Propriétés et caractérisation : lire les courbes DSC, ATG, IR et de traction

TlePhysique-ChimieLes matières plastiquesPropriétés et caractérisation~13 min de lecture

Propriétés et caractérisation : lire les courbes DSC, ATG, de traction et les spectres IR

On reconnaît et on choisit une matière plastique grâce à ses températures caractéristiques (Tg, Tm), à sa réponse mécanique et à ses additifs, que l'on mesure en lisant des courbes d'analyse.

Au bac comme au laboratoire, on ne te demande pas seulement de réciter : on te donne une courbe et on te demande de l'exploiter. Ce cours est un guide de lecture : pour chaque méthode d'analyse, on voit ce qu'elle mesure, comment lire la courbe pas à pas et quelle propriété on en déduit. Les deux autres cours du chapitre présentent les notions par des analogies et par des études de cas ; ici, on s'entraîne à la lecture des documents.

Objectifs

  • Définir la température de transition vitreuse \(T_g\) et la température de fusion \(T_m\), et savoir à quel type de polymère elles s'appliquent.
  • Calculer contrainte, déformation et module d'Young à partir d'un essai de traction.
  • Expliquer le rôle des principaux additifs (plastifiants, charges, stabilisants…).
  • Lire une courbe de DSC (calorimétrie différentielle à balayage) et calculer un taux de cristallinité.
  • Lire une courbe d'ATG (analyse thermogravimétrique) et en déduire un taux de charge.
  • Utiliser un spectre IR (et savoir ce qu'apporte la RMN) pour identifier un polymère.

Notions clés, méthode par méthode

Étape 1 : le comportement thermique, Tg et Tm

  • Les zones amorphes (chaînes désordonnées) présentent une température de transition vitreuse \(T_g\) : en dessous, elles sont figées, le matériau est rigide et souvent cassant (état vitreux) ; au-dessus, les chaînes peuvent bouger, le matériau devient souple, caoutchouteux.
  • Les zones cristallines (chaînes ordonnées) présentent une température de fusion \(T_m\) : elles fondent et le matériau devient liquide visqueux. On a toujours \(T_g < T_m\).
  • Un polymère amorphe n'a qu'une \(T_g\) ; un polymère semi-cristallin a une \(T_g\) et une \(T_m\) ; un thermodurcissable (réticulé) ne fond pas : chauffé fortement, il se décompose.
PolymèreOrdre de grandeur de \(T_g\)Conséquence à température ambiante
Polystyrène (PS)environ 100 °Cen dessous de \(T_g\) : rigide et cassant (barquettes, boîtiers)
Polyéthylène (PE)bien inférieure à 0 °Cau-dessus de \(T_g\) : zones amorphes souples (sachets, bidons)
PETenviron 70 à 80 °Crigide à l'ambiante, se déforme dans l'eau bouillante

Un polymère totalement amorphe présente, quand on le chauffe :

  1. une température de fusion seulement
  2. une \(T_g\) et une \(T_m\)
  3. une température de transition vitreuse seulement
  4. aucune transition
Sans zones cristallines, il n'y a rien à fondre au sens strict : seule la transition vitreuse des zones amorphes apparaît.

Étape 2 : le comportement mécanique, l'essai de traction

On tire sur une éprouvette de longueur initiale \(L_0\) et de section \(S\), et on mesure la force \(F\) et l'allongement \(\Delta L\).

\[ \sigma = \frac{F}{S} \qquad \varepsilon = \frac{\Delta L}{L_0} \qquad E = \frac{\sigma}{\varepsilon}\ \ \text{(dans la partie élastique, linéaire)} \]
  • \(\sigma\) : contrainte, en pascals (\(\text{Pa}\)) ; on utilise souvent le mégapascal, \(1\ \text{MPa} = 10^{6}\ \text{Pa}\).
  • \(\varepsilon\) : déformation, sans unité (ou en %).
  • \(E\) : module d'Young : plus il est grand, plus le matériau est rigide.
  • Résistance à la rupture \(\sigma_r\) : contrainte au moment de la casse ; allongement à la rupture : déformation à la casse (grand pour un matériau ductile, faible pour un matériau fragile).
Courbe contrainte en fonction de la déformation : une partie droite élastique dont la pente est le module d'Young, puis une partie plastique jusqu'au point de rupture ε σ ✕ pente = E élastique plastique rupture
Allure d'une courbe de traction d'un thermoplastique ductile.

Sur la partie droite de la courbe de traction, la pente représente :

  1. le module d'Young
  2. la résistance à la rupture
  3. la température de transition vitreuse
  4. l'allongement à la rupture
Dans la zone élastique, \(\sigma = E\,\varepsilon\) : la pente de la droite est le module d'Young \(E\).

Étape 3 : les additifs

AdditifRôleExemple d'usage
PlastifiantPetites molécules qui s'intercalent entre les chaînes : elles abaissent \(T_g\) et rendent le matériau souplePVC souple des tuyaux d'arrosage et des gaines de câbles
ChargePoudre minérale (craie, talc) ou fibres (verre) : rigidité, résistance, coût réduitPièces techniques, polypropylène renforcé
StabilisantProtège contre la chaleur et les UVMobilier de jardin, bâches
AntioxydantRalentit l'oxydation des chaînesFilms, emballages
Pigment, colorantDonne la couleurSeaux, bassines colorées
IgnifugeantRetarde l'inflammationBoîtiers électriques

On ajoute un plastifiant à du PVC. Que devient sa température de transition vitreuse ?

  1. Elle augmente : le PVC devient plus rigide
  2. Elle diminue : le PVC devient plus souple
  3. Elle disparaît et le PVC devient réticulé
  4. Elle devient égale à la température de fusion
Les molécules de plastifiant écartent les chaînes et facilitent leurs mouvements : \(T_g\) baisse, souvent sous la température ambiante, et le PVC devient souple.

Étape 4 : lire une courbe de DSC

La courbe donne le flux de chaleur en fonction de la température. Ici, on adopte la convention « phénomène endothermique vers le bas » (vérifie toujours la convention indiquée sur le document).

Courbe de DSC d'un polymère semi-cristallin : un décrochement de la ligne de base à Tg puis un pic endothermique vers le bas à Tm Température Flux de chaleur Tg Tm aire = ΔHm

1. Un simple décrochement (marche) de la ligne de base signale la transition vitreuse : on lit \(T_g\) au milieu de la marche.

2. Un pic endothermique signale la fusion des zones cristallines : on lit \(T_m\) au sommet du pic.

3. L'aire du pic donne l'enthalpie de fusion \(\Delta H_m\) de l'échantillon, qui sert à calculer le taux de cristallinité.

\[ \chi = \frac{\Delta H_m}{\Delta H_m^{0}} \]

où \(\Delta H_m^{0}\) est l'enthalpie de fusion du même polymère supposé 100 % cristallin (valeur donnée dans l'énoncé). S'il apparaît aussi un pic exothermique entre \(T_g\) et \(T_m\), c'est une cristallisation pendant le chauffage.

Sur une courbe de DSC, la transition vitreuse se reconnaît à :

  1. un pic endothermique fin
  2. un pic exothermique
  3. une perte de masse
  4. un décrochement de la ligne de base
À \(T_g\), la capacité thermique change : la ligne de base se décale en marche d'escalier, sans pic. Les pics correspondent à la fusion (endothermique) ou à la cristallisation (exothermique) ; une perte de masse se lit en ATG.

Étape 5 : l'ATG, la spectroscopie IR et la RMN

  • ATG (analyse thermogravimétrique) : masse de l'échantillon en fonction de la température. Une chute de masse signale un départ d'eau ou de matières volatiles, puis la décomposition du polymère ; le résidu final correspond aux charges minérales (fibres de verre, craie…) qui ne se décomposent pas dans la gamme de températures étudiée.
  • Spectroscopie IR : chaque type de liaison absorbe à un nombre d'onde caractéristique ; on repère les groupes caractéristiques du motif. Repères usuels : liaisons \(\ce{C-H}\) vers \(2\,800\) à \(3\,000\ \text{cm}^{-1}\) ; \(\ce{C=O}\) vers \(1\,650\) à \(1\,750\ \text{cm}^{-1}\) (ester vers le haut de cette plage, amide vers le bas) ; \(\ce{N-H}\) vers \(3\,300\ \text{cm}^{-1}\) ; \(\ce{O-H}\) large vers \(3\,200\) à \(3\,500\ \text{cm}^{-1}\).
  • RMN du proton : renseigne sur les différents environnements des atomes d'hydrogène ; elle confirme la structure du motif et permet de mesurer la composition d'un copolymère.
  • Essais mécaniques (traction, choc, dureté) : ils mesurent directement les propriétés d'usage.
flowchart LR
Q[Que veut on savoir] --> B[Transitions et cristallinite donc DSC]
Q --> C[Stabilite et taux de charge donc ATG]
Q --> D[Groupes caracteristiques donc IR et RMN]
Q --> E[Rigidite et resistance donc traction]

Pour déterminer la proportion de fibres de verre dans une pièce en polymère, quelle méthode est la plus adaptée ?

  1. La spectroscopie IR
  2. L'ATG
  3. La DSC
  4. La RMN du proton
L'ATG pèse l'échantillon : le polymère se décompose et part, les fibres de verre restent ; la masse du résidu donne leur proportion.

Exemples résolus : exploiter un document

Exemple 1 : taux de cristallinité par DSC

Un échantillon de PET issu d'une bouteille est analysé en DSC. On lit : une marche vers \(75\ ^{\circ}\text{C}\), un pic endothermique de sommet \(255\ ^{\circ}\text{C}\) dont l'aire correspond à \(\Delta H_m = 42\ \text{J}\cdot\text{g}^{-1}\) ; aucun pic exothermique. Donnée de l'énoncé : \(\Delta H_m^{0} = 140\ \text{J}\cdot\text{g}^{-1}\). Exploite la courbe.

La marche vers \(75\ ^{\circ}\text{C}\) est la transition vitreuse : \(T_g \approx 75\ ^{\circ}\text{C}\).
Le pic endothermique est la fusion des zones cristallines : \(T_m \approx 255\ ^{\circ}\text{C}\). Il y a donc des zones cristallines : le PET est semi-cristallin.
\[ \chi = \frac{\Delta H_m}{\Delta H_m^{0}} = \frac{42}{140} = 0{,}30 \]
Conclusion : environ 30 % du PET est cristallin. Comme \(T_g\) est inférieure à \(100\ ^{\circ}\text{C}\), la bouteille ne convient pas à l'eau bouillante.

Exemple 2 : taux de charge par ATG

Un échantillon de \(20{,}0\ \text{mg}\) de polypropylène renforcé est chauffé sous azote. Sa masse reste constante jusque vers \(350\ ^{\circ}\text{C}\), chute fortement, puis se stabilise à \(6{,}0\ \text{mg}\) au-delà de \(500\ ^{\circ}\text{C}\) jusqu'à \(600\ ^{\circ}\text{C}\). Quel est le taux massique de fibres de verre ?

Voir la solution

La chute de masse correspond à la décomposition du polypropylène, qui part sous forme de produits volatils. Le résidu stable est formé des fibres de verre, qui ne se décomposent pas à ces températures.

\[ w = \frac{m_{\text{résidu}}}{m_0} = \frac{6{,}0}{20{,}0} = 0{,}30 \]

La pièce contient environ 30 % en masse de fibres de verre, et le polypropylène commence à se décomposer vers \(350\ ^{\circ}\text{C}\) dans ces conditions.

Exemple 3 : module d'Young et résistance à la rupture

Une éprouvette en polymère, de section rectangulaire \(4{,}0\ \text{mm} \times 10{,}0\ \text{mm}\) et de longueur utile \(L_0 = 50{,}0\ \text{mm}\), est tirée. Dans la partie élastique, une force de \(400\ \text{N}\) produit un allongement de \(0{,}20\ \text{mm}\). L'éprouvette casse sous \(2\,200\ \text{N}\). Calcule \(E\) et \(\sigma_r\).

Section : \[ S = 4{,}0 \times 10{,}0 = 40\ \text{mm}^2 = 40 \times 10^{-6}\ \text{m}^2 = 4{,}0 \times 10^{-5}\ \text{m}^2 \]
Contrainte et déformation : \[ \sigma = \frac{400}{4{,}0 \times 10^{-5}} = 1{,}0 \times 10^{7}\ \text{Pa} = 10\ \text{MPa} \qquad \varepsilon = \frac{0{,}20}{50{,}0} = 4{,}0 \times 10^{-3} \]
Module d'Young : \[ E = \frac{\sigma}{\varepsilon} = \frac{1{,}0 \times 10^{7}}{4{,}0 \times 10^{-3}} = 2{,}5 \times 10^{9}\ \text{Pa} = 2{,}5\ \text{GPa} \]
Résistance à la rupture : \[ \sigma_r = \frac{2\,200}{4{,}0 \times 10^{-5}} = 5{,}5 \times 10^{7}\ \text{Pa} = 55\ \text{MPa} \]

Exemple 4 : identifier un polymère par IR

Trois films transparents A, B et C sont en PE, en PET ou en nylon 6,6 (on ne sait pas lequel est lequel). Spectre de A : seulement des bandes \(\ce{C-H}\) vers \(2\,900\ \text{cm}^{-1}\). Spectre de B : bande forte vers \(1\,720\ \text{cm}^{-1}\), aucune bande vers \(3\,300\ \text{cm}^{-1}\). Spectre de C : bande vers \(3\,300\ \text{cm}^{-1}\) et bande forte vers \(1\,640\ \text{cm}^{-1}\). Identifie-les.

Voir la solution

A ne possède que des liaisons \(\ce{C-H}\) (et \(\ce{C-C}\)) : c'est le polyéthylène, dont le motif est \(\mathrm{CH_2{-}CH_2}\).

B a une liaison \(\ce{C=O}\) sans \(\ce{N-H}\) : c'est un ester, donc le PET.

C a une liaison \(\ce{N-H}\) et une liaison \(\ce{C=O}\) vers le bas de la plage : c'est un amide, donc le nylon 6,6.

QCM d'entraînement (une seule bonne réponse)

1. Une éprouvette subit une contrainte de \(20\ \text{MPa}\) pour une déformation de \(0{,}010\) dans sa zone élastique. Son module d'Young vaut :

  1. \(0{,}2\ \text{MPa}\)
  2. \(200\ \text{MPa}\)
  3. \(2\,000\ \text{MPa}\)
  4. \(20\,000\ \text{MPa}\)
\( E = \dfrac{\sigma}{\varepsilon} = \dfrac{20}{0{,}010} = 2\,000\ \text{MPa} = 2\ \text{GPa} \).

2. Une courbe de DSC présente un pic endothermique de \(35\ \text{J}\cdot\text{g}^{-1}\) ; pour ce polymère 100 % cristallin, \(\Delta H_m^{0} = 140\ \text{J}\cdot\text{g}^{-1}\). Le taux de cristallinité est :

  1. 25 %
  2. 35 %
  3. 40 %
  4. 75 %
\( \chi = \dfrac{35}{140} = 0{,}25 \), soit 25 %.

3. Un thermodurcissable chauffé en ATG puis en DSC montre :

  1. un pic de fusion net, puis une perte de masse
  2. un pic de fusion, sans perte de masse
  3. ni transition ni perte de masse jusqu'à 1 000 °C
  4. aucun pic de fusion, et une perte de masse à haute température
Réticulé, il ne fond pas : pas de pic de fusion en DSC. À haute température, il se décompose : l'ATG montre une perte de masse.

4. Sur un spectre IR, une bande vers \(3\,300\ \text{cm}^{-1}\) accompagnée d'une bande \(\ce{C=O}\) vers \(1\,640\ \text{cm}^{-1}\) indique plutôt :

  1. un polyester
  2. un polyamide
  3. du polyéthylène
  4. du polystyrène
La bande \(\ce{N-H}\) vers \(3\,300\ \text{cm}^{-1}\) et la bande \(\ce{C=O}\) basse sont la signature de la liaison amide.

Erreurs fréquentes

  • Oublier de convertir les \(\text{mm}^2\) en \(\text{m}^2\) : \(1\ \text{mm}^2 = 10^{-6}\ \text{m}^2\).
  • Calculer \(E\) avec un point situé hors de la partie droite de la courbe.
  • Lire une courbe de DSC sans vérifier la convention (endothermique vers le haut ou vers le bas).
  • Attribuer le résidu d'ATG au polymère : c'est la partie minérale qui reste.

Récapitulatif

  • \(T_g\) (zones amorphes : rigide → souple) et \(T_m\) (zones cristallines : fusion), avec \(T_g < T_m\) ; un thermodurcissable ne fond pas.
  • Traction : \(\sigma = \dfrac{F}{S}\), \(\varepsilon = \dfrac{\Delta L}{L_0}\), \(E = \dfrac{\sigma}{\varepsilon}\) ; \(\sigma_r\) et allongement à la rupture.
  • Plastifiants (baissent \(T_g\)), charges, stabilisants, antioxydants, pigments, ignifugeants.
  • DSC → \(T_g\), \(T_m\), \(\chi = \dfrac{\Delta H_m}{\Delta H_m^{0}}\) ; ATG → décomposition et taux de charge ; IR et RMN → structure du motif.
Tg
Température de transition vitreuse : les zones amorphes passent de rigides à souples.
Tm
Température de fusion des zones cristallines.
Module d'Young
Rapport de la contrainte à la déformation dans la zone élastique ; il mesure la rigidité.
DSC
Mesure le flux de chaleur : Tg (marche), Tm (pic), taux de cristallinité.
ATG
Mesure la masse pendant le chauffage : décomposition, taux de charge.
Plastifiant
Additif qui abaisse Tg et rend le polymère souple.

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