Syntaxe, sémantique et pragmatique de l’interrogation

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Syntaxe, sémantique et pragmatique de l’interrogation

Une question se construit de plusieurs façons (syntaxe), demande quelque chose de précis (sémantique) et sert parfois à tout autre chose qu’à obtenir une information (pragmatique).

Objectifs

  • Distinguer l’interrogation totale et l’interrogation partielle.
  • Reconnaître les trois constructions de l’interrogation directe (intonation, « est-ce que », inversion du sujet) et leur niveau de langue.
  • Passer de l’interrogation directe à l’interrogation indirecte sans faute.
  • Identifier les mots interrogatifs et ce sur quoi porte la question.
  • Comprendre qu’une phrase interrogative peut exprimer un ordre, une demande polie, un reproche ou une affirmation (question rhétorique).

Trois regards sur une même question

Pour étudier l’interrogation, on la regarde sous trois angles, comme un bâtiment que l’on observe sous trois faces :

  • la syntaxe : comment la phrase est construite (ordre des mots, mots interrogatifs, ponctuation) ;
  • la sémantique : ce que la question demande (une réponse par oui ou non, une information précise, un choix) ;
  • la pragmatique : ce que le locuteur veut réellement faire en parlant, dans une situation donnée.
flowchart LR
Q[Une phrase interrogative] --> S[Syntaxe : la construction]
Q --> M[Sémantique : ce qui est demandé]
Q --> P[Pragmatique : l intention]
S --> S1[Intonation, est-ce que, inversion]
M --> M1[Totale, partielle, alternative]
P --> P1[Information, ordre, reproche, rhétorique]

1. La syntaxe de l’interrogation

1.1 Interrogation totale et interrogation partielle

L’interrogation totale porte sur toute la phrase : on attend oui, non (ou si après une question négative). Elle ne contient pas de mot interrogatif.

L’interrogation partielle porte sur une partie seulement de la phrase : on attend une information précise. Elle commence par un mot interrogatif :

  • pronoms interrogatifs : qui, que, quoi, lequel, laquelle, lesquels… (« Qui a gagné ? ») ;
  • déterminant interrogatif : quel, quelle, quels, quelles (« Quel livre lis-tu ? ») ;
  • adverbes interrogatifs : où, quand, comment, pourquoi, combien (« Combien coûte ce pagne ? »).

1.2 Les trois constructions de l’interrogation directe

ConstructionExempleNiveau de langue
Intonation montante seule (ordre sujet-verbe conservé)Tu viens ? / Tu viens quand ?familier, surtout à l’oral
Locution « est-ce que » (« qu’est-ce que » en partielle)Est-ce que tu viens ? / Où est-ce que tu habites ?courant
Inversion simple du sujet pronomViens-tu ? / Où habites-tu ?soutenu
Inversion complexe (sujet nom repris par un pronom)Awa vient-elle ? / Pourquoi Moussa est-il absent ?soutenu

À l’écrit, l’interrogation directe se termine toujours par un point d’interrogation. Dans l’inversion, le verbe et le pronom sujet sont reliés par un trait d’union. Quand le verbe se termine par une voyelle devant il, elle, on, on ajoute un -t- euphonique : « Aime-t-il le foot ? », « Va-t-elle à Dakar ? ».

1.3 Interrogation directe et interrogation indirecte

L’interrogation indirecte est une proposition subordonnée complément d’un verbe comme demander, se demander, savoir, ignorer, vouloir savoir. Ses règles :

  • pas de point d’interrogation (sauf si la phrase principale est elle-même une question) ;
  • pas d’inversion du sujet, pas de « est-ce que » ;
  • l’interrogation totale est introduite par si ;
  • qu’est-ce que devient ce que, qu’est-ce qui devient ce qui ; les autres mots interrogatifs restent (où, quand, qui, pourquoi…) ;
  • après un verbe introducteur au passé, les temps et les pronoms s’adaptent (concordance des temps).

Exemple résolu

Transforme en interrogation indirecte introduite par « Le professeur demande… » puis « Le professeur a demandé… » : « Qu’est-ce que vous lisez ? »

Étape 1 : repérer le type de question. Elle commence par « qu’est-ce que » : c’est une interrogation partielle portant sur le complément d’objet (la chose lue).
Étape 2 : remplacer « qu’est-ce que » par « ce que », supprimer le point d’interrogation : « Le professeur demande ce que nous lisons. » (le « vous » de l’élève qui rapporte devient « nous »).
Étape 3 : verbe introducteur au passé, donc concordance des temps : le présent devient imparfait. « Le professeur a demandé ce que nous lisions. »

À toi : transforme « Seydou viendra-t-il demain ? » en commençant par « Je me demande… ».

Voir la solution

C’est une interrogation totale (réponse oui ou non) : on l’introduit par si, on supprime l’inversion et le point d’interrogation : « Je me demande si Seydou viendra demain. »

Quelle phrase est une interrogation indirecte correcte ?

  1. Je voudrais savoir qu’est-ce que tu manges.
  2. Dis-moi où est-ce que tu habites ?
  3. Kofi ignore pourquoi le bus est en retard.
En interrogation indirecte, pas de « qu’est-ce que » ni de « est-ce que », pas de point d’interrogation : seule la phrase 3 respecte ces règles.

« Pourquoi Nadia est-elle en retard ? » est construite avec…

  1. une inversion simple
  2. une inversion complexe
  3. la locution est-ce que
Le sujet est un nom (Nadia), repris après le verbe par le pronom « elle » : c’est l’inversion complexe, de niveau soutenu.

2. La sémantique de l’interrogation : que demande-t-on ?

Le sens d’une question dépend de ce sur quoi elle porte :

  • Question totale : elle porte sur la vérité de toute la phrase. Réponse : oui, non, peut-être.
  • Question partielle : elle porte sur un seul élément (le sujet, le lieu, le temps, la manière, la cause, la quantité…). Le mot interrogatif indique la fonction de l’élément cherché : qui pour une personne, où pour un lieu, quand pour le temps, pourquoi pour la cause, combien pour la quantité.
  • Question alternative : elle propose un choix entre deux ou plusieurs éléments reliés par ou.
  • Question orientée : sa forme laisse deviner la réponse attendue. « Tu ne viens pas ? » attend plutôt une réponse négative ; si l’on veut répondre positivement, on dit si et non oui. « Tu viens, n’est-ce pas ? » attend une confirmation.

Exemple résolu

Dans « Quand Diallo a-t-elle soutenu sa thèse à Ouagadougou ? », sur quoi porte la question ?

Voir la solution

C’est une interrogation partielle introduite par l’adverbe quand : elle porte sur le complément circonstanciel de temps. Le reste de l’information (Diallo a soutenu une thèse, à Ouagadougou) est présenté comme déjà connu. Une réponse possible : « En 2024. »

À la question « Tu n’as pas vu mon cahier ? », on veut dire qu’on l’a vu. On répond…

  1. Si, il est sur la table.
  2. Oui, il est sur la table.
  3. Non, il est sur la table.
Après une question négative, une réponse positive se fait avec « si ». « Oui » serait incorrect en français soigné, et « non » voudrait dire qu’on ne l’a pas vu.

3. La pragmatique de l’interrogation : que veut-on faire ?

La pragmatique étudie le langage en situation. Une phrase de forme interrogative réalise un acte de langage qui n’est pas toujours une vraie demande d’information. C’est le contexte (qui parle, à qui, où, sur quel ton) qui permet de comprendre l’intention :

  • Vraie question : on cherche une information qu’on ignore. « Où se trouve la gare routière ? »
  • Demande polie ou ordre adouci : « Peux-tu fermer la fenêtre ? » On n’attend pas « oui, je peux », mais que la fenêtre soit fermée.
  • Reproche ou indignation : « Tu crois que c’est une heure pour rentrer ? »
  • Question rhétorique (ou oratoire) : le locuteur connaît la réponse et la fait admettre à l’auditoire ; c’est une affirmation déguisée. « Qui n’aime pas l’attiéké ? » signifie « Tout le monde aime l’attiéké ».
  • Invitation, proposition : « Tu prends un verre de bissap ? »
  • Question pour vérifier ou relancer : un professeur demande « Quelle est la capitale du Mali ? » alors qu’il connaît la réponse : il évalue l’élève.

Exemple résolu : analyser une réplique de théâtre

Dans Le Cid de Corneille, don Diègue demande à son fils : « Rodrigue, as-tu du cœur ? ». Analyse cette question sous les trois angles.

Syntaxe : interrogation directe totale, construite par inversion simple du pronom sujet (« as-tu »), avec trait d’union et point d’interrogation ; niveau soutenu.
Sémantique : elle porte sur toute la phrase, la réponse attendue est oui ou non (« as-tu du courage ? »).
Pragmatique : le père ne doute pas vraiment ; il met son fils à l’épreuve et le pousse à agir pour venger l’honneur de la famille. La question sert de défi et de préparation à un ordre.

À toi : quelle est la valeur de la question de la commerçante qui dit à un client qui marchande trop : « Vous voulez que je vous donne la marchandise gratuitement ? »

Voir la solution

C’est une question rhétorique à valeur de protestation (ou d’ironie) : la commerçante ne demande rien, elle affirme que le prix proposé est trop bas et refuse de baisser davantage.

« Pouvez-vous me passer le sel ? » dit à table : quelle est la valeur principale de cette question ?

  1. Une vraie question sur les capacités de la personne
  2. Une demande polie, un ordre adouci
  3. Une question rhétorique
On n’attend pas « oui, je peux » mais le geste : la forme interrogative sert à adoucir la demande, par politesse.

« Qui ne voudrait pas réussir son examen ? » est…

  1. une interrogation partielle qui attend un nom de personne
  2. une interrogation indirecte
  3. une question rhétorique équivalant à « Tout le monde veut réussir »
La réponse est évidente et le locuteur ne l’attend pas : il affirme une idée sous forme de question, c’est une question rhétorique.

Erreurs fréquentes

  • Cumuler deux marques d’interrogation : « Est-ce que tu viens-tu ? » → « Est-ce que tu viens ? » ou « Viens-tu ? ».
  • Oublier le -t- euphonique : « Mange-il ? » → « Mange-t-il ? ».
  • Garder « qu’est-ce que » ou le point d’interrogation dans une interrogation indirecte : « Il demande qu’est-ce que tu veux ? » → « Il demande ce que tu veux. »
  • Répondre « oui » à une question négative pour dire oui : on répond « si ».
  • Croire que toute phrase avec un point d’interrogation demande une information : penser à la question rhétorique et à la demande polie.

Récapitulatif

  • Syntaxe : interrogation totale (sans mot interrogatif) ou partielle (avec un mot interrogatif) ; directe (intonation, « est-ce que », inversion simple ou complexe) ou indirecte (subordonnée après un verbe comme « demander », introduite par si, ce que, ce qui, où, quand…).
  • Sémantique : la question porte sur toute la phrase, sur un élément précis, ou propose un choix ; elle peut être orientée vers une réponse.
  • Pragmatique : selon la situation, une question peut demander une information, adoucir un ordre, faire un reproche, inviter ou affirmer (question rhétorique).
Interrogation totale
Porte sur toute la phrase, sans mot interrogatif ; réponse oui, non ou si. Ex. : Viens-tu ?
Interrogation partielle
Porte sur un élément, introduite par un mot interrogatif (qui, quel, où, quand, comment, pourquoi, combien).
Inversion complexe
Le sujet nom est repris après le verbe par un pronom : Awa vient-elle ? Niveau soutenu.
Interrogation indirecte
Subordonnée après demander, savoir… ; pas d’inversion ni de point d’interrogation ; si, ce que, ce qui.
Question rhétorique
Fausse question dont la réponse est évidente : c’est une affirmation déguisée pour convaincre.
Pragmatique
Étude de l’intention en situation : une question peut être un ordre poli, un reproche, une invitation.

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