Neurone, synapse et transmission

TleSVTOrganisation du système nerveux cérébraux spinal des mammifèresNeurone, synapse et transmission~13 min de lecture

Neurone, synapse et transmission du message nerveux

Le neurone transporte le message nerveux sous forme de potentiels d'action électriques, codés par leur fréquence ; à la synapse, ce message devient chimique (un neurotransmetteur) puis à nouveau électrique, et les synapses se renforcent ou s'affaiblissent avec l'usage.

Objectifs

  • Décrire la structure d'un neurone et nommer ses parties.
  • Expliquer l'origine ionique du potentiel de repos et du potentiel d'action, et la propagation du message le long de l'axone.
  • Décrire les étapes de la transmission dans une synapse chimique, distinguer synapses excitatrices et inhibitrices, et expliquer la sommation.
  • Comprendre l'idée de plasticité synaptique et son lien avec l'apprentissage.

Notions clés

1. Le neurone, cellule spécialisée dans la communication

Le neurone est la cellule de base du système nerveux. Il comprend :

  • un corps cellulaire, avec le noyau, qui assure la vie de la cellule ;
  • des dendrites, prolongements courts et ramifiés qui reçoivent les messages venant d'autres neurones ;
  • un axone, prolongement unique, parfois très long, qui conduit le message loin du corps cellulaire. Il est souvent entouré d'une gaine de myéline isolante, interrompue à intervalles réguliers par les nœuds de Ranvier ;
  • des terminaisons qui se terminent par des boutons synaptiques, au contact d'un autre neurone, d'un muscle ou d'une glande.

Le message circule toujours dans le même sens : dendrites → corps cellulaire → axone → boutons synaptiques.

Schéma d'un neurone myélinisé : corps cellulaire et noyau, dendrites, axone avec gaine de myéline et nœuds, terminaisons à boutons synaptiques, à légender sens du message vers la droite

Quelle partie du neurone conduit le message loin du corps cellulaire, jusqu'aux boutons synaptiques ?

  1. Les dendrites
  2. Le noyau
  3. L'axone
Les dendrites reçoivent les messages, le noyau contient l'information génétique ; c'est l'axone qui conduit le message jusqu'aux terminaisons.

2. Un message électrique : potentiel de repos et potentiel d'action

Potentiel de repos : avec une microélectrode plantée dans l'axone, on mesure une tension d'environ \(-70\ \text{mV}\) entre l'intérieur et l'extérieur. Elle vient d'une répartition inégale des ions :

  • les ions potassium \(\ce{K+}\) sont beaucoup plus concentrés à l'intérieur, les ions sodium \(\ce{Na+}\) à l'extérieur ;
  • au repos, la membrane laisse surtout fuir le \(\ce{K+}\) vers l'extérieur, ce qui rend l'intérieur négatif ;
  • la pompe sodium-potassium consomme de l'ATP pour faire sortir 3 \(\ce{Na+}\) et entrer 2 \(\ce{K+}\) à chaque cycle : elle entretient ces différences de concentration, comme quelqu'un qui recharge sans cesse la pile.

Potentiel d'action : si une stimulation dépolarise la membrane jusqu'au seuil (vers \(-50\ \text{mV}\)), une inversion brève et brutale se produit, d'une durée de l'ordre de la milliseconde :

  1. dépolarisation : des canaux à \(\ce{Na+}\) dépendants de la tension s'ouvrent, le \(\ce{Na+}\) entre ; l'intérieur devient positif (vers \(+30\ \text{mV}\)) ;
  2. repolarisation : les canaux à \(\ce{Na+}\) se ferment, des canaux à \(\ce{K+}\) s'ouvrent, le \(\ce{K+}\) sort ; la tension redescend ;
  3. hyperpolarisation brève sous \(-70\ \text{mV}\), puis retour au repos. Pendant un court moment, la période réfractaire, un nouveau potentiel d'action est impossible à cet endroit.

Le potentiel d'action obéit à la loi du tout ou rien : sous le seuil, rien ; au-dessus, il a toujours la même amplitude. Un stimulus plus fort ne donne donc pas un potentiel d'action plus grand, mais plus de potentiels d'action par seconde : le message nerveux est codé en fréquence.

Propagation : le potentiel d'action né en un point dépolarise la zone voisine, qui atteint le seuil à son tour, comme une traînée de poudre. La période réfractaire empêche le retour en arrière. Sur un axone myélinisé, il saute de nœud de Ranvier en nœud de Ranvier : c'est la conduction saltatoire, beaucoup plus rapide (plusieurs dizaines de mètres par seconde) que sur une fibre sans myéline (de l'ordre du mètre par seconde).

On augmente l'intensité d'une stimulation déjà supérieure au seuil. Qu'observe-t-on sur l'axone ?

  1. Des potentiels d'action plus nombreux par seconde, de même amplitude
  2. Des potentiels d'action plus grands
  3. Un potentiel de repos plus négatif
Loi du tout ou rien : l'amplitude ne change pas. L'intensité est codée par la fréquence des potentiels d'action.

3. La synapse : passer le relais

Une synapse est la zone de contact entre un neurone et une autre cellule. Il en existe deux types :

  • les synapses électriques : les deux cellules sont reliées par des jonctions qui laissent passer directement les ions ; transmission très rapide, mais peu fréquente chez les mammifères ;
  • les synapses chimiques, les plus nombreuses : une fente synaptique sépare le neurone présynaptique de la cellule postsynaptique, et le message est transmis par un neurotransmetteur (acétylcholine, glutamate, GABA…).
Fonctionnement d'une synapse chimique en étapes : arrivée du potentiel d'action, entrée du calcium, libération du neurotransmetteur, fixation sur les récepteurs, élimination présynaptique membrane postsynaptique potentiel d'action Ca²⁺ entre neurotransmetteur récepteurs activés recapture ou dégradation

Étape 1 : un potentiel d'action arrive dans le bouton présynaptique.

Étape 2 : la dépolarisation ouvre des canaux à calcium ; des ions \(\ce{Ca^{2+}}\) entrent dans le bouton.

Étape 3 : ce calcium déclenche la fusion des vésicules avec la membrane (exocytose) : le neurotransmetteur est libéré dans la fente synaptique. Plus il arrive de potentiels d'action, plus la quantité libérée est grande.

Étape 4 : le neurotransmetteur se fixe sur des récepteurs de la membrane postsynaptique, qui sont souvent des canaux ioniques : ils s'ouvrent, et la membrane postsynaptique change de potentiel.

Étape 5 : le neurotransmetteur est rapidement éliminé, dégradé par une enzyme (l'acétylcholinestérase pour l'acétylcholine) ou recapturé par le neurone présynaptique ; le message s'arrête.

Le message change donc de nature : électrique (fréquence des potentiels d'action) → chimique (concentration de neurotransmetteur dans la fente) → électrique (potentiel postsynaptique). Ce passage prend un peu de temps : c'est le délai synaptique, de l'ordre de 0,5 ms. Il impose aussi un sens unique : seul le bouton présynaptique contient les vésicules.

Une substance bloque l'enzyme qui dégrade l'acétylcholine dans une synapse entre un neurone et un muscle. Que se passe-t-il ?

  1. Le muscle ne peut plus du tout se contracter
  2. L'acétylcholine reste plus longtemps fixée et le muscle reste contracté plus longtemps
  3. Le potentiel d'action ne peut plus arriver dans le bouton présynaptique
Sans dégradation, l'acétylcholine continue d'activer ses récepteurs : la stimulation du muscle se prolonge. La conduction dans l'axone, elle, n'est pas touchée.

4. Exciter ou inhiber, puis additionner

  • Synapse excitatrice : le neurotransmetteur (souvent le glutamate) ouvre des canaux qui laissent entrer surtout du \(\ce{Na+}\) : la membrane se dépolarise un peu. C'est un potentiel postsynaptique excitateur (PPSE), qui rapproche du seuil.
  • Synapse inhibitrice : le neurotransmetteur (souvent le GABA) ouvre par exemple des canaux à \(\ce{Cl-}\) : la membrane s'hyperpolarise. C'est un potentiel postsynaptique inhibiteur (PPSI), qui éloigne du seuil.

Un PPS est petit et graduable : il diminue en s'éloignant de la synapse et ne se propage pas comme un potentiel d'action. Un neurone reçoit des milliers de synapses. Au début de son axone (le segment initial), il fait la somme des PPSE et des PPSI :

  • sommation spatiale : des PPS venus de synapses différentes en même temps s'additionnent ;
  • sommation temporelle : des PPS rapprochés dans le temps, venus d'une même synapse, s'additionnent avant de s'effacer.

Si la somme atteint le seuil, le neurone émet des potentiels d'action ; sinon, il reste silencieux. C'est l'intégration du message nerveux.

flowchart LR
  E[PPSE excitateurs] --> S[Somme au segment initial]
  I[PPSI inhibiteurs] --> S
  S --> Q{Seuil atteint}
  Q -->|oui| PA[Potentiels d action]
  Q -->|non| R[Pas de message]

Un neurone reçoit en même temps un PPSE de deux synapses différentes. Comment appelle-t-on l'addition de ces deux PPSE ?

  1. Une sommation temporelle
  2. Une période réfractaire
  3. Une sommation spatiale
Les deux PPSE viennent de synapses différentes et arrivent ensemble : c'est une sommation spatiale. La sommation temporelle concerne des PPS successifs d'une même synapse.

5. Des synapses qui changent : la plasticité

L'efficacité d'une synapse n'est pas fixée une fois pour toutes : c'est la plasticité synaptique. Quand une synapse est activée de façon répétée et intense, elle peut être renforcée durablement : on parle de potentialisation à long terme. Ce renforcement peut venir :

  • d'une libération plus importante de neurotransmetteur ;
  • d'un plus grand nombre de récepteurs sur la membrane postsynaptique ;
  • de la formation de nouvelles synapses.

À l'inverse, des synapses peu utilisées peuvent s'affaiblir ou disparaître. Cette plasticité est une base cellulaire de l'apprentissage et de la mémoire : répéter un exercice de maths ou un morceau de balafon renforce les circuits sollicités. Elle explique aussi qu'après une lésion, la rééducation puisse aider d'autres circuits à prendre en partie le relais.

Laquelle de ces modifications renforce une synapse ?

  1. L'augmentation du nombre de récepteurs sur la membrane postsynaptique
  2. La diminution de la quantité de neurotransmetteur libérée
  3. La disparition des vésicules du bouton présynaptique
Avec plus de récepteurs, la même quantité de neurotransmetteur produit une réponse postsynaptique plus forte : la synapse est plus efficace.

Exemples résolus

Exemple 1 : calculer une vitesse de conduction

On stimule un axone isolé et on enregistre le potentiel d'action avec deux électrodes R1 et R2 distantes de 4,0 cm. Le potentiel d'action arrive en R2 0,80 ms après son passage en R1. Calcule la vitesse de conduction. La fibre est-elle myélinisée ?

Conversions : \(d = 4{,}0\ \text{cm} = 0{,}040\ \text{m}\) et \(\Delta t = 0{,}80\ \text{ms} = 8{,}0 \times 10^{-4}\ \text{s}\).
Vitesse : \[v = \frac{d}{\Delta t} = \frac{0{,}040}{8{,}0 \times 10^{-4}} = 50\ \text{m/s}\]
Une vitesse de plusieurs dizaines de mètres par seconde correspond à une conduction saltatoire : la fibre est très probablement myélinisée.

Exemple 2 : le neurone émet-il un message ?

Un neurone a un potentiel de repos de \(-70\ \text{mV}\) et un seuil de \(-50\ \text{mV}\). Il reçoit trois synapses excitatrices N1, N2 et N3 qui produisent chacune un PPSE de \(+8\ \text{mV}\), \(+8\ \text{mV}\) et \(+6\ \text{mV}\), et une synapse inhibitrice N4 qui produit un PPSI de \(-5\ \text{mV}\). On suppose, pour simplifier, que des PPS simultanés s'additionnent. Le neurone émet-il des potentiels d'action si sont activées en même temps : (a) N1 et N2 ; (b) N1, N2 et N3 ; (c) N1, N2, N3 et N4 ?

Voir la solution

(a) \(-70 + 8 + 8 = -54\ \text{mV}\) : en dessous du seuil de \(-50\ \text{mV}\), pas de potentiel d'action.

(b) \(-70 + 8 + 8 + 6 = -48\ \text{mV}\) : le seuil est dépassé, le neurone émet des potentiels d'action (sommation spatiale).

(c) \(-70 + 8 + 8 + 6 - 5 = -53\ \text{mV}\) : la synapse inhibitrice ramène sous le seuil, pas de potentiel d'action. Une seule synapse inhibitrice peut donc empêcher la réponse.

Exemple 3 : lire un codage en fréquence

Une fibre sensitive de la peau émet 15 potentiels d'action en 0,50 s lors d'une pression légère, et 60 potentiels d'action en 0,50 s lors d'une pression forte. L'amplitude reste de 100 mV dans les deux cas. Calcule les fréquences et conclus.

Voir la solution

Pression légère : \(f = \dfrac{15}{0{,}50} = 30\ \text{Hz}\) (30 potentiels d'action par seconde).

Pression forte : \(f = \dfrac{60}{0{,}50} = 120\ \text{Hz}\).

L'amplitude ne change pas (tout ou rien) ; c'est la fréquence qui est quatre fois plus élevée : l'intensité du stimulus est codée par la fréquence des potentiels d'action.

Erreurs fréquentes

  • Dire qu'un stimulus fort donne un potentiel d'action plus grand : il en donne plus par seconde.
  • Inverser les ions : c'est l'entrée de \(\ce{Na+}\) qui dépolarise, la sortie de \(\ce{K+}\) qui repolarise.
  • Oublier le rôle du calcium dans la libération du neurotransmetteur.
  • Croire que le message saute directement d'un neurone à l'autre dans une synapse chimique : il passe par une étape chimique.
  • Oublier que la myéline accélère la conduction parce que le potentiel d'action saute d'un nœud de Ranvier à l'autre.

Récapitulatif

  • Neurone : dendrites, corps cellulaire, axone (myéline, nœuds de Ranvier), boutons synaptiques.
  • Potentiel de repos d'environ \(-70\ \text{mV}\), entretenu par la pompe \(\ce{Na+}\)/\(\ce{K+}\). Potentiel d'action : entrée de \(\ce{Na+}\) puis sortie de \(\ce{K+}\), tout ou rien, codage en fréquence, conduction saltatoire sur fibre myélinisée.
  • Synapse chimique : potentiel d'action → entrée de \(\ce{Ca^{2+}}\) → exocytose du neurotransmetteur → fixation sur les récepteurs → PPS → élimination.
  • PPSE et PPSI se somment (spatialement et temporellement) ; le neurone émet un message si le seuil est atteint.
  • Plasticité synaptique : les synapses se renforcent ou s'affaiblissent selon leur usage ; base de l'apprentissage et de la mémoire.
Potentiel de repos
Environ \(-70\ \text{mV}\), intérieur négatif ; dû à la répartition inégale de \(\ce{Na+}\) et \(\ce{K+}\) entretenue par la pompe sodium-potassium.
Potentiel d'action
Inversion brève de la tension (entrée de \(\ce{Na+}\) puis sortie de \(\ce{K+}\)), de même amplitude, qui se propage le long de l'axone.
Codage en fréquence
Plus le stimulus est intense, plus il y a de potentiels d'action par seconde.
Synapse chimique
Le message électrique libère un neurotransmetteur qui agit sur les récepteurs de la cellule suivante.
PPSE et PPSI
Petits changements de potentiel postsynaptique : dépolarisation (excitateur) ou hyperpolarisation (inhibiteur).
Plasticité synaptique
Modification durable de l'efficacité d'une synapse selon son usage ; base de l'apprentissage.

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