Modélisation du climat
Modélisation du climat
Un modèle climatique est une « Terre virtuelle » construite avec les lois de la physique : testé sur le climat passé, il permet de comprendre le rôle de l'effet de serre et des rétroactions et de projeter les climats futurs selon nos émissions.
Objectifs
- Comprendre le bilan radiatif de la Terre et le calcul d'une température d'équilibre.
- Expliquer le rôle de l'effet de serre et de l'albédo dans un modèle simple.
- Identifier des rétroactions positives et négatives du système climatique.
- Décrire le principe d'un modèle climatique numérique et sa validation sur le passé.
- Interpréter les projections du GIEC selon différents scénarios d'émissions.
1. Le bilan radiatif : un modèle à zéro dimension
Le modèle le plus simple considère la Terre comme un point qui reçoit l'énergie du Soleil et en renvoie vers l'espace. À l'équilibre, l'énergie absorbée est égale à l'énergie émise :
\[ \frac{S\,(1-A)}{4} = \sigma\, T^4 \]- \(S \approx 1361\ \text{W}\cdot\text{m}^{-2}\) : constante solaire (puissance reçue au sommet de l'atmosphère, face au Soleil) ;
- \(A \approx 0{,}30\) : albédo terrestre, fraction de la lumière réfléchie (nuages, glaces, déserts) ;
- le facteur \(4\) vient du rapport entre la surface de la sphère \(4\pi R^2\) et le disque qui intercepte la lumière \(\pi R^2\) ;
- \(\sigma = 5{,}67\times10^{-8}\ \text{W}\cdot\text{m}^{-2}\cdot\text{K}^{-4}\) : constante de Stefan-Boltzmann ; \(T\) en kelvins.
Exemple résolu : la Terre sans effet de serre
Calcule la température d'équilibre de la Terre si elle n'avait pas d'atmosphère absorbante, avec \(S = 1361\ \text{W}\cdot\text{m}^{-2}\) et \(A = 0{,}30\). Cherche d'abord, puis dévoile les étapes.
On peut ajouter au modèle une atmosphère qui absorbe une fraction \(e\) du rayonnement infrarouge de la surface (modèle à une couche). La température de surface devient :
\[ T_s = \left(\frac{S\,(1-A)}{4\,\sigma\,\left(1-\frac{e}{2}\right)}\right)^{1/4} \]Avec \(e \approx 0{,}78\), on retrouve environ \(288\ \text{K}\), soit \(15\ ^{\circ}\text{C}\). Manipule le modèle : l'axe horizontal est l'albédo \(A\), la courbe donne la température de surface en degrés Celsius, et le curseur g règle l'absorption \(e\) par l'atmosphère.
D'après le modèle, que se passe-t-il si la quantité de gaz à effet de serre augmente (albédo inchangé) ?
2. Les rétroactions : quand le climat s'amplifie ou se freine
Une rétroaction est un mécanisme par lequel une modification du climat entraîne un changement qui, en retour, agit sur cette modification.
- Rétroaction positive (amplificatrice) : elle renforce la perturbation.
- Rétroaction négative (stabilisatrice) : elle l'atténue.
Exemple : la rétroaction glace-albédo.
flowchart LR A[Réchauffement] --> B[Fonte des glaces] B --> C[Albédo plus faible] C --> D[Plus d énergie absorbée] D --> A
| Rétroaction | Mécanisme | Effet |
|---|---|---|
| Glace-albédo | La glace qui fond découvre un sol ou un océan plus sombres, qui absorbent plus. | Positive |
| Vapeur d'eau | Un air plus chaud contient plus de vapeur d'eau, qui est un gaz à effet de serre. | Positive |
| Rayonnement de la surface | Une surface plus chaude émet beaucoup plus d'énergie (\(\sigma T^4\)). | Négative |
| Végétation et océans | Ils absorbent une partie du \(\ce{CO2}\) émis (puits de carbone). | Négative tant que les puits fonctionnent |
Un réchauffement augmente la vapeur d'eau dans l'air, ce qui renforce l'effet de serre. C'est :
3. Les modèles climatiques numériques
Un modèle climatique (ou modèle de circulation générale) découpe l'atmosphère, l'océan, les glaces et les sols en un maillage de cellules. Dans chaque cellule, l'ordinateur calcule pas à pas la température, la pression, le vent, l'humidité… à l'aide des lois de la physique (conservation de l'énergie, de la masse, mouvement des fluides).
On recouvre la Terre d'une grille : chaque case est une petite région de quelques dizaines à centaines de kilomètres de côté.
Au-dessus de chaque case, on empile des cellules d'atmosphère et, en dessous, des cellules d'océan.
À chaque pas de temps, l'ordinateur calcule les échanges d'énergie, d'eau et d'air entre cellules voisines avec les lois de la physique.
Valider un modèle grâce au passé
Avant de croire un modèle pour le futur, on vérifie qu'il sait reproduire le passé :
- le climat actuel (saisons, moussons, déserts) ;
- l'évolution des températures depuis la fin du XIXe siècle, mesurée par les thermomètres ;
- des climats anciens reconstitués grâce aux indices (carottes de glace, pollens, sédiments), comme le dernier maximum glaciaire, il y a environ 21 000 ans.
Le GIEC (6e rapport, 2021) indique que les modèles ne reproduisent le réchauffement observé depuis 1850 que si l'on y inclut les gaz à effet de serre émis par les activités humaines.
Quelques étapes de l'histoire de la modélisation :
- 1896Svante Arrhenius calcule à la main l'effet d'une variation du \(\ce{CO2}\) sur la température.
- 1967Syukuro Manabe et Richard Wetherald publient un modèle qui estime le réchauffement dû au doublement du \(\ce{CO2}\).
- 1988Création du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat).
- 2021Prix Nobel de physique décerné notamment à Syukuro Manabe et Klaus Hasselmann pour la modélisation du climat ; publication du 6e rapport du GIEC (volet physique).
Pourquoi teste-t-on un modèle climatique sur le climat passé ?
4. Projeter les climats futurs : les scénarios
Les modèles ne peuvent pas deviner les émissions futures. On leur fournit donc des scénarios (dans le 6e rapport du GIEC, les scénarios SSP) allant de très faibles émissions à très fortes émissions. On parle de projections, pas de prédictions : chaque résultat est vrai « si » le scénario se réalise.
| Scénario (GIEC, 2021) | Émissions | Réchauffement estimé en 2081-2100 par rapport à 1850-1900 (meilleure estimation) |
|---|---|---|
| SSP1-1.9 | Très faibles | environ \(1{,}4\ ^{\circ}\text{C}\) |
| SSP1-2.6 | Faibles | environ \(1{,}8\ ^{\circ}\text{C}\) |
| SSP2-4.5 | Intermédiaires | environ \(2{,}7\ ^{\circ}\text{C}\) |
| SSP3-7.0 | Élevées | environ \(3{,}6\ ^{\circ}\text{C}\) |
| SSP5-8.5 | Très élevées | environ \(4{,}4\ ^{\circ}\text{C}\) |
Source : GIEC, 6e rapport, volet 1, résumé pour les décideurs (2021). Chaque valeur est accompagnée d'une fourchette d'incertitude.
flowchart LR A[Scénario d émissions] --> B[Modèle climatique] C[Lois de la physique] --> B D[Validation sur le passé] --> B B --> E[Projections de température et de pluie] E --> F[Décisions d adaptation et d atténuation]
Exemple résolu : lire les projections
Un élève de Niamey compare les scénarios SSP1-2.6 et SSP5-8.5. De combien de degrés le réchauffement moyen estimé diffère-t-il en fin de siècle, et que peut-on en conclure ? Cherche d'abord.
Voir la solution
\[ 4{,}4 - 1{,}8 = 2{,}6\ ^{\circ}\text{C} \]
Le réchauffement de fin de siècle dépend fortement des émissions futures : les choix faits aujourd'hui (énergies, transports, forêts) changent nettement le climat de demain. C'est pour cela qu'on parle de « comprendre le passé pour agir aujourd'hui ».
Pourquoi les projections du GIEC donnent-elles plusieurs résultats pour la fin du siècle ?
Erreurs fréquentes
Récapitulatif
- Bilan radiatif : \(\frac{S(1-A)}{4} = \sigma T^4\) donne environ \(-18\ ^{\circ}\text{C}\) sans effet de serre ; l'effet de serre naturel porte la surface vers \(15\ ^{\circ}\text{C}\).
- Albédo et gaz à effet de serre sont les « boutons » principaux des modèles simples.
- Les rétroactions positives (glace-albédo, vapeur d'eau) amplifient un changement ; les négatives le freinent.
- Les modèles numériques découpent la Terre en cellules et appliquent les lois de la physique ; on les valide sur le passé.
- Les projections dépendent des scénarios d'émissions : de \(1{,}4\) à \(4{,}4\ ^{\circ}\text{C}\) environ en fin de siècle selon le GIEC (2021).
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