Plasticité, mémoire et pathologies

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Plasticité, mémoire et pathologies : un cerveau qui se reconstruit

Le cerveau modifie sans cesse ses connexions : c'est ainsi qu'il apprend, qu'il mémorise et qu'il peut en partie récupérer après une lésion, que l'imagerie permet de localiser.

Objectifs du cours

  • Définir la plasticité cérébrale et la plasticité synaptique.
  • Expliquer comment un souvenir passe de la mémoire à court terme à la mémoire à long terme (consolidation).
  • Relier une lésion (AVC, traumatisme, tumeur) à ses conséquences selon la zone touchée.
  • Comparer les principales techniques d'imagerie cérébrale et ce qu'elles montrent.

1. La plasticité synaptique : des chemins qui se tracent

Les neurones communiquent au niveau des synapses. Le message nerveux arrive au bouton présynaptique sous forme de potentiels d'action ; il provoque la libération d'un neurotransmetteur contenu dans des vésicules. Celui-ci traverse la fente synaptique et se fixe sur des récepteurs du neurone postsynaptique, ce qui modifie son activité électrique.

Légende toi-même le schéma d'une synapse :

Schéma d'une synapse : bouton présynaptique avec vésicules, fente synaptique, récepteurs sur le neurone postsynaptique

La plasticité synaptique est la capacité d'une synapse à modifier son efficacité. Quand deux neurones sont activés ensemble de façon répétée, la synapse qui les relie se renforce : c'est la potentialisation à long terme. Le neurone présynaptique libère alors plus de neurotransmetteur, le neurone postsynaptique porte davantage de récepteurs, et de nouvelles synapses peuvent même se former. À l'inverse, une synapse peu sollicitée s'affaiblit.

À plus grande échelle, la plasticité cérébrale est la capacité de l'encéphale à réorganiser ses réseaux tout au long de la vie. Par exemple, chez un joueur de kora qui s'entraîne pendant des années, la zone du cortex moteur qui commande les doigts s'étend.

Lors de la potentialisation à long terme, que se passe-t-il au niveau de la synapse ?

  1. La fente synaptique disparaît.
  2. La transmission devient plus efficace : plus de neurotransmetteur libéré et plus de récepteurs.
  3. Le neurone présynaptique meurt.
La potentialisation à long terme est un renforcement durable de la synapse : le même message présynaptique provoque une réponse postsynaptique plus forte.

2. La mémoire et sa consolidation

On distingue :

  • la mémoire à court terme (ou de travail) : elle garde quelques informations pendant quelques secondes à quelques minutes, comme un numéro de téléphone qu'on vient d'entendre ;
  • la mémoire à long terme : elle conserve des informations pendant des jours, des années, parfois toute la vie.

Le passage de l'une à l'autre s'appelle la consolidation. Une structure du lobe temporal, l'hippocampe, y joue un rôle central : il aide à fixer les nouveaux souvenirs, qui sont ensuite stockés de façon répartie dans le cortex cérébral. Les répétitions et le sommeil favorisent cette consolidation, car ils réactivent les mêmes réseaux de neurones et renforcent leurs synapses.

flowchart LR
  A[Information perçue] --> B[Mémoire à court terme]
  B -- répétition et sommeil --> C[Consolidation par hippocampe]
  C --> D[Mémoire à long terme dans le cortex]
  B -- pas de répétition --> E[Oubli]
  D -- rappel --> B

Ce schéma montre que le rappel d'un souvenir le ramène en mémoire de travail : chaque rappel est l'occasion de le renforcer.

Exemple résolu 1 : interpréter un cas clinique

Un patient a subi l'ablation chirurgicale des deux hippocampes. Il se souvient très bien de son enfance, il peut tenir une conversation, mais il oublie en quelques minutes les personnes qu'il vient de rencontrer. Que peut-on en déduire ? Cherche d'abord.

Voir la solution

Ses souvenirs anciens sont intacts : ils ne sont donc pas stockés dans l'hippocampe. Sa mémoire à court terme fonctionne (il suit une conversation). En revanche, il ne forme plus de nouveaux souvenirs durables : l'hippocampe est nécessaire à la consolidation, c'est-à-dire au passage de la mémoire à court terme vers la mémoire à long terme.

Quel est le rôle principal de l'hippocampe dans la mémoire ?

  1. Stocker définitivement tous les souvenirs.
  2. Commander les mouvements volontaires.
  3. Permettre la consolidation des nouveaux souvenirs.
L'hippocampe participe à la formation et à la consolidation des souvenirs ; le stockage durable se fait ensuite dans le cortex.

3. Lésions de l'encéphale et récupération

Les conséquences d'une lésion dépendent surtout de la zone touchée, car les aires du cortex ont des fonctions spécialisées.

  • Accident vasculaire cérébral (AVC) : un vaisseau sanguin du cerveau est bouché par un caillot (AVC ischémique) ou se rompt (AVC hémorragique). Les neurones privés de dioxygène et de glucose meurent rapidement. Facteurs de risque connus : hypertension artérielle, tabac, diabète, sédentarité.
  • Traumatisme crânien : un choc violent (accident de moto, chute) lèse le tissu nerveux ou provoque un saignement.
  • Tumeur : un amas de cellules qui se multiplient anormalement comprime ou détruit les zones voisines ; les troubles apparaissent souvent progressivement.

Le cortex moteur d'un hémisphère commande les muscles de la moitié opposée du corps, car les voies nerveuses se croisent. Une lésion de l'hémisphère gauche peut donc paralyser le côté droit du corps. Chez la plupart des personnes, les aires du langage se situent dans l'hémisphère gauche : une lésion de cet hémisphère peut aussi entraîner des troubles de la parole (aphasie).

Après une lésion, la rééducation (kinésithérapie, orthophonie) répète des gestes et des mots ; grâce à la plasticité, des neurones voisins de la zone détruite, ou d'autres réseaux, peuvent reprendre en partie la fonction perdue. La récupération est souvent partielle et lente, mais réelle.

Exemple résolu 2 : localiser une lésion

Après un AVC, M. Diallo ne peut plus bouger la main droite et a beaucoup de mal à former des phrases, alors qu'il comprend ce qu'on lui dit. Quel hémisphère est probablement touché ? Cherche d'abord.

Paralysie de la main droite : les voies motrices se croisent, donc la lésion touche le cortex moteur de l'hémisphère gauche.
Difficulté à produire la parole : chez la plupart des personnes, les aires du langage sont dans l'hémisphère gauche ; une atteinte de l'aire de production du langage (aire de Broca) donne ce type de trouble.
Conclusion : les deux symptômes concordent avec une lésion de l'hémisphère gauche, dans la région frontale qui regroupe le cortex moteur et l'aire de Broca. Une imagerie cérébrale permettra de le confirmer.

Pourquoi un patient peut-il retrouver une partie de ses capacités après un AVC ?

  1. Grâce à la plasticité : d'autres réseaux de neurones se réorganisent pour prendre le relais.
  2. Parce que les neurones morts se régénèrent tous en quelques jours.
  3. Parce que l'autre côté du corps commande désormais les deux bras.
Les neurones détruits ne sont pas remplacés en masse ; ce sont des réorganisations de connexions, stimulées par la rééducation, qui permettent la récupération.

4. Voir le cerveau : l'imagerie cérébrale

TechniquePrincipeCe qu'elle montre
Scanner (tomodensitométrie)Rayons XStructure ; repère vite un saignement (AVC hémorragique, traumatisme)
IRM anatomiqueChamp magnétique et ondes radioStructure fine : tumeur, zone lésée
IRM fonctionnelle (IRMf)Variations de l'oxygénation du sang dans les zones activesActivité : zones qui travaillent pendant une tâche (lire, bouger la main)
TEPTraceur faiblement radioactif injecté (par exemple un glucose marqué)Activité : zones qui consomment le plus de glucose
EEG (électroencéphalographie)Électrodes posées sur le cuir cheveluActivité électrique globale, très précise dans le temps

Ces techniques ont permis de montrer que l'apprentissage modifie l'activité et parfois le volume de certaines régions, et de suivre la réorganisation du cerveau pendant une rééducation.

Exemple résolu 3 : choisir la bonne technique

Un médecin veut savoir quelles régions du cerveau d'une élève s'activent quand elle lit un texte. Quelle technique choisir ? Cherche d'abord.

Voir la solution

Il s'agit de voir une activité pendant une tâche, pas seulement la structure. L'IRM fonctionnelle est adaptée : elle repère les zones où l'oxygénation du sang augmente, signe que les neurones y sont plus actifs. Le scanner ou l'IRM anatomique montreraient seulement la forme du cerveau.

Quelle technique montre la structure du cerveau sans renseigner directement sur son activité ?

  1. IRM fonctionnelle
  2. IRM anatomique
  3. TEP
L'IRM anatomique donne des images détaillées des tissus ; l'IRMf et la TEP renseignent sur l'activité des régions.

Erreurs fréquentes

  • Dire que les souvenirs sont « rangés » dans l'hippocampe : il aide à les consolider, le stockage durable est cortical.
  • Oublier le croisement des voies motrices pour localiser une lésion.
  • Penser que la plasticité n'existe que chez l'enfant : elle diminue avec l'âge mais persiste toute la vie.
  • Confondre imagerie anatomique (structure) et imagerie fonctionnelle (activité).
  • Croire qu'après une lésion les neurones détruits repoussent : la récupération vient surtout de la réorganisation des réseaux.

Récapitulatif

La plasticité synaptique renforce ou affaiblit les synapses selon leur usage : c'est la base de l'apprentissage. La mémoire à court terme devient mémoire à long terme par consolidation, avec l'hippocampe, la répétition et le sommeil. Une lésion (AVC, traumatisme, tumeur) entraîne des troubles qui dépendent de la zone touchée, et la plasticité permet une récupération partielle. L'imagerie anatomique montre la structure, l'imagerie fonctionnelle montre l'activité.

Plasticité synaptique
Capacité d'une synapse à modifier son efficacité selon son utilisation.
Potentialisation à long terme
Renforcement durable d'une synapse activée de façon répétée.
Consolidation
Passage d'un souvenir de la mémoire à court terme à la mémoire à long terme, avec l'hippocampe.
AVC
Vaisseau cérébral bouché ou rompu : des neurones meurent faute de dioxygène et de glucose.
IRM fonctionnelle
Imagerie qui localise les zones actives grâce aux variations d'oxygénation du sang.

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