Polymérisation et structure

TlePhysique-ChimieLes matières plastiquesPolymérisation et structure~10 min de lecture

Polymérisation et structure : des petites molécules aux matières plastiques

Un polymère est une très longue chaîne formée en reliant des milliers de petites molécules, les monomères, par addition ou par condensation ; la forme de ces chaînes (linéaires, ramifiées, réticulées, ordonnées ou non) décide des propriétés du plastique.

Objectifs

  • Définir monomère, polymère, motif et degré de polymérisation ; relier masse molaire du polymère et degré de polymérisation.
  • Distinguer polyaddition et polycondensation et écrire leurs équations.
  • Calculer une masse molaire moyenne en nombre et en masse, et l'indice de polymolécularité.
  • Relier l'architecture des chaînes (linéaire, ramifiée, réticulée), les copolymères et la cristallinité aux propriétés des matériaux.

Notions clés

1. Monomère, polymère, motif

  • Un monomère est une petite molécule capable de se lier à d'autres molécules identiques (ou différentes) pour former une longue chaîne.
  • Un polymère est une macromolécule formée par l'enchaînement d'un très grand nombre de monomères. La réaction qui le fabrique est une polymérisation.
  • Le motif est le groupe d'atomes qui se répète le long de la chaîne.
  • Le degré de polymérisation \(n\) est le nombre de motifs dans une chaîne.

Si \(M_{\text{motif}}\) est la masse molaire du motif, la masse molaire d'une chaîne vaut (en négligeant les extrémités) :

\[ M = n \times M_{\text{motif}} \qquad \Longleftrightarrow \qquad n = \frac{M}{M_{\text{motif}}} \]

2. La polyaddition

Dans une polyaddition, les monomères possèdent une double liaison \(\mathrm{C{=}C}\). Celle-ci s'ouvre et les monomères s'additionnent les uns aux autres, sans perte d'atomes : le motif a la même formule brute que le monomère.

\[ n\;\mathrm{CH_2{=}CH_2} \longrightarrow -\!\left[\mathrm{CH_2-CH_2}\right]_n\!- \]

Autres exemples : le chlorure de vinyle \(\mathrm{CH_2{=}CHCl}\) donne le PVC (tuyaux de plomberie), le propène \(\mathrm{CH_2{=}CH-CH_3}\) donne le polypropylène (seaux, chaises de jardin), le styrène donne le polystyrène (barquettes, emballages).

\[ n\;\mathrm{CH_2{=}CHCl} \longrightarrow -\!\left[\mathrm{CH_2-CHCl}\right]_n\!- \]

Lequel de ces composés peut servir de monomère pour une polyaddition ?

  1. L'éthanol \(\mathrm{CH_3-CH_2-OH}\)
  2. Le propène \(\mathrm{CH_2{=}CH-CH_3}\)
  3. L'acide éthanoïque \(\mathrm{CH_3-COOH}\)
La polyaddition nécessite une double liaison C=C qui s'ouvre ; seul le propène en possède une.

3. La polycondensation

Dans une polycondensation, chaque monomère porte deux groupes caractéristiques (il est bifonctionnel). Deux monomères réagissent par leurs groupes en éliminant une petite molécule, le plus souvent de l'eau \(\ce{H2O}\). Le motif n'a donc pas la même formule que la somme des monomères.

Polyamide 6,6 (nylon) : un diacide (acide hexanedioïque) réagit avec une diamine (hexane-1,6-diamine) ; il se forme des liaisons amide \(\mathrm{-CO-NH-}\).

\[ n\;\mathrm{HOOC-(CH_2)_4-COOH} \;+\; n\;\mathrm{H_2N-(CH_2)_6-NH_2} \] \[ \longrightarrow\; -\!\left[\mathrm{CO-(CH_2)_4-CO-NH-(CH_2)_6-NH}\right]_n\!- \;+\; 2n\;\mathrm{H_2O} \]

PET (polyester) : un diacide réagit avec un dialcool (éthane-1,2-diol) ; il se forme des liaisons ester \(\mathrm{-CO-O-}\), avec élimination d'eau.

Quel caractère distingue une polycondensation d'une polyaddition ?

  1. Elle libère une petite molécule, souvent de l'eau, à chaque liaison formée
  2. Elle utilise toujours des monomères à double liaison C=C
  3. Elle donne un motif de même formule brute que le monomère
La polycondensation élimine une petite molécule ; les deux autres propositions décrivent la polyaddition.

4. Masses molaires moyennes

Une polymérisation produit des chaînes de tailles variées. On définit donc des moyennes. Si l'échantillon contient \(N_i\) moles de chaînes de masse molaire \(M_i\) :

\[ \overline{M}_n = \frac{\sum_i N_i\,M_i}{\sum_i N_i} \qquad \text{(moyenne en nombre)} \] \[ \overline{M}_w = \frac{\sum_i N_i\,M_i^{2}}{\sum_i N_i\,M_i} \qquad \text{(moyenne en masse)} \]

On a toujours \(\overline{M}_w \geq \overline{M}_n\). L'indice de polymolécularité \(I_p = \dfrac{\overline{M}_w}{\overline{M}_n}\) mesure la dispersion des tailles : \(I_p = 1\) si toutes les chaînes sont identiques, et plus \(I_p\) est grand, plus les longueurs sont variées. Le degré de polymérisation moyen en nombre est \(\overline{n} = \dfrac{\overline{M}_n}{M_{\text{motif}}}\).

5. Architecture des chaînes

Trois architectures de polymères : chaîne linéaire, chaîne ramifiée, réseau réticulé avec ponts entre chaînes Linéaire Ramifiée Réticulée ponts entre chaînes

Chaîne linéaire : les motifs s'enchaînent bout à bout ; les chaînes peuvent glisser les unes sur les autres.

Chaîne ramifiée : des branches partent de la chaîne principale ; elles empêchent les chaînes de se ranger serrées.

Réseau réticulé : des liaisons covalentes (ponts) relient les chaînes entre elles et forment un réseau en trois dimensions.

Ces architectures déterminent le comportement à la chaleur :

  • Thermoplastiques (chaînes linéaires ou ramifiées) : ils ramollissent quand on les chauffe et durcissent en refroidissant, de façon réversible. On peut les mouler, les remouler et les recycler par fusion (PE, PVC, PET, polypropylène).
  • Thermodurcissables (réseau très réticulé) : une fois formés, ils ne fondent plus ; chauffés trop fort, ils se décomposent. Ils sont rigides et résistants (résines époxy, bakélite des anciennes prises électriques).
  • Élastomères (réseau faiblement réticulé) : les chaînes, reliées par quelques ponts, s'étirent puis reprennent leur forme, comme le caoutchouc vulcanisé des pneus, dont les ponts sont formés par du soufre.
flowchart LR
A[Architecture des chaines] --> B[Lineaire ou ramifiee]
A --> C[Faiblement reticulee]
A --> D[Fortement reticulee]
B --> E[Thermoplastique]
C --> F[Elastomere]
D --> G[Thermodurcissable]

Un matériau ne fond pas quand on le chauffe et finit par se décomposer. Quelle est très probablement son architecture ?

  1. Des chaînes linéaires
  2. Des chaînes ramifiées
  3. Un réseau fortement réticulé
Les ponts covalents d'un réseau réticulé empêchent les chaînes de glisser : le matériau ne peut pas fondre, c'est un thermodurcissable.

6. Copolymères et cristallinité : la structure fait les propriétés

Cristallinité. Dans un polymère, les chaînes peuvent être emmêlées en désordre (zones amorphes) ou alignées et serrées de façon régulière (zones cristallines). La plupart des polymères sont semi-cristallins : ils contiennent les deux types de zones.

  • Des chaînes linéaires et régulières se rangent facilement : le taux de cristallinité est élevé. Le matériau est plus dense, plus rigide, plus résistant, souvent opaque, et fond à plus haute température. Exemple : le polyéthylène haute densité (PEHD), peu ramifié, des bidons et des casiers.
  • Des chaînes ramifiées ou irrégulières se rangent mal : le polymère est surtout amorphe, plus souple, moins dense et plus transparent. Exemple : le polyéthylène basse densité (PEBD), très ramifié, des sachets et films.

Copolymères. Un copolymère est formé à partir de deux (ou plusieurs) monomères différents A et B. Selon leur répartition, on distingue :

  • statistique : A et B au hasard (…AABABBBA…) ;
  • alterné : A et B l'un après l'autre (…ABABAB…) ;
  • séquencé (à blocs) : de longues séquences de A puis de B (…AAAABBBB…) ;
  • greffé : des chaînes de B fixées comme des branches sur une chaîne principale de A.

Le copolymère combine les qualités de ses monomères. Par exemple, l'ABS (acrylonitrile, butadiène, styrène), utilisé pour des coques d'appareils électroniques, associe la rigidité apportée par le styrène à la résistance aux chocs apportée par le butadiène. De plus, un copolymère statistique est moins régulier, donc en général moins cristallin que les homopolymères correspondants.

Pourquoi le PEHD est-il plus rigide que le PEBD ?

  1. Parce que son motif est différent de celui du PEBD
  2. Parce que ses chaînes, peu ramifiées, se rangent mieux : il est plus cristallin
  3. Parce que c'est un thermodurcissable réticulé
Les deux ont le même motif CH2-CH2 et sont thermoplastiques ; la différence vient des ramifications : moins de branches, plus de zones cristallines, donc plus de rigidité.

Exemples résolus

Données : \(M(\mathrm{C}) = 12\ \mathrm{g\,mol^{-1}}\), \(M(\mathrm{H}) = 1{,}0\ \mathrm{g\,mol^{-1}}\), \(M(\mathrm{Cl}) = 35{,}5\ \mathrm{g\,mol^{-1}}\), \(M(\mathrm{N}) = 14\ \mathrm{g\,mol^{-1}}\), \(M(\mathrm{O}) = 16\ \mathrm{g\,mol^{-1}}\).

Exemple 1 : degré de polymérisation d'un PVC

Un tuyau en PVC est fait de chaînes de masse molaire moyenne \(M = 87\,500\ \mathrm{g\,mol^{-1}}\). Calcule le degré de polymérisation moyen.

Le motif du PVC est \(\mathrm{-CH_2-CHCl-}\), de formule brute \(\mathrm{C_2H_3Cl}\).
\[ M_{\text{motif}} = 2 \times 12 + 3 \times 1{,}0 + 35{,}5 = 62{,}5\ \mathrm{g\,mol^{-1}} \]
\[ n = \frac{M}{M_{\text{motif}}} = \frac{87\,500}{62{,}5} = 1\,400 \]
Une chaîne contient en moyenne 1 400 motifs.

Exemple 2 : polyamide 6,6

Un fil de nylon 6,6 a une masse molaire moyenne de \(113\,000\ \mathrm{g\,mol^{-1}}\). Le motif est \(\mathrm{-CO-(CH_2)_4-CO-NH-(CH_2)_6-NH-}\). Calcule \(n\). Cherche d'abord la formule brute du motif.

Voir la solution

On compte : C : \(1 + 4 + 1 + 6 = 12\) ; H : \(8 + 1 + 12 + 1 = 22\) ; N : 2 ; O : 2. Formule brute \(\mathrm{C_{12}H_{22}N_2O_2}\).

\[ M_{\text{motif}} = 12 \times 12 + 22 \times 1{,}0 + 2 \times 14 + 2 \times 16 = 144 + 22 + 28 + 32 = 226\ \mathrm{g\,mol^{-1}} \] \[ n = \frac{113\,000}{226} = 500 \]

Exemple 3 : masses molaires moyennes d'un polyéthylène

Un échantillon contient \(2{,}0\) mol de chaînes de \(100\,000\ \mathrm{g\,mol^{-1}}\) et \(3{,}0\) mol de chaînes de \(200\,000\ \mathrm{g\,mol^{-1}}\). Calcule \(\overline{M}_n\), \(\overline{M}_w\), \(I_p\) et \(\overline{n}\).

\[ \overline{M}_n = \frac{2{,}0 \times 100\,000 + 3{,}0 \times 200\,000}{2{,}0 + 3{,}0} = \frac{800\,000}{5{,}0} = 160\,000\ \mathrm{g\,mol^{-1}} \]
\[ \overline{M}_w = \frac{2{,}0 \times (100\,000)^2 + 3{,}0 \times (200\,000)^2}{800\,000} = \frac{1{,}4 \times 10^{11}}{8{,}0 \times 10^{5}} = 175\,000\ \mathrm{g\,mol^{-1}} \]
\[ I_p = \frac{175\,000}{160\,000} \approx 1{,}09 \]
Motif \(\mathrm{C_2H_4}\) : \(M_{\text{motif}} = 28\ \mathrm{g\,mol^{-1}}\), donc \(\overline{n} = \dfrac{160\,000}{28} \approx 5{,}7 \times 10^{3}\) motifs par chaîne en moyenne.

Erreurs fréquentes

Récapitulatif

  • Un polymère est une macromolécule faite de \(n\) motifs : \(M = n \times M_{\text{motif}}\).
  • Polyaddition : ouverture de doubles liaisons C=C, sans sous-produit. Polycondensation : monomères bifonctionnels, élimination d'une petite molécule (souvent l'eau).
  • Un échantillon a une masse molaire moyenne : \(\overline{M}_n\), \(\overline{M}_w\) et \(I_p = \overline{M}_w / \overline{M}_n \geq 1\).
  • Linéaire ou ramifié : thermoplastique ; faiblement réticulé : élastomère ; fortement réticulé : thermodurcissable.
  • Chaînes régulières, plus cristallines : matériau plus dense et rigide ; ramifications ou copolymère statistique : moins cristallin, plus souple.
Degré de polymérisation
Nombre de motifs dans une chaîne : n = M / M(motif).
Polyaddition
Monomères à double liaison C=C qui s'additionnent sans perte d'atomes.
Polycondensation
Monomères bifonctionnels qui se lient en éliminant une petite molécule, souvent l'eau.
Indice de polymolécularité
Rapport Mw / Mn, égal à 1 si toutes les chaînes ont la même taille.
Thermodurcissable
Polymère à réseau réticulé qui ne fond pas à la chaleur.
Cristallinité
Part de chaînes rangées régulièrement : plus elle est forte, plus le matériau est dense et rigide.

Teste tes connaissances sur ce cours

Crée ton compte gratuitement pour accéder aux quiz associés et suivre ta progression.