Résilience, sécurité énergétique et chaîne d'approvisionnement

LicenceÉconomie et GestionFais un exposé à partir de ce thème : le carré magique est il mort depuis le covid et la guerre en UkraineRésilience, sécurité énergétique et chaîne d'approvisionnement~10 min de lecture

Au-delà du carré magique : résilience, sécurité énergétique et chaînes d’approvisionnement

Économie et Gestion · Licence — Chapitre : Résilience, sécurité énergétique et chaîne d’approvisionnement.

Les pénuries de 2021 et la crise énergétique et alimentaire de 2022 ont mis en avant un objectif que le carré magique ne nomme pas : la capacité d’une économie à encaisser un choc et à continuer de fonctionner. Ce cours définit cet objectif, montre comment il se mesure et discute s’il remplace ou complète le cadre traditionnel.

Objectifs du cours

  • Définir chaîne d’approvisionnement, goulet d’étranglement, résilience et sécurité énergétique.
  • Expliquer comment une rupture d’approvisionnement se transforme en inflation et en ralentissement de la croissance.
  • Comparer la logique du « juste-à-temps » et celle du « juste-au-cas-où ».
  • Calculer des indicateurs simples : coût d’un stock de sécurité, indice de concentration des fournisseurs, taux de dépendance énergétique, contribution de l’énergie à l’inflation.
  • Discuter en quoi la résilience redéfinit ou complète le carré magique.

Notions clés

1. Chaînes d’approvisionnement et goulets d’étranglement

Une chaîne d’approvisionnement est la suite d’étapes qui mène une marchandise de sa matière première jusqu’au client : extraction, transformation, transport, stockage, distribution. Quand ces étapes sont réparties entre plusieurs pays, on parle de chaîne de valeur mondiale.

Un goulet d’étranglement est le maillon le plus lent ou le plus rare de la chaîne : s’il se bloque, toute la chaîne ralentit. En 2021, la reprise rapide de la demande après les confinements a buté sur des capacités de transport maritime insuffisantes et mal réparties. Le World Container Index de Drewry, qui mesure le coût du transport d’un conteneur de 40 pieds sur les grandes routes maritimes, atteint environ 10 377 dollars en septembre 2021, le pic de la période de la pandémie (Drewry).

2. Juste-à-temps contre juste-au-cas-où

Analogie. Dans de nombreux villages du Sahel, les familles gardent une partie de la récolte de mil dans le grenier pour passer la période de soudure. Ce grain « immobilisé » pourrait être vendu tout de suite, mais il protège la famille si la saison suivante est mauvaise. C’est la logique du juste-au-cas-où.

  • Juste-à-temps : on réduit les stocks au minimum et l’on se fait livrer au moment exact du besoin. Avantages : moins de capital immobilisé, moins de coûts de stockage. Inconvénient : la moindre rupture arrête la production.
  • Juste-au-cas-où : on garde des stocks de sécurité, on multiplie les fournisseurs, on accepte des coûts plus élevés pour réduire le risque de rupture.

Il s’agit d’un arbitrage classique entre efficacité (coût le plus bas en temps normal) et robustesse (capacité à fonctionner en cas de choc). Les chocs de 2020 à 2022 ont augmenté la probabilité perçue des ruptures, ce qui a déplacé cet arbitrage vers la robustesse.

3. La résilience : une notion à trois temps

Une économie ou une entreprise est résiliente si elle peut :

  1. absorber le choc (stocks, réserves financières, capacités de production de secours) ;
  2. s’adapter pendant le choc (changer de fournisseur, de produit ou de mode de transport) ;
  3. se rétablir rapidement après le choc et en tirer des leçons.

Les moyens les plus souvent étudiés sont : la diversification des fournisseurs et des routes, la régionalisation des échanges (produire et commercer davantage avec les pays voisins, objectif notamment de la Zone de libre-échange continentale africaine, ZLECAf), la relocalisation de certaines productions jugées stratégiques et la constitution de stocks stratégiques (carburant, céréales, médicaments).

4. La sécurité énergétique

La sécurité énergétique désigne la disponibilité continue d’énergie à un prix abordable. Elle comporte trois dimensions : la disponibilité physique (avoir assez de carburant, de gaz, d’électricité), l’accessibilité économique (des prix supportables) et la durabilité (sources qui ne s’épuisent pas et qui limitent les émissions).

En 2022, le prix du pétrole Brent atteint en moyenne environ 100 dollars le baril, contre environ 71 dollars en 2021 (U.S. Energy Information Administration). Dans la zone euro, l’énergie contribue à elle seule pour 4,44 points à l’inflation de 10,6 % d’octobre 2022 (Eurostat). Pour les pays importateurs nets de produits pétroliers, un tel choc agit sur trois sommets du carré à la fois :

  • prix : hausse directe des carburants, puis du transport et des produits qui en dépendent ;
  • équilibre extérieur : la facture d’importations augmente ;
  • croissance : les entreprises et les ménages consacrent une plus grande part de leur budget à l’énergie et dépensent moins ailleurs.

Les réponses de long terme étudiées en économie sont la diversification du mix énergétique (solaire, hydroélectricité, gaz domestique), l’efficacité énergétique et l’interconnexion des réseaux électriques entre pays voisins.

5. La sécurité alimentaire, autre maillon stratégique

L’indice FAO des prix des produits alimentaires atteint 159,3 points en mars 2022, son plus haut niveau depuis la création de l’indice en 1990 (FAO). Pour les pays qui importent une partie de leurs céréales, de leurs huiles ou de leurs engrais, la sécurité des approvisionnements alimentaires devient un objectif de politique économique à part entière, au même titre que la sécurité énergétique.

6. Redéfinir ou compléter le carré magique ?

Le carré magique raisonne surtout sur des flux observés pendant une année (croissance, inflation, chômage, solde extérieur). La résilience s’intéresse à des capacités et à des risques : que se passerait-il si un fournisseur, une route ou une source d’énergie disparaissait ? Deux positions peuvent être défendues :

  • La résilience complète le carré : elle n’est pas un objectif final, mais une condition pour atteindre durablement les quatre objectifs classiques. Un pays résilient voit son carré moins se déformer lors d’un choc.
  • La résilience redéfinit le carré : certains auteurs proposent d’ajouter des sommets (sécurité énergétique et alimentaire, environnement, soutenabilité de la dette), ce qui transforme le carré en pentagone ou en hexagone.

Dans les deux cas, il faut garder à l’esprit le coût de la résilience : stocks, doublons de fournisseurs et productions locales plus chères peuvent faire monter les prix et réduire la croissance en temps normal. La résilience est une forme d’assurance : elle se paie avant le sinistre.

Exemples résolus

Exemple 1 — Faut-il un stock de sécurité ? Une boulangerie de Bamako

Énoncé (chiffres fictifs). Une boulangerie de Bamako utilise 20 sacs de farine par jour, à 25 000 F CFA le sac. Elle envisage un stock de sécurité de 30 jours. Le coût du capital est de 10 % par an et le stockage coûte 300 000 F CFA par an. En cas de rupture d’approvisionnement, elle s’arrête 15 jours et perd 400 000 F CFA de marge par jour. Le stock est-il rentable si la probabilité annuelle de rupture est de 20 % ? de 40 % ?

Solution.

\begin{align} \text{Stock : } 20 \times 30 &= 600 \text{ sacs} \\ \text{Valeur immobilisée : } 600 \times 25\,000 &= 15\,000\,000 \text{ F CFA} \\ \text{Coût annuel du stock : } 15\,000\,000 \times 0{,}10 + 300\,000 &= 1\,800\,000 \text{ F CFA} \\ \text{Perte en cas de rupture : } 15 \times 400\,000 &= 6\,000\,000 \text{ F CFA} \\ \text{Perte espérée à } 20\,\% : \; 0{,}20 \times 6\,000\,000 &= 1\,200\,000 \text{ F CFA} \\ \text{Perte espérée à } 40\,\% : \; 0{,}40 \times 6\,000\,000 &= 2\,400\,000 \text{ F CFA} \end{align}

À 20 %, le stock coûte plus cher (1 800 000) que la perte qu’il évite en moyenne (1 200 000) : la logique du juste-à-temps l’emporte. À 40 %, il devient rentable (1 800 000 < 2 400 000). Ce calcul montre pourquoi les chocs de 2020-2022, en relevant la probabilité perçue des ruptures, ont poussé les entreprises vers le juste-au-cas-où.

Exemple 2 — La concentration des fournisseurs

Énoncé (chiffres fictifs). Un pays importe son blé auprès de trois fournisseurs dont les parts sont 70 %, 20 % et 10 %. Calculez l’indice de Herfindahl-Hirschman (IHH), somme des carrés des parts en pourcentage. Recalculez-le si le pays se diversifie avec quatre fournisseurs à 40 %, 30 %, 20 % et 10 %.

Solution.

\[ IHH = \sum_{k} s_k^{2} \] \begin{align} \text{Avant : } 70^2 + 20^2 + 10^2 &= 4\,900 + 400 + 100 = 5\,400 \\ \text{Après : } 40^2 + 30^2 + 20^2 + 10^2 &= 1\,600 + 900 + 400 + 100 = 3\,000 \end{align}

L’indice varie de près de 0 (fournisseurs très nombreux) à 10 000 (un seul fournisseur). La diversification réduit nettement la dépendance, même si 3 000 reste un niveau élevé : selon un seuil conventionnel utilisé par les autorités de la concurrence, on parle de forte concentration au-delà de 2 500.

Exemple 3 — Le taux de dépendance énergétique

Énoncé (chiffres fictifs). Un pays consomme 5,0 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep) d’énergie par an. Il en produit 1,5, en importe 3,7 et en exporte 0,2. Calculez son taux de dépendance énergétique. Que devient-il si de nouvelles centrales solaires portent la production à 2,0 Mtep et réduisent d’autant les importations ?

Solution.

\[ \text{Taux de dépendance} = \frac{\text{importations} - \text{exportations}}{\text{consommation}} \times 100 \] \begin{align} \text{Avant : } \frac{3{,}7 - 0{,}2}{5{,}0} \times 100 &= 70\,\% \\ \text{Après : } \frac{3{,}2 - 0{,}2}{5{,}0} \times 100 &= 60\,\% \end{align}

Le pays reste dépendant, mais une hausse des cours mondiaux pèsera moins sur ses prix et son solde extérieur.

Exemple 4 — La contribution de l’énergie à l’inflation

Énoncé (chiffres fictifs). Dans l’indice des prix d’un pays, l’énergie pèse 10 % du panier. Son prix augmente de 40 % sur un an, les autres prix de 4 %. Calculez la contribution de l’énergie et l’inflation totale (effet de premier tour).

Solution.

\begin{align} \text{Contribution de l’énergie : } 0{,}10 \times 40 &= 4 \text{ points} \\ \text{Contribution du reste : } 0{,}90 \times 4 &= 3{,}6 \text{ points} \\ \text{Inflation totale : } 4 + 3{,}6 &= 7{,}6\,\% \end{align}

Plus de la moitié de l’inflation vient d’un poste qui ne pèse qu’un dixième du panier. C’est l’ordre de grandeur observé en zone euro en octobre 2022 (4,44 points sur 10,6 %). Les effets de second tour (hausse du transport, puis des salaires) peuvent ensuite diffuser ce choc aux autres prix.

Erreurs fréquentes

  • Confondre résilience et autarcie. Être résilient ne signifie pas tout produire soi-même : diversifier ses fournisseurs et ses partenaires régionaux est souvent plus efficace et moins coûteux.
  • Oublier le coût de la résilience. Stocks et doublons coûtent cher en temps normal ; une analyse sérieuse compare ce coût à la perte évitée.
  • Confondre sécurité énergétique et indépendance énergétique. Un pays peut importer beaucoup d’énergie tout en étant en sécurité si ses sources sont variées et fiables.
  • Réduire le choc énergétique à l’inflation. Il touche aussi la croissance et le solde extérieur, donc trois sommets du carré.
  • Additionner des pourcentages sans pondération. La contribution d’un poste à l’inflation est sa hausse de prix multipliée par son poids dans le panier.
  • Présenter un chiffre de crise comme une tendance durable. Les pics de 2021-2022 (fret, énergie, alimentation) ont été suivis de baisses : il faut toujours préciser la période.

Récapitulatif

  • Les ruptures de 2021 (transport maritime) et la crise de 2022 (énergie, alimentation) ont montré la fragilité des chaînes d’approvisionnement très optimisées.
  • La résilience consiste à absorber un choc, s’adapter et se rétablir ; elle passe par la diversification, la régionalisation, les stocks stratégiques et la relocalisation ciblée.
  • La sécurité énergétique combine disponibilité, accessibilité des prix et durabilité ; un choc énergétique touche à la fois les prix, la croissance et le solde extérieur.
  • La résilience a un coût : c’est une assurance, à comparer aux pertes qu’elle évite.
  • Elle complète le carré magique comme condition de sa stabilité, et certains proposent d’en faire un nouveau sommet.

Sources des chiffres cités

  • Drewry, World Container Index : environ 10 377 dollars par conteneur de 40 pieds en septembre 2021, pic de la période de pandémie.
  • U.S. Energy Information Administration, Today in Energy (janvier 2023) : prix spot du Brent d’environ 100 dollars le baril en moyenne en 2022 ; environ 71 dollars en 2021.
  • Eurostat, communiqué du 17 novembre 2022 : inflation de la zone euro de 10,6 % en octobre 2022, dont 4,44 points dus à l’énergie.
  • FAO, communiqué du 8 avril 2022 : indice des prix des produits alimentaires à 159,3 points en mars 2022, plus haut niveau depuis 1990.

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