Lire un extrait du Siècle d'or en quatre étapes : Cervantes, Lope de Vega, Calderón

EspagnolEl figlo de oroLittérature et théâtre~11 min de lecture

Lire un extrait du Siècle d'or en quatre étapes : Cervantes, Lope de Vega, Calderón

Pour comprendre un extrait du Siècle d'or, on suit toujours quatre étapes : situer le texte, élucider les mots, repérer la construction, puis interpréter ; on l'applique ici à un roman, à un texte théorique de théâtre et à une pièce.

Objectifs

  • Appliquer une méthode de lecture en quatre étapes à un extrait en espagnol.
  • Reconnaître le genre d'un extrait : roman (novela), théâtre (comedia), texte en vers ou en prose.
  • Lire et traduire quatre extraits célèbres de Cervantes, Lope de Vega et Calderón de la Barca.
  • Relier chaque extrait à une grande idée de l'époque : l'imagination et le réel, le goût du public, la vie comme un rêve.

Notions clés

1. La méthode en quatre étapes

  1. Situer : qui a écrit ? quelle œuvre ? quel genre ? qui parle dans l'extrait ?
  2. Élucider les mots : relever les mots difficiles, les tournures anciennes, et traduire.
  3. Repérer la construction : énumération, opposition, répétition, question, vers ou prose.
  4. Interpréter : quelle idée l'extrait exprime-t-il ? à quel thème de l'époque se rattache-t-il ?
flowchart LR
A[Situer] --> B[Elucider les mots]
B --> C[Reperer la construction]
C --> D[Interpreter]

Quelle est la deuxième étape de la méthode ?

  1. Interpréter l'idée principale.
  2. Élucider les mots et traduire.
  3. Situer l'auteur et l'œuvre.
On situe d'abord le texte, puis on élucide les mots : on ne peut pas interpréter un texte qu'on n'a pas encore compris mot à mot.

2. Le roman : Cervantes et la première phrase de Don Quijote

Miguel de Cervantes (1547–1616) publie El ingenioso hidalgo don Quijote de la Mancha en deux parties (1605 et 1615). Un hidalgo est un petit noble, souvent pauvre, qui ne travaille pas de ses mains. Voici la toute première phrase du roman :

« En un lugar de la Mancha, de cuyo nombre no quiero acordarme, no ha mucho tiempo que vivía un hidalgo de los de lanza en astillero, adarga antigua, rocín flaco y galgo corredor. »

Exemple résolu 1 : lire l'ouverture du roman

Cherche d'abord le sens de la phrase, puis déroule les étapes.

Étape 1 : situer. C'est l'incipit (la première phrase) d'un roman en prose. Le narrateur présente le personnage principal avant qu'il ne devienne « don Quijote ».
Étape 2 : élucider. un lugar = un village ; de cuyo nombre no quiero acordarme = dont je ne veux pas me rappeler le nom ; no ha mucho tiempo = il n'y a pas longtemps ; lanza en astillero = une lance posée au râtelier ; adarga = bouclier de cuir ; rocín flaco = cheval maigre ; galgo corredor = lévrier de course.
Traduction : « Dans un village de la Manche, dont je ne veux pas me rappeler le nom, vivait il n'y a pas longtemps un hidalgo de ceux qui ont une lance au râtelier, un vieux bouclier, un cheval maigre et un lévrier de course. »
Étape 3 : construction. Une énumération de quatre objets, sans verbe : lance, bouclier, cheval, chien. Le narrateur refuse de donner le nom du village, ce qui crée un ton familier et un peu moqueur.
Étape 4 : interpréter. Les objets sont ceux d'un chevalier, mais ils sont vieux, rangés ou maigres : le héros est un chevalier « usé » avant même de partir. Le roman annonce dès la première ligne la parodie des romans de chevalerie et le décalage entre le rêve et la réalité.

Plus loin dans le roman, don Quijote parle de la liberté à Sancho Panza, son écuyer :

« La libertad, Sancho, es uno de los más preciosos dones que a los hombres dieron los cielos. »

Traduction : « La liberté, Sancho, est l'un des dons les plus précieux que les cieux aient faits aux hommes. » (Seconde partie, chapitre 58.) Ici, le personnage moqué au début prononce une phrase pleine de sagesse : don Quijote est à la fois fou et sage, et c'est ce qui le rend si riche.

Dans la première phrase du roman, que montre l'énumération « lanza en astillero, adarga antigua, rocín flaco » ?

  1. Que le héros est un riche seigneur bien équipé.
  2. Que le héros est un paysan qui travaille la terre.
  3. Que le héros possède un équipement de chevalier vieux et usé.
Lance rangée, bouclier ancien, cheval maigre : ce sont des objets de chevalier, mais en mauvais état. Cela annonce la parodie des romans de chevalerie.

3. Le théâtre selon Lope de Vega : écrire pour le public

Lope de Vega (1562–1635) a écrit un nombre immense de pièces. En 1609, il publie un poème où il explique sa manière d'écrire : Arte nuevo de hacer comedias en este tiempo. Il y avoue qu'il n'écrit pas selon les règles savantes, mais selon le goût de ceux qui paient leur place :

« y escribo por el arte que inventaron
los que el vulgar aplauso pretendieron,
porque, como las paga el vulgo, es justo
hablarle en necio para darle gusto. »

Exemple résolu 2 : comprendre un texte théorique en vers

Essaie de traduire avant d'ouvrir la solution.

Voir la solution

Situer : extrait de l'Arte nuevo (1609), texte en vers où Lope parle de son propre théâtre.

Mots : el vulgar aplauso = l'applaudissement de la foule ; pretender = rechercher (et non « prétendre ») ; el vulgo = le peuple, le grand public ; las paga = les paie (las = les comedias) ; hablarle en necio = lui parler de façon simple, « bêtement » ; darle gusto = lui faire plaisir.

Traduction : « et j'écris selon l'art qu'ont inventé ceux qui ont recherché l'applaudissement de la foule, car, puisque c'est le public qui paie les pièces, il est juste de lui parler simplement pour lui faire plaisir. »

Construction : quatre vers de onze syllabes ; un lien logique fort, porque, como… (car, puisque…), qui justifie son choix.

Interprétation : Lope affirme, avec un peu d'ironie, que le théâtre est un spectacle pour tous et que le public décide. C'est l'idée centrale de la comedia nueva.

Selon cet extrait, pourquoi Lope de Vega écrit-il des pièces simples ?

  1. Parce que c'est le public qui paie et qu'il faut lui plaire.
  2. Parce que le roi lui interdit d'écrire en vers.
  3. Parce qu'il ne connaît pas les règles du théâtre antique.
como las paga el vulgo : « puisque c'est le public qui les paie ». Lope connaît les règles savantes, mais il choisit de plaire au public.

4. Le théâtre qui fait réfléchir : Calderón et le rêve

Pedro Calderón de la Barca (1600–1681) écrit La vida es sueño (La vie est un songe). Le prince Segismundo a été enfermé depuis sa naissance ; on le fait sortir un jour, puis on le renferme en lui faisant croire qu'il a rêvé. Seul, il réfléchit :

« Sueña el rey que es rey, y vive
con este engaño mandando,
disponiendo y gobernando. »

Exemple résolu 3 : interpréter des vers de Calderón

Étape 1 : situer. Monologue de Segismundo à la fin de la deuxième jornada (acte) de La vida es sueño. Il est seul et réfléchit à voix haute.
Étape 2 : élucider. soñar = rêver (sueña = il rêve) ; el engaño = l'illusion, la tromperie ; mandar = commander ; disponer = décider ; gobernar = gouverner. Traduction : « Le roi rêve qu'il est roi, et il vit dans cette illusion, commandant, décidant et gouvernant. »
Étape 3 : construction. Répétition du mot rey ; trois gérondifs à la suite (mandando, disponiendo, gobernando) qui montrent tout ce que fait le roi… dans son rêve. Ce sont des vers de huit syllabes.
Étape 4 : interpréter. Même le pouvoir du roi pourrait n'être qu'un rêve. C'est le desengaño (la désillusion) typique du baroque : les biens de ce monde sont fragiles et passagers. La pièce conclut que, même si la vie est un rêve, il faut bien agir.

Autre phrase célèbre, cette fois chez Cervantes, quand un voisin rappelle à don Quijote, blessé, qui il est vraiment : « Yo sé quién soy » (« Je sais qui je suis », première partie, chapitre 5). Calderón et Cervantes posent ainsi la même question : qui sommes-nous vraiment ?

Que signifie « Sueña el rey que es rey » ?

  1. Le roi a sommeil après avoir gouverné.
  2. Le roi rêve qu'il est roi.
  3. Le roi raconte ses rêves à son peuple.
soñar que = rêver que. Segismundo suggère que la royauté elle-même pourrait n'être qu'un rêve.

Exemple résolu 4 : reconnaître le genre d'un extrait

Pour chaque indice, dis s'il oriente vers le roman ou vers le théâtre de l'époque. Cherche d'abord.

  • a) Un narrateur dit « je » et décrit un personnage.
  • b) Un personnage seul parle à voix haute, en vers de huit syllabes.
  • c) Le texte est écrit en prose, avec de longues phrases.
  • d) Le nom du personnage est écrit en majuscules avant sa réplique.
Voir la solution

a) roman (un narrateur raconte) ; b) théâtre (un monologue en vers, comme celui de Segismundo) ; c) roman (la comedia du Siècle d'or est entièrement en vers) ; d) théâtre (on indique qui parle).

Vocabulaire utile pour commenter

EspagnolFrançais
el fragmento / el extractol'extrait
el narradorle narrateur
el monólogole monologue
la enumeraciónl'énumération
la repeticiónla répétition
el sueño / soñarle rêve / rêver
el engaño / el desengañol'illusion / la désillusion
el público, el vulgole public, le peuple

Phrases modèles : « En este fragmento, el autor muestra que… » (Dans cet extrait, l'auteur montre que…) ; « La enumeración subraya… » (L'énumération souligne…).

Erreurs fréquentes

Récapitulatif

  • Méthode : situer, élucider les mots, repérer la construction, interpréter.
  • Cervantes : l'incipit de Don Quijote (1605) présente un chevalier usé ; le roman mêle folie et sagesse.
  • Lope de Vega : dans l'Arte nuevo (1609), il écrit pour plaire au public qui paie.
  • Calderón : dans La vida es sueño, même le pouvoir peut n'être qu'un rêve (desengaño).
Les 4 étapes
Situer, élucider les mots, repérer la construction, interpréter.
En un lugar de la Mancha…
Première phrase de Don Quijote (Cervantes, 1605) : un hidalgo au matériel de chevalier usé.
Arte nuevo de hacer comedias
Texte en vers de Lope de Vega (1609) : le théâtre doit plaire au public.
Sueña el rey que es rey
Calderón, La vida es sueño : le pouvoir lui-même peut être une illusion.
Desengaño
La désillusion : prendre conscience que les biens de ce monde passent.

Teste tes connaissances sur ce cours

Crée ton compte gratuitement pour accéder aux quiz associés et suivre ta progression.