Neurone, synapse et transmission : enregistrements, exercices et étude de cas
Neurone, synapse et transmission : exercices sur enregistrements et étude de cas des substances qui agissent sur la synapse
Le message nerveux est électrique le long du neurone (potentiels d'action codés en fréquence) et chimique à la synapse (neurotransmetteur codé en concentration) ; lire des enregistrements et analyser l'effet de substances permet de comprendre chaque étape.
Objectifs
- Lire un enregistrement de potentiel de repos et de potentiel d'action, et en tirer des valeurs.
- Calculer une vitesse de conduction et un délai synaptique.
- Prévoir la réponse d'un neurone postsynaptique par sommation spatiale et temporelle.
- Identifier l'étape de la transmission synaptique bloquée ou renforcée par une substance.
- Interpréter une expérience de potentialisation à long terme (plasticité synaptique).
Notions clés à mobiliser
1. Le neurone
Un neurone comprend des dendrites (réception), un corps cellulaire (noyau, intégration), un axone (conduction), souvent entouré d'une gaine de myéline interrompue aux nœuds de Ranvier, et des terminaisons qui forment les synapses.
2. Les bases ioniques
- Potentiel de repos : environ \(-70\ \mathrm{mV}\) ; l'intérieur est riche en \(\ce{K+}\), l'extérieur en \(\ce{Na+}\). La pompe \(\ce{Na+}/\ce{K+}\) (consomme de l'ATP) expulse 3 \(\ce{Na+}\) et fait entrer 2 \(\ce{K+}\) à chaque cycle, ce qui maintient ces différences.
- Potentiel d'action (PA) : si la dépolarisation atteint le seuil, des canaux \(\ce{Na+}\) voltage-dépendants s'ouvrent (entrée de \(\ce{Na+}\), dépolarisation), puis des canaux \(\ce{K+}\) (sortie de \(\ce{K+}\), repolarisation). Pour une fibre, le PA obéit à la loi du tout ou rien : son amplitude ne dépend pas de l'intensité du stimulus.
- L'intensité du stimulus est codée par la fréquence des PA.
3. Les synapses
- Synapses électriques : jonctions communicantes entre deux cellules, passage direct des ions, délai quasi nul.
- Synapses chimiques (les plus nombreuses) : neuro-neuronales ou neuromusculaires ; excitatrices (PPSE, dépolarisation) ou inhibitrices (PPSI, hyperpolarisation).
Étape 1 : un potentiel d'action arrive dans le bouton présynaptique et ouvre des canaux calciques : des ions \(\ce{Ca^2+}\) entrent.
Étape 2 : l'entrée de calcium déclenche l'exocytose des vésicules : le neurotransmetteur est libéré dans la fente synaptique, en quantité proportionnelle à la fréquence des PA.
Étape 3 : le neurotransmetteur se fixe sur des récepteurs-canaux de la membrane postsynaptique, qui s'ouvrent ; à une synapse excitatrice, l'entrée de \(\ce{Na+}\) crée un PPSE.
Étape 4 : le neurotransmetteur est rapidement éliminé de la fente, par dégradation enzymatique (l'acétylcholinestérase pour l'acétylcholine) ou par recapture dans le bouton : le message s'arrête.
Quel ion déclenche la libération du neurotransmetteur dans le bouton présynaptique ?
Exercices progressifs corrigés
Niveau 1 : lire un potentiel d'action
Voir la solution
Potentiel de repos : \(-70\ \mathrm{mV}\). Amplitude : \(+30 - (-70) = 100\ \mathrm{mV}\). Phases : dépolarisation (de \(-70\) à \(+30\ \mathrm{mV}\), entrée de \(\ce{Na+}\)), repolarisation (retour vers \(-70\ \mathrm{mV}\), sortie de \(\ce{K+}\)), hyperpolarisation (passage à \(-80\ \mathrm{mV}\), les canaux \(\ce{K+}\) se ferment lentement), puis retour au repos.
Niveau 2 : vitesse de conduction
Niveau 3 : tout ou rien et codage en fréquence
Voir la solution
Le seuil de la fibre est \(0{,}3\ \mathrm{V}\). Au-dessus du seuil, l'amplitude reste \(100\ \mathrm{mV}\) : loi du tout ou rien. L'intensité est codée par la fréquence des PA (10 puis 80 par seconde), pas par leur amplitude.
Deux électrodes sont à 6,0 cm l'une de l'autre et le PA met 1,2 ms pour aller de l'une à l'autre. La vitesse vaut :
Niveau 4 : sommation au neurone postsynaptique
Avec les mêmes valeurs, combien de PPSE de \(+8\ \mathrm{mV}\) simultanés faut-il au minimum pour déclencher un PA en présence de deux PPSI (soit \(-12\ \mathrm{mV}\)) ?
Étude de cas : des substances qui agissent sur la synapse neuromusculaire
À la jonction neuromusculaire, le neurotransmetteur est l'acétylcholine (ACh). Elle se fixe sur des récepteurs nicotiniques de la fibre musculaire, puis elle est détruite par l'acétylcholinestérase. Voici l'effet connu de quatre substances :
| Substance | Observation sur un muscle stimulé par son nerf |
|---|---|
| Curare (poison de flèche d'origine végétale) | le muscle ne se contracte plus, alors que l'ACh est libérée normalement ; le muscle répond encore si on le stimule directement |
| Toxine botulique | le muscle ne se contracte plus ; on ne trouve presque plus d'ACh dans la fente |
| Ésérine (et insecticides organophosphorés) | contractions renforcées et prolongées ; l'ACh reste longtemps dans la fente |
| Acétylcholine ajoutée dans la fente | contraction, même sans stimulation du nerf |
Cherche d'abord : pour chaque substance, quelle étape (libération, fixation sur le récepteur, élimination) est touchée ?
Voir la solution
- Curare : l'ACh est libérée mais n'agit pas, et le muscle lui-même fonctionne : le curare bloque les récepteurs nicotiniques (il prend la place de l'ACh sans ouvrir le canal). Résultat : paralysie.
- Toxine botulique : plus d'ACh dans la fente : elle empêche la libération (exocytose) de l'ACh. Résultat : paralysie.
- Ésérine, organophosphorés : l'ACh n'est plus détruite : ils inhibent l'acétylcholinestérase. Résultat : excitation prolongée, d'où les contractions involontaires du cultivateur (et la salivation, car d'autres synapses à ACh sont touchées).
- ACh ajoutée : prouve que c'est bien la fixation de l'ACh sur ses récepteurs qui déclenche la réponse du muscle.
Conclusion pratique : porter des gants, un masque et des vêtements couvrants pour pulvériser, et consulter sans attendre en cas de symptômes.
Une substance empêche la destruction de l'acétylcholine dans la fente. Quel effet prévoir sur le muscle ?
Plasticité synaptique : une synapse qui apprend
Pour aller plus loin : d'où vient le potentiel de repos ?
À \(37\ \text{°C}\), le potentiel d'équilibre d'un ion de charge \(+1\) est donné par l'équation de Nernst simplifiée :
\[ E = 61{,}5 \times \log \frac{[\text{ion}]_{ext}}{[\text{ion}]_{int}} \quad (\text{en mV}) \]Avec des concentrations typiques de \(\ce{K+}\) : \(5\ \mathrm{mmol\,L^{-1}}\) à l'extérieur et \(140\ \mathrm{mmol\,L^{-1}}\) à l'intérieur :
\[ E_{K} = 61{,}5 \times \log \frac{5}{140} \approx 61{,}5 \times (-1{,}45) \approx -89\ \mathrm{mV} \]Le potentiel de repos (\(-70\ \mathrm{mV}\)) est proche de \(E_K\), car au repos la membrane est surtout perméable au \(\ce{K+}\) ; une petite perméabilité au \(\ce{Na+}\) le rend un peu moins négatif.
Erreurs fréquentes
Récapitulatif
- Repos vers \(-70\ \mathrm{mV}\), maintenu par la pompe \(\ce{Na+}/\ce{K+}\) ; PA : entrée de \(\ce{Na+}\) puis sortie de \(\ce{K+}\), tout ou rien.
- Codage en fréquence le long de l'axone ; conduction saltatoire plus rapide dans les fibres myélinisées.
- Synapse chimique : PA, entrée de \(\ce{Ca^2+}\), exocytose, fixation sur les récepteurs, PPSE ou PPSI, élimination du neurotransmetteur.
- Le neurone postsynaptique intègre par sommation spatiale et temporelle.
- Des substances agissent sur une étape précise : curare (récepteurs), toxine botulique (libération), ésérine et organophosphorés (acétylcholinestérase).
- Plasticité : une stimulation intense rend une synapse durablement plus efficace (PLT).
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