Membrane et échanges : prévoir et mesurer ce qui traverse la cellule
Membrane et échanges : prévoir et mesurer ce qui traverse la cellule
La membrane plasmique est une double couche de lipides garnie de protéines : elle laisse passer certaines molécules toutes seules, en aide d'autres à passer selon leur gradient, et en pompe certaines contre leur gradient en dépensant de l'ATP, ce qui maintient l'équilibre intérieur de la cellule.
Ce cours est centré sur le raisonnement expérimental : à partir de la structure de la membrane, tu apprendras à prévoir le sens d'un échange, puis à exploiter des mesures (variation de masse, observations au microscope, bilan d'une pompe).
Objectifs
- Décrire la structure de la membrane plasmique selon le modèle de la mosaïque fluide et ses constituants majeurs.
- Distinguer diffusion simple, diffusion facilitée, osmose et transport actif.
- Prévoir le sens des mouvements d'eau entre une cellule et son milieu (hypotonique, isotonique, hypertonique).
- Exploiter des résultats expérimentaux chiffrés sur l'osmose et le transport actif.
- Relier ces échanges au maintien de l'homéostasie cellulaire.
Partie 1 : la structure de la membrane
Les constituants majeurs
- Les phospholipides : chacun a une tête hydrophile (attirée par l'eau) et deux queues hydrophobes (repoussées par l'eau). Dans l'eau, ils s'organisent spontanément en bicouche : têtes tournées vers l'eau de l'extérieur et du cytoplasme, queues cachées au milieu.
- Les protéines : certaines traversent toute la bicouche (protéines transmembranaires : canaux, transporteurs, pompes, récepteurs), d'autres sont seulement posées sur une face.
- Le cholestérol (dans les cellules animales) : glissé entre les phospholipides, il règle la fluidité de la membrane.
- Les glucides : fixés sur des lipides ou des protéines, uniquement sur la face externe ; ils servent notamment à la reconnaissance entre cellules.
La membrane est très fine, environ 7 à 8 nanomètres d'épaisseur : on ne voit sa structure qu'au microscope électronique.
Schéma à légender
Place les noms des constituants sur ce schéma en coupe de la membrane.
Dans la bicouche, où se trouvent les queues hydrophobes des phospholipides ?
Partie 2 : les modes d'échanges
Le gradient de concentration est la différence de concentration d'une substance entre deux milieux. Le sens du gradient décide si le passage demande ou non de l'énergie.
Les transports passifs (sans dépense d'ATP), dans le sens du gradient
- Diffusion simple : la molécule traverse directement la bicouche. Possible pour les petites molécules peu polaires : \(\ce{O2}\), \(\ce{CO2}\), certaines substances liposolubles.
- Diffusion facilitée : la molécule passe grâce à une protéine, un canal (ions comme \(\ce{K+}\), \(\ce{Na+}\)) ou un transporteur (glucose). Chaque protéine est spécifique.
- Osmose : diffusion de l'eau à travers une membrane qui laisse passer l'eau mais pas certains solutés. L'eau va du milieu le moins concentré en solutés vers le milieu le plus concentré. Elle passe en partie à travers la bicouche et surtout par des canaux à eau, les aquaporines.
Le transport actif (avec dépense d'ATP), contre le gradient
Une protéine pompe utilise l'énergie de l'ATP pour déplacer une substance de là où elle est peu concentrée vers là où elle est très concentrée. Exemple majeur : la pompe sodium-potassium, qui, pour chaque ATP utilisé, fait sortir 3 ions \(\ce{Na+}\) et entrer 2 ions \(\ce{K+}\). Elle maintient une concentration en \(\ce{K+}\) forte dans la cellule et une concentration en \(\ce{Na+}\) forte à l'extérieur.
Les grosses particules entrent ou sortent par des vésicules : endocytose (entrée) et exocytose (sortie, comme la sécrétion d'hormones).
flowchart TD
A[Une substance doit traverser] --> B{Sens du gradient}
B -->|contre le gradient| C[Transport actif avec ATP]
B -->|dans le sens du gradient| D{Petite et peu polaire}
D -->|oui| E[Diffusion simple]
D -->|non| F{Eau}
F -->|oui| G[Osmose]
F -->|non| H[Diffusion facilitée par canal ou transporteur]
Le glucose entre dans un globule rouge, dans le sens de son gradient, grâce à une protéine transporteuse, sans ATP. Il s'agit de :
Partie 3 : l'osmose en expériences
On compare la concentration en solutés du milieu à celle de l'intérieur de la cellule :
| Milieu | Mouvement net de l'eau | Globule rouge | Cellule végétale |
|---|---|---|---|
| Hypotonique (moins concentré, ex. eau pure) | entre dans la cellule | gonfle puis éclate (hémolyse) | gonfle, plaquée contre sa paroi : turgescence, pas d'éclatement |
| Isotonique (même concentration) | pas de mouvement net | forme normale | état normal |
| Hypertonique (plus concentré) | sort de la cellule | se ratatine | le contenu se décolle de la paroi : plasmolyse |
Pour les cellules humaines, une solution de chlorure de sodium à 9 g par litre (le sérum physiologique) est à peu près isotonique.
Exemple résolu 1 : calculer une variation de masse
Un cylindre de pomme de terre de \(5{,}00\ \text{g}\) est placé 1 h dans l'eau pure. Il pèse ensuite \(5{,}60\ \text{g}\). Calcule le pourcentage de variation de masse et interprète.
Exemple résolu 2 : trouver la concentration isotonique
Awa répète l'expérience avec des solutions de saccharose. Résultats :
| Concentration en saccharose (mol/L) | 0 | 0,2 | 0,4 | 0,6 |
|---|---|---|---|---|
| Variation de masse | +12 % | +4 % | −3 % | −9 % |
Estime la concentration pour laquelle la masse ne varie pas. Cherche d'abord.
Voir la solution
La variation passe de \(+4\ \%\) à \(0{,}2\ \text{mol/L}\) à \(-3\ \%\) à \(0{,}4\ \text{mol/L}\) : elle s'annule entre ces deux valeurs. En supposant une variation linéaire sur cet intervalle, elle diminue de \(7\) points pour \(0{,}2\ \text{mol/L}\). Pour perdre les \(4\) points restants :
\[c \approx 0{,}2 + 0{,}2 \times \frac{4}{7} \approx 0{,}2 + 0{,}11 \approx 0{,}31\ \text{mol/L}\]Vers \(0{,}31\ \text{mol/L}\) de saccharose, le milieu est à peu près isotonique aux cellules de pomme de terre : il n'y a pas d'échange net d'eau. En dessous, le milieu est hypotonique (la masse augmente) ; au-dessus, il est hypertonique (la masse diminue).
Des cellules d'épiderme d'oignon rouge sont placées dans une solution très salée. Au microscope, on observera :
Partie 4 : le transport actif en chiffres
Exemple résolu 3 : le bilan d'une pompe
Une cellule doit faire sortir \(300\) ions \(\ce{Na+}\) par ses pompes sodium-potassium. Combien de molécules d'ATP utilise-t-elle et combien d'ions \(\ce{K+}\) entrent ?
Exemple résolu 4 : passif ou actif ?
On mesure la concentration en \(\ce{K+}\) d'un globule rouge : elle est bien plus élevée dedans que dans le plasma. Si l'on bloque la production d'ATP (par un poison ou au froid), le \(\ce{K+}\) sort peu à peu de la cellule. Que conclure ? Cherche d'abord.
Voir la solution
Le \(\ce{K+}\) est maintenu à forte concentration dans la cellule, donc contre son gradient. Quand l'ATP manque, il ressort en suivant son gradient (par des canaux, donc passivement). L'accumulation de \(\ce{K+}\) dépend donc d'un transport actif qui consomme de l'ATP : la pompe sodium-potassium.
Quelle caractéristique distingue le transport actif des transports passifs ?
Erreurs fréquentes
- Confondre diffusion facilitée et transport actif : les deux utilisent des protéines, mais seul le transport actif va contre le gradient et utilise de l'ATP.
- Croire que la membrane est rigide et immobile : elle est fluide, ses constituants bougent.
- Penser qu'une cellule végétale éclate dans l'eau pure : sa paroi l'en empêche, elle devient turgescente.
- Oublier que l'équilibre est dynamique : en milieu isotonique, l'eau continue de passer dans les deux sens, mais sans mouvement net.
Récapitulatif
- Membrane plasmique : bicouche de phospholipides, protéines, cholestérol et glucides externes, selon le modèle de la mosaïque fluide.
- Transports passifs, dans le sens du gradient : diffusion simple, diffusion facilitée, osmose (l'eau va vers le milieu le plus concentré en solutés).
- Transport actif, contre le gradient, avec ATP : la pompe sodium-potassium sort 3 \(\ce{Na+}\) et fait entrer 2 \(\ce{K+}\) par ATP.
- Variation de masse \(= \frac{m_f - m_i}{m_i} \times 100\) : positive en milieu hypotonique, négative en milieu hypertonique, nulle en milieu isotonique.
- Ces échanges contrôlés assurent l'homéostasie de la cellule.
Sources : Singer S. J. et Nicolson G. L., Science, 1972 (modèle de la mosaïque fluide) ; Alberts et al., « Biologie moléculaire de la cellule » ; OMS et UNICEF, sels de réhydratation orale.
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