Électronégativité, polarité des liaisons et des molécules
Électronégativité, polarité des liaisons et des molécules
Dans une liaison, deux atomes se « disputent » le doublet d'électrons comme deux équipes au tir à la corde : le plus électronégatif tire plus fort, la liaison devient polarisée, et selon la forme de la molécule, ces tirs s'additionnent (molécule polaire) ou s'annulent (molécule apolaire).
Objectifs
- Définir l'électronégativité \(\chi\) d'un atome et connaître son évolution dans le tableau périodique.
- Déterminer si une liaison covalente est polarisée à l'aide de la différence d'électronégativité \(\Delta\chi\) et placer les charges partielles \(\delta^+\) et \(\delta^-\).
- Utiliser la géométrie d'une molécule pour décider si elle est polaire ou apolaire.
- Relier la polarité aux propriétés de la matière (solubilité, mélange eau-huile).
1. L'électronégativité d'un atome
Notions clés
L'électronégativité d'un élément, notée \(\chi\) (lettre grecque « khi »), traduit sa capacité à attirer vers lui le doublet d'électrons d'une liaison covalente qu'il forme avec un autre atome. C'est un nombre sans unité ; l'échelle la plus utilisée est celle de Pauling.
| Élément | H | C | N | O | F | Na | S | Cl |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| \(\chi\) | \(2{,}20\) | \(2{,}55\) | \(3{,}04\) | \(3{,}44\) | \(3{,}98\) | \(0{,}93\) | \(2{,}58\) | \(3{,}16\) |
Dans le tableau périodique (gaz nobles exceptés) :
- l'électronégativité augmente de gauche à droite dans une même ligne (période) ;
- elle augmente de bas en haut dans une même colonne (famille).
Le fluor F, en haut à droite, est l'élément le plus électronégatif ; les métaux alcalins (Na, K…), à gauche, sont très peu électronégatifs.
Lequel de ces éléments attire le plus fortement le doublet d'une liaison ?
2. Liaison polarisée et charges partielles
Notions clés
Pour une liaison entre deux atomes A et B, on calcule la différence d'électronégativité :
\[\Delta\chi = \left|\chi(\mathrm{A}) - \chi(\mathrm{B})\right|\]- Si \(\Delta\chi\) est très faible (on retient en pratique \(\Delta\chi < 0{,}4\)), le doublet reste à peu près au milieu : la liaison est dite non polarisée (exemples : \(\ce{H-H}\), \(\ce{Cl-Cl}\), et en pratique \(\ce{C-H}\)).
- Si \(\Delta\chi \geq 0{,}4\), le doublet est déplacé vers l'atome le plus électronégatif : la liaison est polarisée.
- Si \(\Delta\chi\) est très grand (au-delà d'environ \(1{,}7\)), un électron est pratiquement transféré : on parle plutôt de liaison ionique (exemple : le sel \(\ce{NaCl}\), formé d'ions \(\ce{Na+}\) et \(\ce{Cl-}\)).
Dans une liaison polarisée, l'atome le plus électronégatif porte une charge partielle négative \(\delta^-\), l'autre une charge partielle positive \(\delta^+\). Ces charges sont des fractions de la charge élémentaire \(e\) : ce ne sont pas des ions.
\[\overset{\delta^+}{\mathrm{H}}-\overset{\delta^-}{\mathrm{Cl}}\]Exemple résolu 1 : la liaison \(\ce{H-Cl}\)
La liaison entre l'hydrogène et le chlore dans le chlorure d'hydrogène \(\ce{HCl}\) est-elle polarisée ? Si oui, place les charges partielles.
Exemple résolu 2 : à toi de chercher
Classe les liaisons \(\ce{C-H}\), \(\ce{O-H}\) et \(\ce{C-Cl}\) de la moins polarisée à la plus polarisée.
Voir la solution
\begin{align} \Delta\chi(\ce{C-H}) &= \left|2{,}55 - 2{,}20\right| = 0{,}35\\ \Delta\chi(\ce{C-Cl}) &= \left|3{,}16 - 2{,}55\right| = 0{,}61\\ \Delta\chi(\ce{O-H}) &= \left|3{,}44 - 2{,}20\right| = 1{,}24 \end{align}Ordre : \(\ce{C-H}\) (pratiquement non polarisée, car \(0{,}35 < 0{,}4\)), puis \(\ce{C-Cl}\), puis \(\ce{O-H}\), la plus polarisée. Dans \(\ce{O-H}\), l'oxygène porte \(\delta^-\) ; dans \(\ce{C-Cl}\), c'est le chlore.
Dans la liaison \(\ce{N-H}\) (\(\chi(\mathrm{N}) = 3{,}04\), \(\chi(\mathrm{H}) = 2{,}20\)), où se trouve la charge partielle négative ?
Pourquoi le sel de cuisine \(\ce{NaCl}\) est-il formé d'ions plutôt que de molécules ?
3. Molécule polaire ou apolaire
Notions clés
On repère dans la molécule deux points :
- \(G^+\), le barycentre (le « centre ») des charges partielles positives ;
- \(G^-\), le barycentre des charges partielles négatives.
Une molécule est polaire si \(G^+\) et \(G^-\) sont distincts. Elle est apolaire si \(G^+\) et \(G^-\) sont confondus, ou si elle ne comporte aucune liaison polarisée.
Pour trouver la géométrie, on part du schéma de Lewis : les doublets (liants et non liants) autour de l'atome central se repoussent et s'écartent le plus possible. Ainsi \(\ce{CO2}\) est linéaire, \(\ce{H2O}\) est coudée, \(\ce{NH3}\) est pyramidale, \(\ce{CH4}\) et \(\ce{CCl4}\) sont tétraédriques.
La méthode, résumée :
flowchart TD A[Schéma de Lewis] --> B[Géométrie de la molécule] B --> C[Liaisons polarisées] C -- aucune --> D[Molécule apolaire] C -- au moins une --> E[Position de G+ et G-] E -- confondus --> D E -- distincts --> F[Molécule polaire]
Exemple résolu 3 : la molécule d'eau
La molécule d'eau \(\ce{H2O}\) est coudée : l'angle entre les deux liaisons \(\ce{O-H}\) vaut environ \(104{,}5^\circ\). Chaque liaison \(\ce{O-H}\) est polarisée (\(\Delta\chi = 1{,}24\)). L'oxygène porte \(2\delta^-\) et chaque hydrogène \(\delta^+\).
Le barycentre \(G^-\) est sur l'oxygène ; le barycentre \(G^+\) est au milieu du segment qui joint les deux hydrogènes. À cause de la forme coudée, ces deux points sont distincts : l'eau est une molécule polaire.
Et si l'eau était linéaire ? Cherche d'abord, puis vois la réponse
Si les trois atomes étaient alignés \(\ce{H-O-H}\), le milieu des deux hydrogènes serait exactement sur l'oxygène : \(G^+\) et \(G^-\) seraient confondus et l'eau serait apolaire. C'est bien la forme coudée qui rend l'eau polaire, et c'est grâce à cela qu'elle dissout si bien le sel et le sucre.
Exemple résolu 4 : le dioxyde de carbone, dévoilé pas à pas
Chaque liaison \(\ce{C=O}\) est polarisée : \(\Delta\chi = \left|3{,}44 - 2{,}55\right| = 0{,}89\). Chaque oxygène porte \(\delta^-\), le carbone \(2\delta^+\).
La seule charge positive est sur le carbone : \(G^+\) est sur l'atome de carbone.
Les deux oxygènes sont symétriques par rapport au carbone : leur barycentre \(G^-\) est au milieu, donc aussi sur le carbone.
\(G^+\) et \(G^-\) sont confondus : malgré ses liaisons polarisées, \(\ce{CO2}\) est une molécule apolaire.
L'ammoniac \(\ce{NH3}\) a une forme pyramidale, avec l'azote au sommet. Cette molécule est :
Le méthane \(\ce{CH4}\), principal constituant du gaz naturel, est apolaire. Quelle est la meilleure justification ?
Erreurs fréquentes
- Placer \(\delta^-\) sur l'atome le moins électronégatif : c'est toujours le plus électronégatif qui « gagne » le doublet.
- Oublier la valeur absolue dans \(\Delta\chi = \left|\chi(\mathrm{A}) - \chi(\mathrm{B})\right|\) : un écart est toujours positif.
- Conclure « liaisons polarisées donc molécule polaire » sans étudier la géométrie (cas de \(\ce{CO2}\) et \(\ce{CCl4}\)).
- Dessiner \(\ce{H2O}\) linéaire : les deux doublets non liants de l'oxygène repoussent les liaisons et la rendent coudée.
- Confondre charge partielle \(\delta\) et charge d'un ion : une molécule polaire reste électriquement neutre.
Récapitulatif
- L'électronégativité \(\chi\) mesure la capacité d'un atome à attirer le doublet d'une liaison ; elle augmente vers la droite et vers le haut du tableau périodique.
- Une liaison est polarisée si \(\Delta\chi \geq 0{,}4\) : l'atome le plus électronégatif porte \(\delta^-\), l'autre \(\delta^+\).
- Une molécule est polaire si \(G^+\) et \(G^-\) sont distincts, apolaire s'ils sont confondus : la géométrie est décisive.
- Exemples : \(\ce{H2O}\), \(\ce{NH3}\), \(\ce{HCl}\) polaires ; \(\ce{CO2}\), \(\ce{CH4}\), \(\ce{CCl4}\) apolaires.
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