Les rimes : mesurer leur richesse et lire leur disposition
Les rimes : mesurer leur richesse et lire leur disposition
Une rime est le retour du même son en fin de vers : on mesure sa richesse en comptant les sons communs (pauvre, suffisante, riche) et on lit sa disposition dans la strophe (plates, croisées, embrassées).
Objectifs
- Définir la rime et la reconnaître à l'oreille, et non à l'orthographe.
- Classer une rime selon sa richesse : pauvre, suffisante ou riche, en comptant les sons communs.
- Distinguer rime masculine et rime féminine.
- Identifier la disposition des rimes dans une strophe : plates (AABB), croisées (ABAB), embrassées (ABBA).
- Nommer les principales strophes et utiliser ces repères dans une analyse de poème.
1. Qu'est-ce qu'une rime ?
La rime est le retour d'un même son à la fin de deux vers ou plus, à partir de la dernière voyelle prononcée (la voyelle tonique). Exemple : « campagne » et « montagne » riment sur le son [agne].
La rime est une affaire d'oreille : on compare des sons, pas des lettres.
- « pied » et « marcher » riment (même son [é]) malgré une orthographe différente.
- « chanson » et « maison » s'écrivent pareil à la fin, mais on entend [sson] et [zon] : seul le son [on] est commun.
Rimes masculines et rimes féminines
- Une rime est féminine quand le mot se termine par un e muet (seul ou suivi de -s ou -nt) : « campagne », « ombres », « chantent ».
- Une rime est masculine dans tous les autres cas : « attends », « doré », « cœur ».
En poésie classique, les poètes font alterner rimes masculines et rimes féminines. Attention : ces noms désignent seulement la terminaison du mot, pas le sens.
Pour savoir si deux mots riment, on compare d'abord :
2. La richesse des rimes
On compte les sons communs (les phonèmes, pas les lettres) à partir de la fin, en remontant jusqu'à la dernière voyelle prononcée et au-delà tant que les sons sont identiques. Le e muet final ne se compte pas.
| Richesse | Sons communs | Exemples |
|---|---|---|
| Rime pauvre | 1 son (la voyelle) | « ami / joli » : [i] ; « bleu / feu » : [eu] |
| Rime suffisante | 2 sons | « beauté / été » : [t] + [é] ; « campagne / montagne » : [a] + [gn] |
| Rime riche | 3 sons ou plus | « ombre / sombre » : [on] + [b] + [r] ; « chanté / planté » : [an] + [t] + [é] |
Exemple résolu 1 : classer des rimes de Corneille
« Ô rage ! ô désespoir ! ô vieillesse ennemie ! / N'ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ? / Et ne suis-je blanchi dans les travaux guerriers / Que pour voir en un jour flétrir tant de lauriers ? » (Corneille, Le Cid). Classez les deux rimes avant de regarder la correction.
La rime « ami / joli » est :
La rime « ombre / sombre » est :
3. La disposition des rimes dans la strophe
On donne une lettre à chaque son de rime : A pour le premier, B pour le deuxième, etc. Dans un quatrain, trois dispositions sont à connaître :
- Rimes plates (ou suivies) : AABB, les rimes vont deux par deux.
- Rimes croisées : ABAB, les rimes alternent.
- Rimes embrassées : ABBA, la rime B est « embrassée » par la rime A.
Exemple résolu 2 : un quatrain de Victor Hugo
« Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne, / Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends. / J'irai par la forêt, j'irai par la montagne. / Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps. » (Victor Hugo, Les Contemplations). Quelle est la disposition des rimes ?
Voir la solution
campagne (A) / m'attends (B) / montagne (A) / longtemps (B) : disposition ABAB, ce sont des rimes croisées.
Richesse : campagne / montagne = [a] + [gn], suffisante et féminine ; m'attends / longtemps = [t] + [an], suffisante et masculine. On voit aussi l'alternance féminine / masculine.
Exemple résolu 3 : un quatrain de Paul Verlaine
« Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant / D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime, / Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même / Ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprend. » (Verlaine, « Mon rêve familier », Poèmes saturniens).
Les strophes
Une strophe est un groupe de vers séparé des autres par un blanc. On la nomme selon son nombre de vers : distique (2 vers), tercet (3), quatrain (4), quintil (5), sizain (6). Le sonnet régulier réunit deux quatrains et deux tercets. Les rimes plates conviennent bien aux longues suites de vers sans strophes, comme les tirades de théâtre classique (l'exemple du Cid ci-dessus est en rimes plates : ennemie / infamie, puis guerriers / lauriers).
Un quatrain dont les rimes suivent le schéma ABBA a des rimes :
4. Entraînement
Voici un quatrain d'exemple, écrit pour ce cours :
À Bamako, le fleuve doucement s'éveille,
Les pirogues s'en vont sur le Niger doré,
Et le chant des pêcheurs, plus doux qu'une merveille,
Monte vers le ciel bleu tout juste coloré.
Donnez la disposition des rimes, puis la richesse de chaque rime, et dites si elles sont masculines ou féminines.
Voir la solution
s'éveille (A) / doré (B) / merveille (A) / coloré (B) : rimes croisées (ABAB).
s'éveille / merveille : on entend [v] + [è] + [ill] en commun : rime riche, féminine (e muet final).
doré / coloré : on entend [o] + [r] + [é] en commun : rime riche, masculine.
Les rimes féminines et masculines alternent, comme en poésie classique.
La rime « chanté / planté » est :
Erreurs fréquentes
- Compter les lettres au lieu des sons : « ch », « gn », « an », « on » ne font qu'un son chacun.
- Se fier à l'orthographe : « chanson / maison » n'ont en commun que le son [on] (rime pauvre).
- Compter le e muet final dans la richesse de la rime : il ne se compte pas.
- Confondre croisées et embrassées : ABAB = croisées (alternance), ABBA = embrassées (B encadré par A).
- Croire que « féminine » parle du sens : c'est seulement la présence d'un e muet final.
- Classer sans justifier : dans une analyse, nommez les sons communs et dites ce que la rime rapproche.
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