Électronégativité, polarité des liaisons et des molécules

1èrePhysique-ChimieStructure des entités et propriétés de la matièreÉlectronégativité, polarité des liaisons et des molécules~10 min de lecture

Électronégativité, polarité des liaisons et des molécules

Dans une liaison, deux atomes se « disputent » le doublet d'électrons comme deux équipes au tir à la corde : le plus électronégatif tire plus fort, la liaison devient polarisée, et selon la forme de la molécule, ces tirs s'additionnent (molécule polaire) ou s'annulent (molécule apolaire).

Objectifs

  • Définir l'électronégativité \(\chi\) d'un atome et connaître son évolution dans le tableau périodique.
  • Déterminer si une liaison covalente est polarisée à l'aide de la différence d'électronégativité \(\Delta\chi\) et placer les charges partielles \(\delta^+\) et \(\delta^-\).
  • Utiliser la géométrie d'une molécule pour décider si elle est polaire ou apolaire.
  • Relier la polarité aux propriétés de la matière (solubilité, mélange eau-huile).

1. L'électronégativité d'un atome

Notions clés

L'électronégativité d'un élément, notée \(\chi\) (lettre grecque « khi »), traduit sa capacité à attirer vers lui le doublet d'électrons d'une liaison covalente qu'il forme avec un autre atome. C'est un nombre sans unité ; l'échelle la plus utilisée est celle de Pauling.

Quelques électronégativités (échelle de Pauling)
ÉlémentHCNOFNaSCl
\(\chi\)\(2{,}20\)\(2{,}55\)\(3{,}04\)\(3{,}44\)\(3{,}98\)\(0{,}93\)\(2{,}58\)\(3{,}16\)

Dans le tableau périodique (gaz nobles exceptés) :

  • l'électronégativité augmente de gauche à droite dans une même ligne (période) ;
  • elle augmente de bas en haut dans une même colonne (famille).

Le fluor F, en haut à droite, est l'élément le plus électronégatif ; les métaux alcalins (Na, K…), à gauche, sont très peu électronégatifs.

Lequel de ces éléments attire le plus fortement le doublet d'une liaison ?

  1. Le carbone C
  2. L'hydrogène H
  3. L'oxygène O
  4. Le sodium Na
L'oxygène a la plus grande électronégativité de la liste : \(\chi(\mathrm{O}) = 3{,}44\), contre \(2{,}55\) pour C, \(2{,}20\) pour H et \(0{,}93\) pour Na.

2. Liaison polarisée et charges partielles

Notions clés

Pour une liaison entre deux atomes A et B, on calcule la différence d'électronégativité :

\[\Delta\chi = \left|\chi(\mathrm{A}) - \chi(\mathrm{B})\right|\]
  • Si \(\Delta\chi\) est très faible (on retient en pratique \(\Delta\chi < 0{,}4\)), le doublet reste à peu près au milieu : la liaison est dite non polarisée (exemples : \(\ce{H-H}\), \(\ce{Cl-Cl}\), et en pratique \(\ce{C-H}\)).
  • Si \(\Delta\chi \geq 0{,}4\), le doublet est déplacé vers l'atome le plus électronégatif : la liaison est polarisée.
  • Si \(\Delta\chi\) est très grand (au-delà d'environ \(1{,}7\)), un électron est pratiquement transféré : on parle plutôt de liaison ionique (exemple : le sel \(\ce{NaCl}\), formé d'ions \(\ce{Na+}\) et \(\ce{Cl-}\)).

Dans une liaison polarisée, l'atome le plus électronégatif porte une charge partielle négative \(\delta^-\), l'autre une charge partielle positive \(\delta^+\). Ces charges sont des fractions de la charge élémentaire \(e\) : ce ne sont pas des ions.

\[\overset{\delta^+}{\mathrm{H}}-\overset{\delta^-}{\mathrm{Cl}}\]

Exemple résolu 1 : la liaison \(\ce{H-Cl}\)

La liaison entre l'hydrogène et le chlore dans le chlorure d'hydrogène \(\ce{HCl}\) est-elle polarisée ? Si oui, place les charges partielles.

On relève les électronégativités : \(\chi(\mathrm{H}) = 2{,}20\) et \(\chi(\mathrm{Cl}) = 3{,}16\).
On calcule l'écart : \[\Delta\chi = \left|3{,}16 - 2{,}20\right| = 0{,}96\]
Comme \(0{,}96 \geq 0{,}4\), la liaison est polarisée.
Le chlore est le plus électronégatif : il porte \(\delta^-\) et l'hydrogène porte \(\delta^+\) : \(\overset{\delta^+}{\mathrm{H}}-\overset{\delta^-}{\mathrm{Cl}}\).

Exemple résolu 2 : à toi de chercher

Classe les liaisons \(\ce{C-H}\), \(\ce{O-H}\) et \(\ce{C-Cl}\) de la moins polarisée à la plus polarisée.

Voir la solution \begin{align} \Delta\chi(\ce{C-H}) &= \left|2{,}55 - 2{,}20\right| = 0{,}35\\ \Delta\chi(\ce{C-Cl}) &= \left|3{,}16 - 2{,}55\right| = 0{,}61\\ \Delta\chi(\ce{O-H}) &= \left|3{,}44 - 2{,}20\right| = 1{,}24 \end{align}

Ordre : \(\ce{C-H}\) (pratiquement non polarisée, car \(0{,}35 < 0{,}4\)), puis \(\ce{C-Cl}\), puis \(\ce{O-H}\), la plus polarisée. Dans \(\ce{O-H}\), l'oxygène porte \(\delta^-\) ; dans \(\ce{C-Cl}\), c'est le chlore.

Dans la liaison \(\ce{N-H}\) (\(\chi(\mathrm{N}) = 3{,}04\), \(\chi(\mathrm{H}) = 2{,}20\)), où se trouve la charge partielle négative ?

  1. Sur l'hydrogène
  2. Sur l'azote
  3. Nulle part, la liaison n'est pas polarisée
\(\Delta\chi = \left|3{,}04 - 2{,}20\right| = 0{,}84 \geq 0{,}4\) : la liaison est polarisée, et l'azote, plus électronégatif, porte \(\delta^-\).

Pourquoi le sel de cuisine \(\ce{NaCl}\) est-il formé d'ions plutôt que de molécules ?

  1. Car l'écart d'électronégativité entre Na et Cl est très grand
  2. Car Na et Cl ont la même électronégativité
  3. Car le chlore est un métal
\(\Delta\chi = \left|3{,}16 - 0{,}93\right| = 2{,}23\), bien au-delà de \(1{,}7\) : le chlore arrache pratiquement un électron au sodium, ce qui donne les ions \(\ce{Na+}\) et \(\ce{Cl-}\).

3. Molécule polaire ou apolaire

Notions clés

On repère dans la molécule deux points :

  • \(G^+\), le barycentre (le « centre ») des charges partielles positives ;
  • \(G^-\), le barycentre des charges partielles négatives.

Une molécule est polaire si \(G^+\) et \(G^-\) sont distincts. Elle est apolaire si \(G^+\) et \(G^-\) sont confondus, ou si elle ne comporte aucune liaison polarisée.

Pour trouver la géométrie, on part du schéma de Lewis : les doublets (liants et non liants) autour de l'atome central se repoussent et s'écartent le plus possible. Ainsi \(\ce{CO2}\) est linéaire, \(\ce{H2O}\) est coudée, \(\ce{NH3}\) est pyramidale, \(\ce{CH4}\) et \(\ce{CCl4}\) sont tétraédriques.

La méthode, résumée :

flowchart TD
A[Schéma de Lewis] --> B[Géométrie de la molécule]
B --> C[Liaisons polarisées]
C -- aucune --> D[Molécule apolaire]
C -- au moins une --> E[Position de G+ et G-]
E -- confondus --> D
E -- distincts --> F[Molécule polaire]

Exemple résolu 3 : la molécule d'eau

La molécule d'eau \(\ce{H2O}\) est coudée : l'angle entre les deux liaisons \(\ce{O-H}\) vaut environ \(104{,}5^\circ\). Chaque liaison \(\ce{O-H}\) est polarisée (\(\Delta\chi = 1{,}24\)). L'oxygène porte \(2\delta^-\) et chaque hydrogène \(\delta^+\).

Molécule d'eau coudée avec ses charges partielles : G- sur l'oxygène, G+ au milieu des deux hydrogènes, les deux points sont distincts O H H 2δ− δ+ δ+ G+ G− G+ et G− distincts Molécule coudée : polaire

Le barycentre \(G^-\) est sur l'oxygène ; le barycentre \(G^+\) est au milieu du segment qui joint les deux hydrogènes. À cause de la forme coudée, ces deux points sont distincts : l'eau est une molécule polaire.

Et si l'eau était linéaire ? Cherche d'abord, puis vois la réponse

Si les trois atomes étaient alignés \(\ce{H-O-H}\), le milieu des deux hydrogènes serait exactement sur l'oxygène : \(G^+\) et \(G^-\) seraient confondus et l'eau serait apolaire. C'est bien la forme coudée qui rend l'eau polaire, et c'est grâce à cela qu'elle dissout si bien le sel et le sucre.

Exemple résolu 4 : le dioxyde de carbone, dévoilé pas à pas

Molécule linéaire de dioxyde de carbone : charges partielles puis barycentres confondus sur le carbone O C O δ− δ− 2δ+ G+ sur C G− au milieu des O, donc sur C Confondus : molécule apolaire

Chaque liaison \(\ce{C=O}\) est polarisée : \(\Delta\chi = \left|3{,}44 - 2{,}55\right| = 0{,}89\). Chaque oxygène porte \(\delta^-\), le carbone \(2\delta^+\).

La seule charge positive est sur le carbone : \(G^+\) est sur l'atome de carbone.

Les deux oxygènes sont symétriques par rapport au carbone : leur barycentre \(G^-\) est au milieu, donc aussi sur le carbone.

\(G^+\) et \(G^-\) sont confondus : malgré ses liaisons polarisées, \(\ce{CO2}\) est une molécule apolaire.

L'ammoniac \(\ce{NH3}\) a une forme pyramidale, avec l'azote au sommet. Cette molécule est :

  1. apolaire, car toutes ses liaisons sont identiques
  2. apolaire, car l'azote est au centre
  3. polaire, car \(G^+\) (au centre du triangle des H) et \(G^-\) (sur N) sont distincts
Les liaisons \(\ce{N-H}\) sont polarisées (\(\Delta\chi = 0{,}84\)). Les trois H forment la base de la pyramide : \(G^+\) est au centre de cette base, alors que \(G^-\) est sur l'azote, au sommet. Les points sont distincts : \(\ce{NH3}\) est polaire.

Le méthane \(\ce{CH4}\), principal constituant du gaz naturel, est apolaire. Quelle est la meilleure justification ?

  1. Le carbone est plus électronégatif que l'oxygène
  2. Les liaisons \(\ce{C-H}\) sont pratiquement non polarisées et la molécule est tétraédrique, donc symétrique
  3. Le méthane est un gaz
\(\Delta\chi(\ce{C-H}) = 0{,}35 < 0{,}4\) : les liaisons sont pratiquement non polarisées ; et même en les considérant, la forme tétraédrique placerait \(G^+\) et \(G^-\) au même point, sur le carbone.

Erreurs fréquentes

  • Placer \(\delta^-\) sur l'atome le moins électronégatif : c'est toujours le plus électronégatif qui « gagne » le doublet.
  • Oublier la valeur absolue dans \(\Delta\chi = \left|\chi(\mathrm{A}) - \chi(\mathrm{B})\right|\) : un écart est toujours positif.
  • Conclure « liaisons polarisées donc molécule polaire » sans étudier la géométrie (cas de \(\ce{CO2}\) et \(\ce{CCl4}\)).
  • Dessiner \(\ce{H2O}\) linéaire : les deux doublets non liants de l'oxygène repoussent les liaisons et la rendent coudée.
  • Confondre charge partielle \(\delta\) et charge d'un ion : une molécule polaire reste électriquement neutre.

Récapitulatif

  • L'électronégativité \(\chi\) mesure la capacité d'un atome à attirer le doublet d'une liaison ; elle augmente vers la droite et vers le haut du tableau périodique.
  • Une liaison est polarisée si \(\Delta\chi \geq 0{,}4\) : l'atome le plus électronégatif porte \(\delta^-\), l'autre \(\delta^+\).
  • Une molécule est polaire si \(G^+\) et \(G^-\) sont distincts, apolaire s'ils sont confondus : la géométrie est décisive.
  • Exemples : \(\ce{H2O}\), \(\ce{NH3}\), \(\ce{HCl}\) polaires ; \(\ce{CO2}\), \(\ce{CH4}\), \(\ce{CCl4}\) apolaires.
Électronégativité \(\chi\)
Capacité d'un atome à attirer vers lui le doublet d'une liaison covalente ; elle augmente vers la droite et vers le haut du tableau.
Écart d'électronégativité
\(\Delta\chi = \left|\chi(\mathrm{A}) - \chi(\mathrm{B})\right|\) ; liaison polarisée si \(\Delta\chi \geq 0{,}4\).
Charges partielles
\(\delta^-\) sur l'atome le plus électronégatif, \(\delta^+\) sur l'autre, par exemple \(\overset{\delta^+}{\mathrm{H}}-\overset{\delta^-}{\mathrm{Cl}}\).
Molécule polaire
Barycentres \(G^+\) et \(G^-\) distincts, par exemple \(\ce{H2O}\) coudée.
Molécule apolaire
Barycentres \(G^+\) et \(G^-\) confondus, par exemple \(\ce{CO2}\) linéaire ou \(\ce{CH4}\) tétraédrique.

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