Propriétés et caractérisation des matières plastiques

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Propriétés et caractérisation des matières plastiques

Un plastique est fait de longues chaînes de polymère : la façon dont ces chaînes bougent avec la température (Tg, Tm), résistent à une traction (module, résistance) et sont modifiées par des additifs se mesure avec des techniques comme la DSC, l'ATG, l'IR, la RMN et l'essai de traction.

Objectifs

  • Distinguer un polymère amorphe d'un polymère semi-cristallin et expliquer la transition vitreuse \(T_g\) et la fusion \(T_m\).
  • Définir la contrainte, la déformation, le module d'Young et la résistance à la traction, et les calculer à partir d'un essai.
  • Expliquer le rôle des principaux additifs (plastifiants, charges, stabilisants, colorants).
  • Choisir la bonne méthode d'analyse (DSC, ATG, spectroscopie IR, RMN, essais mécaniques) selon la question posée, et lire un résultat simple.

Notions clés

1. Des chaînes qui s'emmêlent : amorphe ou semi-cristallin

Un polymère est formé de très longues chaînes (des milliers de motifs répétés). On peut l'imaginer comme un plat de spaghettis :

  • Polymère amorphe : les chaînes sont emmêlées au hasard, comme des spaghettis dans l'assiette. Exemples : polystyrène (PS), PVC, polycarbonate. Souvent transparent.
  • Polymère semi-cristallin : certaines portions de chaînes se rangent côte à côte de façon ordonnée (zones cristallines, comme des spaghettis crus dans leur paquet), le reste demeure amorphe. Exemples : polyéthylène (PE), polypropylène (PP), PET. Souvent opaque ou laiteux.

On distingue aussi les thermoplastiques (chaînes indépendantes : ils ramollissent à la chaleur et peuvent être remis en forme, donc recyclés par fusion) et les thermodurcissables (chaînes reliées en un réseau tridimensionnel : ils ne fondent pas et se décomposent si on les chauffe trop, comme une résine époxy durcie).

2. Comportement thermique : \(T_g\) et \(T_m\)

Température de transition vitreuse \(T_g\) : en dessous de \(T_g\), les parties amorphes sont figées, le matériau est rigide et plutôt cassant (état vitreux). Au-dessus de \(T_g\), des segments de chaînes peuvent glisser : le matériau devient souple, caoutchoutique. Ce n'est pas une fusion : rien ne devient liquide. Analogie : le beurre de karité sorti du frigo est dur et cassant ; à température ambiante, il se déforme sans couler.

Température de fusion \(T_m\) : température à laquelle les zones cristallines se défont. Seuls les polymères semi-cristallins ont une vraie \(T_m\). Au-dessus, le thermoplastique devient un liquide très visqueux qu'on peut mouler ou extruder.

Pour un même polymère semi-cristallin, on a toujours \(T_g \lt T_m\). Quelques ordres de grandeur (valeurs approximatives, qui varient selon le grade) :

PolymèreStructure\(T_g\) (environ)\(T_m\) (environ)À température ambiante
Polystyrène PSamorphe100 °Cpas de fusion netterigide, cassant
PETsemi-cristallin75 °C255 °Crigide et résistant
Polyéthylène haute densité PEHDsemi-cristallintrès en dessous de 0 °C130 °Csouple et tenace

Un polymère a une \(T_g\) de 100 °C et ne présente aucune fusion nette. À 25 °C, il est :

  1. liquide, car il est au-dessus de sa température de fusion
  2. souple et caoutchoutique, car il est au-dessus de sa \(T_g\)
  3. rigide et vitreux, car il est en dessous de sa \(T_g\)
25 °C est inférieur à \(T_g\) = 100 °C : les chaînes sont figées, le matériau est vitreux, comme le polystyrène d'un gobelet. Il n'a pas de \(T_m\) car il est amorphe.

3. Comportement mécanique : tirer sur une éprouvette

Lors d'un essai de traction, on tire sur une éprouvette de section \(S\) et de longueur initiale \(L_0\) avec une force \(F\), et on mesure son allongement \(\Delta L\).

  • Contrainte (en pascals, Pa) : \(\sigma = \dfrac{F}{S}\), avec \(F\) en N et \(S\) en m².
  • Déformation (sans unité) : \(\varepsilon = \dfrac{\Delta L}{L_0}\).
  • Module d'Young \(E\) : dans le domaine élastique (la pièce reprend sa forme quand on relâche), la contrainte est proportionnelle à la déformation : \[\sigma = E\,\varepsilon \quad\Longleftrightarrow\quad E = \frac{\sigma}{\varepsilon}\] Plus \(E\) est grand, plus le matériau est rigide. Les plastiques ont un module de l'ordre du gigapascal (\(1\ \text{GPa} = 10^{9}\ \text{Pa}\)), bien plus faible que celui de l'acier (environ 200 GPa).
  • Résistance à la traction : contrainte maximale supportée avant rupture.
  • Allongement à la rupture : déformation au moment où l'éprouvette casse ; grand pour un matériau ductile (PE), faible pour un matériau fragile (PS).

Analogie : le module, c'est la « raideur » d'un élastique ; la résistance, c'est le poids qu'il peut porter avant de céder ; l'allongement à la rupture, c'est jusqu'où on peut l'étirer.

Deux éprouvettes A et B subissent la même contrainte. A s'allonge deux fois moins que B dans le domaine élastique. Que peut-on dire ?

  1. Le module d'Young de A est deux fois plus grand que celui de B
  2. Le module d'Young de A est deux fois plus petit que celui de B
  3. A et B ont le même module d'Young
\(E = \sigma / \varepsilon\) : à contrainte égale, une déformation deux fois plus petite donne un module deux fois plus grand. A est plus rigide.

4. Les additifs : la « recette » du plastique

Le polymère pur est rarement utilisé seul. Comme on ajoute du sel, du piment et des épices à une sauce, le fabricant ajoute des additifs :

  • Plastifiants : petites molécules qui se glissent entre les chaînes et les aident à glisser. Ils abaissent \(T_g\). Le PVC rigide des tuyaux devient, avec des plastifiants, le PVC souple des gaines de câbles.
  • Charges (talc, carbonate de calcium, fibres de verre) : augmentent la rigidité, parfois la résistance, et réduisent le coût.
  • Stabilisants (anti-UV, antioxydants, stabilisants thermiques) : ralentissent la dégradation par la lumière, l'oxygène ou la chaleur de mise en forme. Le noir de carbone protège aussi des UV.
  • Colorants et pigments : donnent la couleur.
  • Retardateurs de flamme : rendent le matériau moins facilement inflammable.

On veut fabriquer, à partir d'un PVC rigide, une nappe souple. Quel additif faut-il ajouter ?

  1. Une charge minérale comme le talc
  2. Un plastifiant
  3. Un retardateur de flamme
Le plastifiant abaisse \(T_g\) en dessous de la température ambiante : le PVC devient souple. Le talc, lui, rigidifie.

5. Caractériser un plastique : quelle méthode pour quelle question ?

flowchart LR
  Q[Question posée] --> A[Transitions thermiques]
  Q --> B[Taux de charge et décomposition]
  Q --> C[Identité du polymère]
  Q --> D[Rigidité et résistance]
  A --> DSC[DSC]
  B --> ATG[ATG]
  C --> SP[IR et RMN]
  D --> MEC[Essai de traction]
  • DSC (calorimétrie différentielle à balayage) : on chauffe l'échantillon à vitesse constante et on mesure le flux de chaleur qu'il échange. On y lit \(T_g\) (une marche de la ligne de base), la cristallisation (un pic exothermique) et la fusion \(T_m\) (un pic endothermique). Un polymère amorphe ne montre qu'une marche.
  • ATG (analyse thermogravimétrique, en anglais TGA) : on suit la masse de l'échantillon pendant le chauffage. On repère l'eau ou les solvants qui partent, la température de décomposition du polymère, et le résidu final qui correspond aux charges minérales.
  • Spectroscopie infrarouge (IR) : identifie les groupes d'atomes par leurs bandes d'absorption. Liaisons C–H vers 2850 à 3000 cm⁻¹ ; liaison C=O d'un ester vers 1700 à 1750 cm⁻¹ ; O–H large vers 3200 à 3400 cm⁻¹. C'est « l'empreinte digitale » du polymère.
  • RMN du proton : renseigne sur les différents environnements des atomes d'hydrogène, donc sur l'enchaînement exact des motifs. Le PE \(\ce{(CH2-CH2)_n}\) ne présente qu'un type de H ; le PP \(\ce{(CH2-CH(CH3))_n}\) en présente trois (\(\ce{CH3}\), \(\ce{CH2}\), \(\ce{CH}\)).
  • Essais mécaniques : traction (module, résistance, allongement), mais aussi choc et dureté.
Thermogramme DSC schématique d'un polymère semi-cristallin : marche de transition vitreuse, pic de cristallisation puis pic de fusion Température Flux de chaleur (endo vers le bas) Tg : marche cristallisation (exo) Tm : fusion

Étape 1 : vers \(T_g\), la ligne de base fait une marche. Les segments amorphes se mettent à bouger, le matériau absorbe un peu plus de chaleur pour chauffer. Pas de pic : ce n'est pas un changement d'état.

Étape 2 : des chaînes devenues mobiles se rangent et cristallisent ; cela libère de la chaleur, d'où un pic exothermique (vers le haut ici).

Étape 3 : à \(T_m\), les cristaux fondent en absorbant de la chaleur : pic endothermique (vers le bas). Un polymère amorphe n'aurait que la marche de l'étape 1.

On veut connaître le pourcentage de talc contenu dans des granulés de polypropylène. Quelle méthode choisir ?

  1. La DSC
  2. L'analyse thermogravimétrique (ATG)
  3. L'essai de traction
En ATG, le polymère se décompose et part sous forme de gaz ; la charge minérale reste. La masse du résidu donne la proportion de talc.

Exemples résolus

Exemple 1 : calculer un module d'Young

Une éprouvette de plastique a une section \(S = 10\ \text{mm}^2\) et une longueur utile \(L_0 = 50\ \text{mm}\). Sous une force \(F = 250\ \text{N}\), elle s'allonge de \(\Delta L = 0{,}50\ \text{mm}\), dans le domaine élastique. Calcule la contrainte, la déformation et le module d'Young.

Conversion de la section : \(S = 10\ \text{mm}^2 = 10 \times 10^{-6}\ \text{m}^2 = 1{,}0 \times 10^{-5}\ \text{m}^2\).
Contrainte : \[\sigma = \frac{F}{S} = \frac{250}{1{,}0 \times 10^{-5}} = 2{,}5 \times 10^{7}\ \text{Pa} = 25\ \text{MPa}\]
Déformation : \[\varepsilon = \frac{\Delta L}{L_0} = \frac{0{,}50}{50} = 1{,}0 \times 10^{-2}\] (sans unité, les deux longueurs sont en mm).
Module d'Young : \[E = \frac{\sigma}{\varepsilon} = \frac{2{,}5 \times 10^{7}}{1{,}0 \times 10^{-2}} = 2{,}5 \times 10^{9}\ \text{Pa} = 2{,}5\ \text{GPa}\] C'est un plastique rigide, mais environ 80 fois moins rigide que l'acier.

Exemple 2 : lire une courbe d'ATG

On chauffe sous azote 20,0 mg de granulés de PP chargé. La masse passe à 19,8 mg vers 100 °C, puis chute fortement entre 400 °C et 480 °C et se stabilise à 6,0 mg jusqu'à 600 °C. Interprète et calcule le taux de charge.

Voir la solution

Vers 100 °C, la perte de 0,2 mg correspond à l'humidité : \(\dfrac{0{,}2}{20{,}0} = 1\ \%\).

Entre 400 et 480 °C, le polypropylène se décompose en gaz. La masse qui reste (6,0 mg) est minérale : c'est la charge.

\[\text{taux de charge} = \frac{6{,}0}{20{,}0} \times 100 = 30\ \%\]

Masse de polymère : \(20{,}0 - 0{,}2 - 6{,}0 = 13{,}8\ \text{mg}\), soit \(\dfrac{13{,}8}{20{,}0} \times 100 = 69\ \%\). Vérification : \(1 + 30 + 69 = 100\ \%\).

Exemple 3 : identifier un plastique avec l'IR et la DSC

Kadiatou analyse un échantillon transparent. Son spectre IR montre une bande intense vers 1715 cm⁻¹ en plus des bandes C–H. Sa DSC montre une marche vers 75 °C et un pic de fusion vers 255 °C. Est-ce du polyéthylène ou du PET ?

Voir la solution

Le PE ne contient que des liaisons C–C et C–H : il n'a pas de bande C=O. La bande vers 1715 cm⁻¹ indique une liaison C=O, présente dans le groupe ester du PET.

La DSC confirme : une \(T_g\) vers 75 °C et une fusion vers 255 °C correspondent au PET, semi-cristallin. Le PEHD fondrait vers 130 °C. Conclusion : c'est du PET. Il est transparent parce qu'il a été refroidi vite et est resté surtout amorphe, comme dans une bouteille.

Erreurs fréquentes

  • Oublier de convertir les mm² en m² dans \(\sigma = F/S\) : on obtient un résultat faux d'un facteur \(10^{6}\).
  • Calculer un module d'Young avec des points pris après la limite élastique : \(E\) ne se calcule que dans la partie droite (proportionnelle) de la courbe.
  • Croire qu'un polymère amorphe a une température de fusion nette : il ramollit progressivement au-dessus de \(T_g\).
  • Penser que le résidu d'ATG est du polymère : sous azote à haute température, le polymère est parti en gaz ; ce qui reste est surtout minéral.
  • Dire qu'un plastifiant rend un plastique « plus solide » : il le rend plus souple en abaissant \(T_g\).

Récapitulatif

  • Amorphe : chaînes en désordre, seulement une \(T_g\). Semi-cristallin : zones ordonnées, une \(T_g\) et une \(T_m\), avec \(T_g \lt T_m\).
  • \(\sigma = F/S\), \(\varepsilon = \Delta L / L_0\), \(E = \sigma/\varepsilon\) dans le domaine élastique ; résistance = contrainte maximale ; allongement à la rupture = ductilité.
  • Additifs : plastifiants (abaissent \(T_g\)), charges (rigidité, coût), stabilisants (UV, oxygène, chaleur), colorants, retardateurs de flamme.
  • DSC : transitions thermiques ; ATG : pertes de masse et taux de charge ; IR et RMN : identité chimique ; essais mécaniques : rigidité et résistance.
Transition vitreuse \(T_g\)
Température au-dessus de laquelle les parties amorphes deviennent mobiles : le plastique passe de rigide à souple, sans fondre.
Fusion \(T_m\)
Température où les zones cristallines fondent ; n'existe que pour les polymères semi-cristallins.
Module d'Young
\(E = \sigma/\varepsilon\) dans le domaine élastique ; mesure la rigidité, en Pa.
Plastifiant
Additif qui s'intercale entre les chaînes et abaisse \(T_g\) : rend le plastique souple.
DSC
Mesure du flux de chaleur au chauffage : marche à \(T_g\), pic exo de cristallisation, pic endo de fusion.
ATG
Suivi de la masse au chauffage : humidité, décomposition, résidu minéral (charges).

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