 3 syllabes : la phrase s'étire sur six petits vers, comme une plainte lente.
- Des sonorités nasales répétées (« sanglots », « longs », « violons », « langueur », « monotone ») : elles imitent le son grave et prolongé du violon.
- Une image qui suggère : le poète ne dit pas « je suis triste » ; ce sont les violons de l'automne qui « blessent » son cœur. L'émotion passe par la musique et le paysage.
Conclusion : la tristesse est suggérée par le rythme et les sons, conformément à « De la musique avant toute chose ».
Exemple 3 : nommer ou suggérer ?
Compare deux phrases : (A) « Je suis triste parce que mon ami est parti. » (B) « Sur le quai de Dakar, la dernière pirogue s'efface dans la brume du soir. » Laquelle est d'esprit symboliste ?
Voir la solution
La phrase B. Elle ne nomme pas la tristesse : la pirogue qui disparaît et la brume du soir la suggèrent. Le lecteur ressent le départ et devine l'émotion, exactement comme le voulait Mallarmé. La phrase A, elle, nomme directement le sentiment.
« La musique a la couleur du soleil couchant. » Quel procédé reconnais-tu ?
Erreurs fréquentes
- Confondre symbolisme et réalisme : le symbolisme ne décrit pas le monde fidèlement, il cherche ce qui se cache derrière.
- Croire que Baudelaire est l'auteur du manifeste : c'est Jean Moréas, en 1886.
- Attribuer « Voyelles » à Verlaine : ce poème est de Rimbaud.
- Dans un commentaire, citer les procédés sans dire l'effet produit : toujours expliquer ce que la sonorité ou l'image fait ressentir.
Récapitulatif
Le symbolisme (fin du XIXe siècle) cherche à suggérer un monde caché par des symboles, des correspondances entre les sens et la musique des mots. Baudelaire l'annonce avec Les Fleurs du mal (1857) ; Verlaine en fait une musique, Rimbaud une voyance, Mallarmé un art de la suggestion. Jean Moréas lui donne son nom en 1886.
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