Organisation de la membrane cellulaire

TleSVTBiologie cellulaireOrganisation de la membrane cellulaire~12 min de lecture

Organisation de la membrane cellulaire

La membrane plasmique est une double couche de lipides, fluide comme un film d'huile, dans laquelle flottent des protéines : ensemble, ils forment une barrière qui laisse passer certaines substances et en arrête d'autres.

Objectifs

  • Décrire la composition chimique de la membrane plasmique : lipides, protéines, glucides.
  • Expliquer le modèle de la mosaïque fluide et les expériences qui l'ont établi.
  • Expliquer pourquoi la membrane est une barrière à perméabilité sélective.
  • Distinguer les modes de transport : diffusion simple, diffusion facilitée, osmose, transport actif, endocytose et exocytose.
  • Interpréter des résultats expérimentaux simples (hématies, fusion de cellules, courbes de vitesse de transport).

1. De quoi est faite la membrane ?

Notions clés

Toute cellule est entourée d'une membrane plasmique qui sépare le milieu intracellulaire (cytoplasme) du milieu extracellulaire. Elle est si fine (de l'ordre de \(7\) à \(10\ \text{nm}\)) qu'on ne la voit qu'au microscope électronique, où elle apparaît comme deux lignes sombres séparées par une ligne claire.

Elle contient trois grandes familles de molécules :

  • Les lipides, surtout des phospholipides, mais aussi du cholestérol (chez les cellules animales) et des glycolipides.
  • Les protéines : intrinsèques (enchâssées dans la membrane, souvent transmembranaires) ou extrinsèques (périphériques, posées sur une face).
  • Les glucides : de courtes chaînes de sucres fixées sur des lipides (glycolipides) ou des protéines (glycoprotéines), uniquement sur la face externe. Ils forment le glycocalyx.

Les proportions varient d'une membrane à l'autre : une membrane très riche en protéines a beaucoup d'activités (transports, enzymes), une membrane très riche en lipides joue surtout un rôle d'isolant.

Le phospholipide, une molécule à deux faces

Un phospholipide possède une tête hydrophile (contenant un groupement phosphate, attirée par l'eau) et deux queues hydrophobes (chaînes d'acides gras, qui fuient l'eau). On dit qu'il est amphiphile.

Dans l'eau, les phospholipides s'organisent spontanément en bicouche : les têtes vers l'eau (dehors et dedans), les queues cachées au centre, à l'abri de l'eau.

Schéma à légender

Place chaque nom sur la bonne partie de ce schéma de la membrane plasmique (milieu extracellulaire en haut, cytoplasme en bas).

Coupe de la membrane plasmique : bicouche de phospholipides, protéine qui la traverse, protéine posée sur la face interne, chaînes de sucres sur la face externe, molécule de cholestérol entre les queues Extérieur Cytoplasme

Pourquoi les phospholipides forment-ils spontanément une bicouche dans l'eau ?

  1. Parce que leurs têtes fuient l'eau.
  2. Parce que leurs queues hydrophobes se regroupent à l'abri de l'eau, têtes hydrophiles tournées vers l'eau.
  3. Parce que les protéines les attachent les uns aux autres.
Le phospholipide est amphiphile : la seule disposition stable dans l'eau cache les queues hydrophobes au centre et expose les têtes hydrophiles des deux côtés.

Sur quelle face de la membrane trouve-t-on les chaînes de glucides (glycocalyx) ?

  1. Sur la face cytoplasmique.
  2. Au centre de la bicouche.
  3. Sur la face externe, tournée vers le milieu extracellulaire.
Les glucides membranaires sont tous du côté extracellulaire : la membrane est donc asymétrique. Ils servent à la reconnaissance entre cellules.

2. Le modèle de la mosaïque fluide

En 1972, Singer et Nicolson proposent le modèle de la mosaïque fluide :

  • Mosaïque : la membrane est un assemblage de molécules différentes (lipides, protéines, glucides), comme les pièces d'une mosaïque.
  • Fluide : lipides et protéines se déplacent latéralement dans le plan de la membrane ; ils ne sont pas fixés.
  • Asymétrique : les deux feuillets n'ont pas la même composition (glucides seulement à l'extérieur, certaines protéines seulement à l'intérieur).

Le cholestérol, intercalé entre les phospholipides, régule cette fluidité : il évite que la membrane devienne trop rigide au froid ou trop fluide à la chaleur.

Exemple résolu 1 : l'expérience de Gorter et Grendel (1925)

Énoncé. On extrait tous les lipides des membranes d'un lot d'hématies (globules rouges, qui n'ont pas de membranes internes). On les étale en une couche d'une seule molécule d'épaisseur à la surface de l'eau. Dans cet exercice, la surface totale des hématies est \(S_{\text{cellules}} = 0{,}99\ \text{m}^2\) et la surface occupée par la couche de lipides est \(S_{\text{lipides}} = 1{,}98\ \text{m}^2\). Que peut-on conclure ? Cherche d'abord.

Étape 1 : calculer le rapport des deux surfaces. \[\frac{S_{\text{lipides}}}{S_{\text{cellules}}} = \frac{1{,}98}{0{,}99} = 2\]
Étape 2 : interpréter. Les lipides couvrent deux fois la surface des cellules : il y a donc assez de lipides pour faire deux couches autour de chaque hématie.
Étape 3 : conclure. Les lipides de la membrane sont organisés en bicouche.

Exemple résolu 2 : l'expérience de Frye et Edidin (1970)

On marque les protéines membranaires d'une cellule humaine avec un colorant fluorescent vert et celles d'une cellule de souris avec un colorant rouge, puis on fait fusionner les deux cellules. Observe les étapes.

Fusion d'une cellule humaine aux protéines vertes et d'une cellule de souris aux protéines rouges : d'abord séparées, puis chacune sur une moitié, puis mélangées sur toute la surface Avant fusion Juste après Après 40 min

Étape 1 : une cellule humaine (protéines vertes) et une cellule de souris (protéines rouges) sont séparées.

Étape 2 : juste après la fusion, chaque couleur occupe encore sa moitié de la cellule hybride.

Étape 3 : environ 40 minutes plus tard à 37 °C, les deux couleurs sont mélangées sur toute la surface : les protéines se sont déplacées dans la membrane, qui est donc fluide.

Et si on refait l'expérience au froid ?

À basse température (vers 15 °C), le mélange ne se fait presque pas. La fluidité dépend de la température : le froid rend les lipides moins mobiles, et les protéines ne peuvent plus « nager ». Cela confirme que le mélange vient bien du déplacement des protéines dans une membrane fluide, et non de la fabrication de nouvelles protéines.

Quelle propriété de la membrane l'expérience de Frye et Edidin démontre-t-elle ?

  1. La fluidité : les protéines se déplacent dans le plan de la membrane.
  2. L'organisation des lipides en bicouche.
  3. La présence de glucides sur la face externe.
Les protéines marquées se mélangent en quelques dizaines de minutes : elles bougent latéralement, ce qui montre que la membrane est fluide. La bicouche est démontrée par Gorter et Grendel.

3. Une barrière à perméabilité sélective

Le cœur de la membrane est hydrophobe. Il laisse donc passer facilement :

  • les petites molécules non chargées et hydrophobes : \(\ce{O2}\), \(\ce{CO2}\), certaines hormones stéroïdes ;
  • un peu d'eau \(\ce{H2O}\), surtout grâce à des canaux protéiques spécialisés, les aquaporines.

Il bloque au contraire les ions (\(\ce{Na+}\), \(\ce{K+}\), \(\ce{Cl-}\), \(\ce{Ca^2+}\)) et les grosses molécules polaires comme le glucose, qui doivent passer par des protéines.

4. Les modes de transport à travers la membrane

flowchart TD
  T[Transports membranaires] --> P[Passifs sans energie]
  T --> A[Actifs avec ATP]
  T --> V[Par vesicules]
  P --> P1[Diffusion simple]
  P --> P2[Diffusion facilitee]
  P --> P3[Osmose]
  A --> A1[Pompe Na K ATPase]
  V --> V1[Endocytose]
  V --> V2[Exocytose]

Transports passifs (dans le sens du gradient, sans énergie)

  • Diffusion simple : la molécule traverse directement la bicouche (\(\ce{O2}\), \(\ce{CO2}\)). Sa vitesse est proportionnelle à la différence de concentration.
  • Diffusion facilitée : la molécule passe grâce à une protéine, canal (ions) ou transporteur (le glucose par exemple). Comme le nombre de transporteurs est limité, la vitesse finit par plafonner : on parle de saturation.
  • Osmose : diffusion de l'eau à travers la membrane, du milieu le moins concentré en solutés (hypotonique) vers le milieu le plus concentré (hypertonique).

Comparer diffusion simple et diffusion facilitée

Le graphique montre la vitesse d'entrée \(v\) d'une substance en fonction de sa concentration extérieure \(x\). La droite correspond à la diffusion simple \(v = a\,x\) ; la courbe qui plafonne à la diffusion facilitée \(v = \dfrac{m\,x}{k + x}\). Fais varier \(m\) (qui dépend du nombre de transporteurs) et observe le plateau.

Que faut-il remarquer ?

La droite de la diffusion simple monte toujours. La courbe de la diffusion facilitée s'approche d'un plafond égal à \(m\) : quand tous les transporteurs sont occupés, ajouter plus de substance n'accélère plus le passage. Augmenter \(m\), c'est ajouter des transporteurs : le plafond monte.

Transport actif (contre le gradient, avec énergie)

La pompe sodium-potassium (\(\ce{Na+}/\ce{K+}\)-ATPase) est une protéine transmembranaire qui, à chaque cycle, utilise une molécule d'ATP pour faire sortir 3 ions sodium et entrer 2 ions potassium :

\[\ce{3Na+}_{\text{int}} + \ce{2K+}_{\text{ext}} + \text{ATP} \longrightarrow \ce{3Na+}_{\text{ext}} + \ce{2K+}_{\text{int}} + \text{ADP} + \text{P}_{\text{i}}\]

Elle maintient ainsi la différence de concentration entre l'intérieur et l'extérieur de la cellule.

Transports par vésicules (grosses particules)

  • Endocytose : la membrane s'invagine et enferme une particule dans une vésicule qui entre dans la cellule (par exemple un globule blanc qui avale une bactérie : phagocytose).
  • Exocytose : une vésicule interne fusionne avec la membrane et libère son contenu à l'extérieur (sécrétion d'hormones, d'enzymes digestives).

Ces mécanismes sont possibles justement parce que la membrane est fluide et peut se refermer, comme la bulle de savon.

Exemple résolu 3 : des hématies dans trois solutions

Énoncé. À l'hôpital de Kumasi, un technicien place des hématies dans trois tubes : A (eau distillée), B (eau salée à \(9\ \text{g/L}\), isotonique au sang), C (eau salée à \(30\ \text{g/L}\)). Prévois ce qui arrive aux cellules dans chaque tube. Cherche d'abord.

Étape 1 : rappeler la règle. L'eau traverse la membrane par osmose, du milieu le moins concentré vers le milieu le plus concentré.
Étape 2 : tube A. L'extérieur est moins concentré que l'intérieur : l'eau entre, la cellule gonfle et éclate. C'est l'hémolyse.
Étape 3 : tube B. Les concentrations sont égales : autant d'eau entre que d'eau sort, la cellule garde sa forme. C'est pourquoi le sérum physiologique est à \(9\ \text{g/L}\).
Étape 4 : tube C. L'extérieur est plus concentré : l'eau sort, la cellule se ratatine (elle devient crénelée).

Une substance entre dans la cellule contre son gradient de concentration, et ce transport s'arrête si on bloque la production d'ATP. De quel transport s'agit-il ?

  1. Diffusion simple
  2. Diffusion facilitée
  3. Transport actif
Aller contre le gradient demande de l'énergie : si l'arrêt de l'ATP bloque le transport, c'est un transport actif, comme celui de la pompe \(\ce{Na+}/\ce{K+}\).

La vitesse d'entrée du glucose dans une cellule plafonne quand on augmente beaucoup sa concentration extérieure. Pourquoi ?

  1. Parce que le glucose traverse directement la bicouche.
  2. Parce que les transporteurs, en nombre limité, sont tous occupés (saturation).
  3. Parce que la cellule manque d'eau.
Le glucose entre par diffusion facilitée grâce à des transporteurs ; quand ils sont tous occupés, la vitesse atteint un maximum.

Récapitulatif

  • La membrane plasmique est une bicouche de phospholipides (têtes hydrophiles dehors, queues hydrophobes au centre), avec du cholestérol, des protéines intrinsèques et extrinsèques, et des glucides sur la face externe (glycocalyx).
  • Modèle de la mosaïque fluide (Singer et Nicolson, 1972) : molécules variées, mobiles dans le plan de la membrane, réparties de façon asymétrique. Preuves : Gorter et Grendel (bicouche), Frye et Edidin (fluidité).
  • La membrane est une barrière à perméabilité sélective : \(\ce{O2}\) et \(\ce{CO2}\) passent, les ions et le glucose ont besoin de protéines.
  • Transports : passifs (diffusion simple, diffusion facilitée saturable, osmose), actifs (pompe \(\ce{Na+}/\ce{K+}\) avec ATP), vésiculaires (endocytose, exocytose).

Cartes mémo

Phospholipide
Molécule amphiphile : tête hydrophile avec un phosphate, deux queues d'acides gras hydrophobes ; forme la bicouche.
Mosaïque fluide
Modèle de Singer et Nicolson (1972) : protéines et lipides mobiles dans une bicouche lipidique asymétrique.
Glycocalyx
Ensemble des chaînes de glucides sur la face externe ; rôle de reconnaissance entre cellules.
Diffusion facilitée
Transport passif par une protéine (canal ou transporteur), dans le sens du gradient, saturable.
Osmose
Passage de l'eau du milieu hypotonique vers le milieu hypertonique à travers la membrane.
Pompe \(\ce{Na+}/\ce{K+}\)
Transport actif : 1 ATP pour sortir \(\ce{3Na+}\) et entrer \(\ce{2K+}\), contre leurs gradients.

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